lundi, 24 septembre 2018
 

ETHIOPIE : Augmenter le nombre de médecins pour renforcer le système de santé

ADDIS ABEBA - L’Éthiopie se prépare à accueillir une vague de médecins d’ici « trois à quatre ans » : celle-ci permettra de sauver un système de santé publique ayant perdu ses médecins et ses spécialistes du fait des migrations internes et extérieures.

« Les stratégies mises en ouvre ont pour objectif d’accroître le nombre de médecins, qui est actuellement inférieur aux normes de l’Organisation mondiale de la santé [OMS], et de les retenir dans les hôpitaux publics », a dit à IRIN Tedros Adhanom, le ministre de la Santé éthiopien.

« Le nombre d’inscriptions s’élève à plus de 3 100 », a-t-il dit. Le nombre d’inscription dans les écoles de médecine du pays a été multiplié par dix depuis 2005, où il ne dépassait pas 300 candidats.

« Au cours des deux ou trois prochaines années, nous pourrions avoir entre 6 000 et 8 000 inscrits », a indiqué le ministre de la Santé, ajoutant que l’arrivée de diplômés permettra d’« atténuer sensiblement » la pénurie de médecins qui touche le pays.

Alors que les normes de l’OMS recommandent un médecin pour 10 000 habitants, l’Éthiopie ne compte que 0,2 médecin pour 10 000 habitants et la moyenne régionale est de 2,2 médecins pour 10 000 habitants. [ http://www.who.int/gho/countries/eth.pdf ]

« Nous n’avons pas [fourni] suffisamment de médecins en dépit de la forte demande », a dit M. Tedros à IRIN.

Un avant-projet de la Planification stratégique des ressources humaines pour la santé montre que l’Éthiopie prévoit d’atteindre un médecin pour 5 000 habitants d’ici à 2020. Le projet semble être sur la bonne voie : un rapport présenté au Parlement en mai a montré que 2 628 étudiants s’étaient inscrits dans 22 universités au cours des neuf mois précédents. Actuellement, moins de 200 étudiants en médecine reçoivent leur diplôme chaque année.

Cependant, lorsque ces nouveaux étudiants seront diplômés, « Nous pourrons atténuer le problème de manière significative en trois ou quatre ans », a indiqué le ministre de la Santé. « Ensuite, nous pourrons également avoir davantage de médecins spécialisés dans différents domaines ».

Interrogations sur la qualité

Des experts ont exprimé leur inquiétude quant à la qualité de l’enseignement médical proposé, car l’accent a été mis sur le nombre de personnels de santé.

« Bien sûr, en donnant la priorité aux chiffres, on compromet la qualité », a dit Milliard Derebew, professeur de médecine à l’université d’Addis Abeba. « Il faut également mettre l’accent sur la qualité », a-t-il dit.

M. Tedros a reconnu que la question de la qualité était préoccupante. « Nous nous concentrons sur la rapidité et les chiffres, alors le maintien de la qualité pourrait être un problème », mais ce problème « devrait être abordé rapidement ». Il a indiqué que l’Éthiopie s’adresserait à d’autres pays afin d’obtenir un soutien en termes de financements et d’expérience.

Dans le cadre de la Medical Education Partnership Initiative (MEPI), les États-Unis fournissent une aide à l’Éthiopie afin d’améliorer la qualité de l’enseignement médical. [ http://www.fic.nih.gov/Grants/Searc... ]

M. Milliard a indiqué que les professeurs de médecine de l’université d’Addis Abeba étaient incités à donner des cours supplémentaires. L’initiative a également permis d’améliorer le ratio de livres par étudiant à l’université : il est passé d’un livre pour 24 étudiants à un livre pour trois étudiants.

« Outre [cette initiative], nous avons mis en place un réseau de visioconférence avec des universités américaines réputées afin de permettre à nos étudiants de profiter de l’expérience d’autres étudiants », a-t-il dit.

Accent sur la rétention

Il est également nécessaire d’aborder la question de la rétention des médecins tentés par l’émigration. En 2006-2007, 37 pour cent des médecins du secteur public travaillaient à Addis Abeba, où ne vit que 4 pour cent de la population éthiopienne.

