mardi, 18 décembre 2018
 

Kenya : Terrorisme aveugle des Shebab

Le Westgate mall était une cible toute trouvée pour les Shebab somaliens. Lieu de shopping et de détente des kenyans de la classe moyenne et des expatriés, ce centre commercial dont une partie des capitaux sont israéliens a de multiples points d’entrées, des parkings en sous-sols et de nombreux recoins. L’attaque a été soigneusement préparée puisqu’il semble que les assaillants ont loué un local commercial pour stocker armes, munitions et matériels, ce qui leur a permis de tenir un siège de trois jours.

A ce jour, les autorités kenyanes font état de 61 morts, mais il est probable que le bilan soit plus lourd du fait de plusieurs dizaines de disparus, d’autant qu’une partie du toit de l’édifice s’est effondré, probablement provoqué par les forces de sécurité kenyanes lors des assauts.

Ce type d’attentat n’est pas le premier perpétré par les islamistes somaliens au Kenya il touche aussi d’autre pays. Ainsi à Kampala capitale de l’Ouganda plus de 70 personnes ont trouvé la mort dans trois attentats simultanés lors de projection publique de la coupe du monde de 2010 de football.

Des attentats liés à la guerre en Somalie

Les Shebab continuent de s’attaquer aux simples citoyens au seul motif que leur pays participe aux opérations militaires de l’AMISOM comme l’indique un de leur dirigeants Sheikh Ali Mohamud Rage : "Nous lançons un avertissement au gouvernement kenyan et à tous ceux qui le soutiennent. S’ils veulent la paix, qu’ils quittent notre territoire, qu’ils arrêtent leur ingérence dans nos affaires, qu’ils libèrent nos prisonniers et qu’ils arrêtent toutes les formes de combat contre notre religion. »

En 2006, Les Etats-Unis pousse l’Ethiopie à envahir la Somalie, pour renverser le pouvoir des Tribunaux Islamiques qui avait mis fin à des décennies de guerre civile. Le résultat fut un fiasco puisque deux ans plus tard ce sera l’aile la plus radicale des tribunaux islamiques Al-Shabbaab, (qui se traduit par la jeunesse) qui contrôlera la quasi-totalité du pays en installant une des pires dictatures religieuses avec son lot d’amputations, de lapidations et d’exécutions sommaires.

Suite aux incursions des Shebab sur son territoire, le Kenya lance l’opération « Linda Nchi » -« protéger la nation » en Swahili et intervient en Somalie en 2011 avec l’appui logistique de la France et des Etats-Unis. Un an plus tard les soldats kenyans intégreront l’AMISOM, les troupes de l’ONU composées principalement de soldats burundais et ougandais.

Al-Shabbaab est en train de perdre du terrain en Somalie. A l’intérieur de cette mouvance, les débats se font vifs et se règlent parfois avec les armes, entre ceux qui ont une vision somalienne de leur combat et les partisans d’un djihad mondial conforme à la ligne d’Al Qaeda

Le danger de l’amalgame

Des Observateurs au Kenya font remarquer que le responsable des forces de sécurité kenyane, David Kimaiyo, a passé l’essentiel de son temps à lutter contre la mise en place d’un syndicat de police, à espionner la population civile et à organiser les répressions contre les manifestations populaires, plutôt que d’assurer réellement la sécurité à l’intérieur du pays.

Mais le risque le plus grave est celui de l’amalgame entre les terroristes d’un côté et de l’autre, les musulmans et les nombreux somaliens dont la plupart sont des réfugiés et vivent dans des conditions extrêmement précaires.

En effet le Kenya est un pays où les politiciens n’hésitent pas une seconde à brandir la haine de l’autre et exacerber les conflits entre communautés. Ce qui vaut d’ailleurs au Président Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto récemment élus, d’être inculpés par la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité après les terribles conflits inter ethniques qui se sont passés après les élections de 2007.

D’où l’importance des appels à refuser toute tentation de haine d’amalgame comme l’a fait Benedict Wachira le dirigeant du parti progressiste Kenya le SDP :

« (…) nos récentes expériences ici au Kenya nous ont montré que le terrorisme ne connaît ni couleur, ni race, ni religions, ni ethnie. Nous ne permettrons pas que les terroristes réussissent à diviser le pays selon des critères religieux ou ethniques. »

Paul Martial

 
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