lundi, 23 juillet 2018
 

Maintenir les enfants d’éleveurs éthiopiens à l’école

ADDIS ABEBA - Dans les régions pastorales d’Éthiopie, des milliers d’enfants ont abandonné l’école, en dépit des efforts déployés par le gouvernement et par les bailleurs de fonds pour rapprocher les établissements d’apprentissage des enfants. Les catastrophes naturelles récurrentes, telles que la sécheresse et les inondations, et les conflits inter-ethniques sont les principales causes de leur déscolarisation.

En février, au moins 17 000 enfants scolarisés dans l’enseignement primaire avaient abandonné l’école depuis le début de l’année scolaire 2012-2013, principalement en raison des migrations liées à la sécheresse. [ http://reliefweb.int/report/ethiopi... ]

Dans la région de l’Afar, située au nord-est du pays, une quinzaine d’écoles ont été fermées en raison du manque d’eau pendant la saison sèche, affectant environ 1 899 enfants, dont 29 pour cent de filles, selon un rapport publié par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) le 11 mars. [ http://reliefweb.int/sites/reliefwe... ]

La persistance du conflit entre les Oromos et les Somalis perturbe l’enseignement. « Dans les zones affectées par le conflit dans le district d’Hararghe Est, situé dans la région Oromia, environ 10 600 enfants (40 pour cent de filles) scolarisés dans 35 écoles primaires [des districts] de Kumbi, Gursum, Meyumuluke et Chenasken ne sont pas allés à l’école pendant plus de trois mois », indique le rapport.

Dans la région Somali, au sud-est du pays, les inondations saisonnières, le conflit ethnique entre les résidents des zones frontalières et les conflits internes au groupe ethnique somali affectent bien souvent la scolarisation des enfants, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Par exemple, les écoles de plusieurs districts de la région ont été sévèrement endommagées lors des inondations intervenues en 2012. « Lors des inondations de juin 2012, 3 196 filles ont quitté l’école. La plupart des établissements localisés dans les sept woredas [districts] ont été inondés, le matériel et les infrastructures scolaires ont été détruits », a indiqué l’UNICEF.

Durant la crise, l’UNICEF a soutenu la création d’espaces d’apprentissage temporaires pour les enfants affectés.

Écoles alternatives

Les enfants des régions pastorales et leur famille se déplacent au rythme des saisons pour échapper aux intempéries ou à l’insécurité.

Dans le cadre du programme de Centre d’éducation de base alternative (Alternative Basic Education Center, ABEC), le gouvernement éthiopien s’efforce de rapprocher les écoles de ces enfants.

« Afin d’inclure les régions pastorales sous-développées, il nous a fallu concevoir une stratégie inclusive et globale visant spécifiquement ces zones. Il fallait une approche différente, adaptée à ces régions et aux modes de vie dans ces régions. Nous devions amener les écoles à ces enfants et non pas l’inverse », a dit à IRIN Mohammed Abubeker, responsable du département Soutien spécial et éducation inclusive au sein du ministère de l’Éducation éthiopien.

« Et aujourd’hui, après des années d’effort, nous avons dans les régions . des écoles formelles et non formelles. Un étudiant peut trouver au moins une école formelle dans chaque kebele [une unité administrative du district] ».

Le programme ABEC a permis à au moins 250 000 Éthiopiens qui vivent dans les zones rurales et qui n’ont pas accès au système éducatif formel de bénéficier d’une éducation de base, selon une déclaration de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). [ http://transition.usaid.gov/press/f... ]

Mais l’éducation alternative est offerte jusqu’à la quatrième année d’enseignement primaire seulement, et dans certaines zones, les enfants doivent marcher pendant deux heures pour rejoindre une école formelle et poursuivre leur scolarité, note USAID. « Comme on pouvait s’y attendre, certains ont abandonné leur scolarité, principalement pour des raisons liées à la pauvreté, lorsque que les familles ont besoin que leurs enfants travaillent ou qu’elles n’ont pas les moyens de payer un logement proche de l’école et de la nourriture ».

Lors de la migration saisonnière des éleveurs, « les espaces d’apprentissage sont fermés, ce qui entraîne la fermeture de davantage de centres d’éducation de base alternative », note l’UNICEF.

Apprentissage « migrant »

En réponse aux migrations des éleveurs, les responsables de l’éducation essayent de trouver des moyens pour que l’apprentissage se poursuive.

« Dans les régions pastorales, les populations se déplacent par choix ou [par] obligation en raison des conflits ou de la sécheresse », a dit M. Mohammed du ministère de l’Éducation. « Dans ce genre de situations, nous utilisons des écoles mobiles, qui fonctionnent très bien. Les enseignants et les matériaux éducatifs suivent les éleveurs dans leurs déplacements afin que les enfants poursuivent leur scolarité ».

« Récemment, nous avons créé un réseau d’écoles : ainsi, lorsque des enfants quittent une région, nous alertons les écoles de la région vers laquelle ils [migrent] pour qu’elles puissent les accueillir », a-t-il ajouté.

En collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies, le ministère de l’Éducation supervise un programme de nutrition dans les écoles afin d’inciter les enfants à suivre une scolarité.

L’UNICEF a également mis en place un service d’acheminement de l’eau par camion-citerne dans les zones affectées par la sécheresse. « Si les kebeles bénéficient de ce service, alors les écoles ne fermeront pas, puisque les collectivités reçoivent de l’eau », note l’UNICEF.

En dépit des difficultés rencontrées, quelques succès ont été enregistrés dans l’éducation des enfants des régions pastorales, a dit à IRIN M. Mohammed, ajoutant que la région de l’Afar et la région Somali avaient des taux de scolarisation de 75 et 83 pour cent, respectivement.

« Nous nous en sortons bien . mais il y a encore beaucoup de problèmes à régler. Notre objectif est qu’aucun enfant ne quitte l’école de manière permanente. Malheureusement, nous n’avons pas encore atteint cet objectif ».

Source : http://www.irinnews.org/

 
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