« Les médecins qui restent à disposition du secteur public travaillent dans les autres régions, mais principalement dans les grandes villes », indique l’avant-projet de la Planification stratégique des ressources humaines pour la santé rédigé par le gouvernement.

Une étude a montré que le pays est confronté à « un exode massif des médecins » lié aux bas salaires, au manque de médicaments, au manque de ressources professionnelles et à la mauvaise gestion. « Le faible niveau de vie et la répression politique en Éthiopie étaient les principaux facteurs d’incitation à l’émigration », a indiqué l’étude. [ http://www.edri.org.et/publicationd... ]

L’Éthiopie a réussi à augmenter les effectifs du personnel de santé de base, comme les agents sanitaires, et a ainsi pu combler le manque de ressources humaines au niveau des villages. Mais à long terme, a dit le ministre de la Santé, la stratégie actuelle pourrait permettre de dynamiser le système de santé public. [ http://www.irinnews.org/Report/7237... ]

« Si nous arrivons à former un nombre important d’étudiants », a dit M. Tedros, le ministre de la Santé, « et que quelques-uns d’entre eux partent, l’impact ne sera pas si grave. C’est la raison pour laquelle nous pensons que la fuite des cerveaux n’est pas le problème. Le problème, c’est l’écart entre la demande et l’offre. Cependant, il faudrait agir pour retenir les personnes que nous formons ».

« Nous devons les retenir en nous basant sur ce que nous avons à leur proposer », a ajouté M. Tedros. « Par exemple, nous ne pouvons pas rivaliser avec les pays développés qui proposent de hauts salaires. Nous ne pouvons pas lutter contre eux en utilisant les mêmes armes », a-t-il dit.

La formation des personnels de santé est onéreuse : en moyenne, elle coûterait 22 745 dollars par étudiant. Les médecins sont tenus d’exercer dans des hôpitaux publics pendant un certain temps avant de pouvoir rejoindre un cabinet privé dans un autre pays.

« Nous avons mis en place des incitations financières et non financières pour les retenir », a ajouté M. Tedros. « Outre les diverses incitations offertes par les gouvernements régionaux, la stratégie de rétention inclut la baisse du nombre d’années pendant lesquelles un médecin doit travailler dans un centre de soins rural et la création d’ailes pour des services privés au sein des hôpitaux publics », a-t-il dit.

Ainsi, le gouvernement attend des nouveaux diplômés qu’ils travaillent dans les hôpitaux publics des zones rurales pendant au moins un an contre cinq ans maximum dans les hôpitaux publics des grandes villes et capitales régionales. Lorsqu’ils travaillent dans ces hôpitaux, les médecins peuvent bénéficier d’avantages financiers en exerçant dans les services privés des hôpitaux publics.

« Par exemple, nous avons des ailes de médecine privée en Éthiopie [où les médecins] peuvent travailler des heures supplémentaires ou pendant le weekend, et ils bénéficient d’avantages financiers supplémentaires », a dit le ministre. « Je ne pense pas qu’ils partiront travailler ailleurs, car même si [les salaires ne sont] pas aussi élevés que dans un établissement à l’étranger, ils sont suffisants pour vivre ici ; ils préfèrent rester ici, parce qu’ils profitent de revenus supplémentaires ».

L’Éthiopie n’a pour l’instant pas d’autres choix que de former un grand nombre de médecins ; cette stratégie a été mise en ouvre dans certaines régions d’Asie, a dit Kebba Omar Jaiteh, un expert de l’OMS. « Nous avons constaté cette tendance en Inde et dans d’autres pays d’Asie. Au début de leur formation, les gens commencent à se déplacer, mais au bout d’un moment ils atteignent leurs limites . et les gens ne souhaitent plus partir, parce que le pays a enregistré des améliorations dans les domaines économique et social. Tant que cela ne sera pas le cas ici, il nous faudra continuer à former du personnel pour soigner la population ».

Source : http://www.irinnews.org

 
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