lundi, 24 septembre 2018
 

ETHIOPIE : Obtenir davantage pour les cultivateurs de café

ADDIS ABEBA - L’Éthiopie est considérée comme le berceau du café arabica. Pourtant, alors que le café de qualité supérieure qui y est cultivé est vendu dans le monde entier comme un produit de luxe par les grandes entreprises de café, de nombreux cultivateurs vivent toujours dans la pauvreté.

Avec le temps, les coopératives de café éthiopiennes ont obtenu un accès crucial aux marchés internationaux du café, et notamment à celui du commerce équitable, mais des questions demeurent quant au prix que devraient pratiquer les cultivateurs qui cueillent la baie rouge dont est tiré le grain de café.

« Les prix des cafés éthiopiens sont encore trop bas par rapport à ce qu’ils valent », a dit le consultant en café Willem Boot, qui a dirigé des projets de mise en valeur du café pour des organisations nationales en Éthiopie, au Panama et au Salvador. « Leurs cafés de spécialité sont bien meilleurs que d’autres et sont vendus à des prix nettement inférieurs. »

Après le pétrole, le café est le deuxième produit d’exportation le plus précieux au monde. Selon l’Organisation internationale du café (OIC), un organe intergouvernemental mondial dont l’objectif est de renforcer le secteur du café, la valeur totale des exportations dans le monde a été estimée à 15,4 milliards de dollars en 2010. [ http://www.ico.org/ ]

Le café est le principal produit d’exportation et la première source de capitaux étrangers de l’Éthiopie. Il a rapporté au pays 840 millions de dollars de revenus en 2010. Ce n’est toutefois pas suffisant lorsqu’on sait que l’économie éthiopienne est fragile et qu’environ 39 pour cent de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour. [ http://hdrstats.undp.org/en/countri... ]

« La principale cause de la pauvreté est le commerce », a dit Tadesse Meskala, directeur général de l’Union des coopératives de café d’Oromia (OCFCU, en anglais). « Ce n’est pas le manque de ressources naturelles, mais la forme des mécanismes d’échange existants qui nous rend de plus en plus pauvres. » [ http://www.oromiacoffeeunion.org/ ]

Le commerce équitable est un modèle d’affaires qui se veut mutuellement bénéfique aux consommateurs et aux producteurs. Le mouvement est né en Europe dans les années 1960 et Fairtrade Labelling Organizations International (FLO) est la certification la plus largement reconnue dans le monde aujourd’hui. [ http://www.fairtrade.net/ ]

FLO établit à 1,60 dollar ou au prix de la Bourse de marchandises de New York - le plus élevé des deux - le prix minimum « équitable » pour une livre de grains de café vert. L’organisme exige une prime sociale supplémentaire de 0,20 dollar et ajoute 0,30 dollar pour le café biologique.

Selon Tsegaye Anebo, directeur général de l’Union des coopératives de café de Sidama, il existe deux types d’acheteurs équitables. D’une part, il y a les gros acheteurs, comme Starbucks Corp., qui se portent acquéreurs seulement si le prix Fairtrade est suffisamment bas. D’autre part, il y a les entreprises de torréfaction qui achète le café quel que soit le prix et absorbent ainsi les fluctuations de coûts. On peut notamment citer Third Coast Coffee, une société de torréfaction basée à Austin, au Texas. Third Coast Coffee paye plus que le prix minimum Fairtrade et reconnaît ainsi la qualité des cafés qu’elle achète, a dit le torréfacteur Clay Roper. L’entreprise peut par exemple payer 27 777 dollars de plus que le prix minimum Fairtrade pour un lot de 300 sacs de café en vrac. [ http://sidacoop.com/ ] [ http://www.thirdcoastcoffee.com/ ]

Bénéfices tangibles

« Ma maison a complètement changé, ma santé et mon revenu se sont améliorés et je suis en train d’agrandir ma plantation », a dit Mengesha Wocho, un cultivateur de café qui fait partie de la coopérative Kelaitu Hase Gola, dans les hautes terres d’Abaya, dans le sud de l’Éthiopie. « La coopérative a ouvert un magasin où nous pouvons acheter diverses denrées et une école a été construite grâce au[x bénéfices du] commerce équitable. »

M. Wocho a ajouté que le comité de la coopérative collaborait avec la communauté locale pour décider quels projets mettre sur pied avec le capital obtenu grâce aux primes du commerce équitable ; la communauté ne dispose toujours pas d’infrastructures de santé et d’eau potable.

