jeudi, 21 mars 2019
 

Djibouti : un média pro-gouvernemental en berne

Bien que les médias indépendants, souvent considérés par le pouvoir en place comme étant « médias d’opposition », ont été volontairement et de manière répressive mis « hors état de nuire », ceux, en revanche, pro-gouvernementaux tardent toujours en tirer profit.

Climat déplorable à la rédaction

Avec une ligne éditoriale complètement décalée par rapport aux attentes du public djiboutien, les jours du quotidien La Nation, le seul d’ailleurs en impression régulière dans le pays, semblent être comptés. Passant à un tirage journalier divisé par 3 (1500 exemplaires à 500) en moins de quelques mois, le quotidien ne fait que désormais paraitre pour ne pas disparaitre. Pire encore, sur les trentaines d’articles publiés en moyenne chaque jour, cinq à six articles ne traitent les informations locales, y compris ceux relatifs aux activités gouvernementales. Selon une source interne au quotidien, l’existence d’un malaise sans relâche à l’intérieur de la rédaction est plus que palpable, un malaise en partie alimenté par un contrôle accablant du travail des journalistes. Un encadrement jugé trop exaspérant et handicapant par ces derniers qui ont du mal à exhiber leurs propres frustrations par peur de représailles. Outre ces restrictions imposées qui laissent peu de place à l’imagination des journalistes, il est formellement interdit au quotidien de publier des droits de réponse car cela résonne aux tampons du régime comme étant la publication d’un point de vue personnel susceptible de refléter la réalité désastreuse du pays.

La RTD (Radiodiffusion-Télévision de Djibouti), branche monopolisant l’audiovisuel du pays, n’échappe point à la règle. Libérée de toute autre concurrence locale, la RTD vacille au risque de chavirer un bon jour. Loin de faire rêver les nouveaux professionnels du secteur avec ses émissions ennuyantes et ses informations monotones, elle perd peu à peu ses talents expérimentés. Autre point caractéristique du lien étroit existant entre cette entreprise publique et le régime en place, l’affichage quasi-récurrent de son directeur général, M. Kadar Ali Diraneh, un académicien parachuté à la tête de cette institution avec M. Abdi Houssein Ahmed, son ministre de tutelle. Le lien est censé être fort dans la mesure où le premier cherche uniquement à être l’objet d’une promotion de la part de gouvernement, avec une insouciance marquée et assumée vis-à-vis de l’audience des programmes de la chaîne auprès du public.

La chasse aux sorcières

La méthode est bien connue puisque Djibouti n’est guère la toute première dictature de l’histoire. Elle obéit la règle qui consiste à penser qu’une dictature n’imite qu’une autre dictature pour assurer sa survie. En effet, l’endoctrinement d’un peuple a toujours passé et continue à passer par la propagande médiatique mensongère mise en place par la dictature. En matière de musellement des journalistes à voix discordante, jugeant trop risquer les méthodes utilisées en Erythrée (avec la grande rafle de 2001) et en Somalie (avec son médaille d’or en nombre de journalistes tués) pour son maintien, Le régime dictatorial de Djibouti s’est mis sur la même longueur d’onde que celle instaurée par son voisin éthiopien. Avec un cocktail explosif pour faire taire ces professionnels de l’information (tortures et maltraitances inhumaines, emprisonnement sur un ordre judiciaire arbitraire, harcèlements de tout genre, intimidations, censures, etc …), le régime n’a pas besoin pour l’instant d’autres recettes pour enfoncer le clou.

 
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