lundi, 24 septembre 2018
 

KENYA : Indignation religieuse suite au soutien d’une ministre aux droits des gays

NAIROBI, 13 octobre 2010 (PLUSNEWS) - Une ministre du gouvernement kényan qui avait plaidé en faveur de davantage d’acceptation des gays de la part de la société a été accusée de promouvoir des actes « non-africains » et appelée à démissionner.

Esther Murugi, ministre des Programmes spéciaux, a recommandé davantage de tolérance envers les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (MSM, en anglais), lors d’un symposium national sur les « populations les plus à risque » dans la ville côtière kényane de Mombasa, début octobre.

De nombreux leaders religieux chrétiens et musulmans, y compris la Fédération des églises chrétiennes évangéliques et indigènes du Kenya, ont appelé Mme Murugi à la démission et ont menacé de descendre dans la rue pour manifester si elle n’était pas limogée immédiatement.

« Elle ne peut pas dire que les gens qui commettent un crime et qui pourrissent nos enfants ont des droits », a dit Sheikh Mohamed Dor, député et prédicateur religieux. « Nous attendons de voir quand elle sera renvoyée de son poste ».

Les religieux au Kenya ont souvent utilisé leur très forte influence pour orienter l’opinion publique. Tandis que les groupes religieux ont contribué de manière significative aux soins des personnes vivant avec le VIH, leur fréquente opposition à l’idée de fournir des services VIH aux MSM et de promouvoir l’utilisation du préservatif s’est trouvée en contradiction avec la politique nationale en matière de VIH.

Le docteur Nicholas Muraguri, responsable du Programme national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (NASCOP) a défendu la position de Mme Murugi. « Il s’agit d’un groupe qui compte beaucoup dans la propagation du VIH dans le pays parce qu’on l’a trop largement ignoré », a-t-il dit à IRIN/PlusNews. « Accepter qu’ils existent et leur fournir ouvertement des services tels que la prévention et les soins du VIH est la seule option ».

Les MSM, les travailleurs du sexe et les consommateurs de drogues injectables font partie des groupes les plus vulnérables à l’infection VIH au Kenya. La dernière étude nationale sur les indicateurs du sida a attribué 15 pour cent des nouvelles infections aux MSM, et ce groupe est souvent vu comme une passerelle pour la transmission du VIH vers la population générale dans la mesure où de nombreux membres de la communauté ont aussi des partenaires sexuels féminins.

« Les critiques que je ne comprends pas c’est que la personne la plus proche d’eux pourrait se retrouver dans ce même groupe qu’ils condamnent avec tant de véhémence », a commenté M. Muraguri.

Le gouvernement prévoit d’intégrer les MSM au programme VIH du pays une fois qu’une étude nationale sur ce groupe fortement exposé au risque d’infection, qui doit démarrer en décembre 2010, aura été menée à terme.

La Constitution récemment promulguée au Kenya ne mentionne pas spécifiquement l’homosexualité, mais le Code pénal rend « les actes charnels contre nature » passibles d’une peine allant jusqu’à 14 ans d’emprisonnement.

Le dernier plan stratégique sur le VIH/SIDA reconnaît « les problèmes juridiques difficiles » lorsqu’il s’agit de fournir des soins de santé directement à des groupes comme les MSM, et a noté qu’il y fallait trouver des politiques qui leur faciliteraient leur accès à des services.

Derrick*, un travailleur sexuel à Nairobi, la capitale kényane, a dit que le genre de condamnation dirigée contre la ministre était ce qui avait convaincu des gens comme lui de rester dans l’ombre.

« Imaginez simplement - si un ministre peut-être condamné de cette manière, alors qu’arrivera-t-il à un citoyen ordinaire comme moi ? », a-t-il dit. « Ils vont juste me lapider à mort ».

* Un nom d’emprunt

Source : IRIN

 
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