Les coopératives permettent aux petits cultivateurs d’accéder aux marchés internationaux, ce qui était auparavant impensable pour eux. Elles s’occupent de rassembler la production des cultivateurs qui en font partie, de la transformer et de la transporter dans la capitale, Addis Abeba, pour ensuite l’acheminer au Djibouti voisin - l’Éthiopie est un pays enclavé - d’où elle est envoyée partout dans le monde.

À quelques kilomètres de la plantation de M. Wocho, Shibru Worera, 40 ans, prévoit de rejoindre la coopérative locale pour réussir à nourrir sa femme et ses six enfants qui sont encore en vie. Il a déjà perdu quatre enfants.

« J’espère avoir une chance d’améliorer [mes conditions de vie], car il n’y a pas d’autres possibilités », a-t-il dit.

Lacunes du commerce équitable

Malgré l’enthousiasme des cultivateurs, certains s’inquiètent que le commerce équitable ne soit en réalité qu’une autre forme de charité qui n’encourage pas l’autosuffisance. Ils préféreraient que ce soit la qualité et le caractère unique du café qui en détermine le prix plutôt qu’un système externe arbitraire, a dit Adam Overton, un Américain qui a acheté des terres dans la région de Bench Maji, dans le sud-ouest de l’Éthiopie, pour y cultiver du café.

Les frais engendrés par la certification Fairtrade peuvent limiter le nombre de marchés disponibles qui sont prêts à payer des coûts additionnels, a dit Abdullah Bagersh, un directeur de la Bourse de marchandises d’Éthiopie, un organe qui contrôle en grande partie l’industrie du café.

Aussi, a-t-il dit, les cultivateurs doivent se conformer à des règles très strictes s’ils ne veulent pas perdre le marché auprès duquel ils se sont engagés et dont ils deviennent dépendants.

D’autres estiment que le système divise les communautés en créant des tensions entre les cultivateurs qui se qualifient pour les primes au commerce équitable et les autres.

Direct Trade a émergé comme une alternative fondée sur la confiance dans les relations entre les acheteurs et les producteurs qui garantissent des pratiques de commerce équitable et la qualité des produits biologiques. Direct Trade rejette ainsi ce que certains considèrent comme les certificats onéreux et les méthodologies imposées [de Fairtrade].

« L’avenir semble très prometteur pour le café éthiopien », a dit Kassu Kebede, qui a travaillé pendant 27 ans au département du café du ministère de l’Agriculture. En raison de son agro-écologie variée, l’Éthiopie est bien placée pour offrir des mélanges de spécialité certifiés qui sont de plus en plus recherchés dans le monde entier, notamment des cafés des hautes terres, des cafés de la forêt et même des cafés décaféinés naturellement, a-t-il ajouté.

L’histoire du café et celle de l’Éthiopie sont étroitement imbriquées. On raconte que le café a d’abord été découvert en Éthiopie et qu’on en faisait le commerce au Yémen autour du VIe siècle. Il a été exporté en Europe et en Amérique dès les XVIIe et XVIIIe siècles et a acquis du même coup une popularité véritablement mondiale. Mais tout a commencé avec un petit caféier éthiopien.

« Si l’Éthiopie parvenait à mieux promouvoir le caractère unique de son histoire, les cultivateurs obtiendraient beaucoup plus d’argent », a dit M. Root.

Source : http://www.irinnews.org

 
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