mardi, 24 octobre 2017
 

Éthiopie. Les élections ont été précédées par une offensive contre les droits humains

La campagne électorale en Éthiopie a été ternie par des violations flagrantes, systématiques et généralisées des droits fondamentaux d’Éthiopiens ordinaires avant les élections de dimanche 24 mai, a déclaré Amnesty International.

« La campagne électorale a été caractérisée par une offensive contre les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Cette offensive a porté atteinte au droit de participer librement et sans crainte aux affaires publiques, car le gouvernement a sévi contre toutes les forces dissidentes légitimes », a déclaré Muthoni Wanyeki, directrice régionale pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands lacs à Amnesty International.

Les autorités éthiopiennes ont incarcéré de très nombreux journalistes, blogueurs, manifestants et membres de partis politiques d’opposition enregistrés en bonne et due forme. Elles ont également recouru à des mesures de harcèlement et des lois répressives contre les médias indépendants et la société civile.

Avant les élections de dimanche 24 mai, des membres de partis d’opposition ont signalé que leurs activités faisaient l’objet de restrictions accrues. Le parti Semayawi (Bleu) a indiqué à Amnesty International que plus de la moitié de ses candidats ont vu leur enregistrement annulé par la Commission électorale nationale. Sur les 400 candidats initialement enregistrés pour les élections législatives, seuls 139 ont pu rester en lice.

Le 19 mai, Bekele Gerba et d’autres membres du Congrès fédéraliste oromo-Medrek faisaient campagne dans la région d’Oromia, quand des policiers et des membres des forces locales de sécurité les ont frappés, arrêtés et placés en détention pendant quelques heures. Le 12 mai, les forces de sécurité ont appréhendé deux militants et trois sympathisants du parti Bleu qui collaient des affiches électorales dans la capitale, Addis-Abeba. Ils ont été libérés sur caution après quatre jours de détention.

En mars, trois membres armés des forces de sécurité dans la région du Tigré ont sauvagement frappé Koshi Hiluf Kahisay, membre du Forum d’unité démocratique fédérale éthiopienne-Medrek. Koshi Hiluf Kahisay avait précédemment reçu plusieurs avertissements verbaux de la part de membres des forces de sécurité lui intimant de quitter le parti ou d’en assumer les conséquences.

En janvier, la police a violemment dispersé une manifestation pacifique organisée par le parti de l’Unité pour la démocratie et la justice à Addis-Abeba. Les policiers ont frappé les manifestants à coups de matraque, de bâton et de tige métallique sur la tête, le visage, les mains et les jambes, blessant grièvement plus de 20 d’entre eux.

Au moins 17 journalistes, parmi lesquels Eskinder Nega, Reeyot Alemu et Wubishet Taye, ont été appréhendés et inculpés au titre de la Proclamation antiterroriste, et condamnés à des peines allant de trois à 18 ans de prison. Craignant d’être menacés, harcelés et visés par des poursuites judiciaires motivées par des considérations politiques, de nombreux journalistes ont fui dans les pays voisins.

L’observation des élections par la société civile a été restreinte aux seules organisations basées en Éthiopie proches du parti politique au pouvoir, en vertu de la Proclamation sur les organisations caritatives et associations. Amnesty International demande à la Mission d’observation électorale de l’Union africaine (MOEUA) actuellement en Éthiopie d’évaluer et de témoigner du contexte plus large en matière de droits humains autour des élections, à la fois dans leurs communications publiques et privées. L’organisation engage par ailleurs la MOEUA à émettre des recommandations concrètes afin de lutter contre les violations flagrantes, systématiques et généralisées des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion, qui ont affaibli le droit de participer librement et sans crainte aux affaires publiques.

« Les observateurs électoraux de l’Union africaine ont la responsabilité de prêter attention aux violations des droits humains spécifiques aux élections mais survenant également dans un contexte plus large », a déclaré Muthoni Wanyeki. « La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples protège le droit des Éthiopiens de participer librement à la gouvernance de leur pays. Ce droit a été gravement fragilisé par les violations d’autres droits civils et politiques au cours de la période ayant précédé les élections. »

Contexte

Amnesty International suit la situation des droits humains en Éthiopie et en rend compte depuis plus de quatre décennies. Depuis les dernières élections dans ce pays, en 2010, l’organisation a recensé des arrestations et placements en détention arbitraires et motivés par des considérations politiques, des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements, ainsi que des violations flagrantes, systématiques et généralisées des droits à la liberté d’expression et d’association.

 
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