mercredi, 18 juillet 2018
 

Les coûts à court terme des gains militaires en Somalie

MOGADISCIO, 24 mars 2014 (IRIN) - Une offensive militaire majeure des forces somaliennes et de l’Union africaine (UA) contre les insurgés pourrait contribuer à la stabilité à long terme de la Somalie, mais à court terme, l’intervention militaire a entraîné le déplacement de quelque 40 000 civils, une hausse des prix et la destruction d’infrastructures de base.

L’Armée nationale somalienne (ANS) et la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) se sont engagées, avec le soutien des Nations Unies, dans ce que Nicholas Kay, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la Somalie, a qualifié d’« avancée militaire la plus importante et la plus étendue sur le plan géographique depuis la création de l’AMISOM » en 2007. [ https://www.un.org/News/fr-press/do... ]

Depuis le lancement de l’offensive au début du mois de mars, six villes des régions d’Hiraan, Bay et Bakool ont été reprises aux insurgés d’Al-Shabab : Hudur, Rabdhure, Ted, Weel Dheyn, Burdhubow et Buula Burde.

« Buula Burde, dans la région d’Hiraan, était une ville stratégique pour Al-Shabab. Elle représentait un point névralgique du ravitaillement et abritait des centaines de terroristes liés à Al-Qaïda », a dit Mahamat Saleh Annadif, Représentant spécial de la Commission de l’Union africaine pour la Somalie, dans une déclaration récente.

Il a ajouté que la reprise de la ville « donne une impulsion majeure à nos efforts d’apporter la paix et la stabilité en Somalie ».

Selon un rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), « la plupart des besoins humanitaires qui sont apparus jusqu’à présent [suite à l’opération] sont liés aux mouvements de population, soit de personnes qui ont quitté les villes affectées par l’opération militaire, soit de personnes précédemment déplacées qui reviennent dans les zones récemment reprises ». [ http://us4.campaign-archive1.com/?u... ]

« Certains déplacements devraient être de courte durée, car en général, les populations quittent les villes pour rejoindre les villages périphériques par mesure de précaution afin d’éviter les zones de conflit . Les personnes qui avaient les moyens de payer leur transport sont parties vers des villes plus importantes déjà aux mains des forces fidèles au gouvernement, car elles sont considérées comme plus sûres. En revanche, les ménages qui n’avaient pas les moyens de payer leur transport se seraient dirigés vers des villages situés en périphérie des principales villes affectées par les opérations militaires », a expliqué le rapport.

« Les abris, les articles ménagers, la nourriture, l’eau de boisson salubre et les soins de santé ont été reconnus comme besoins prioritaires, mais toutes les personnes déplacées temporairement ne devraient pas avoir besoin d’aide. Les civils sont également exposés à des risques de protection sur leur lieu d’origine et leur lieu de déplacement en raison de la situation sécuritaire fluide », a-t-il ajouté.

Cette évaluation a trouvé écho chez le commissaire de Hudur, Mohamed Moallin, qui a noté que la région avait reçu très peu d’aide durant les sept années passées sous le contrôle d’Al-Shabab.

« Les populations ont désespérément besoin d’eau, de nourriture et de médicaments. Il n’y a même pas un seul endroit où acheter du Paracétamol », a-t-il dit à IRIN.

« En tant que gouvernement, nous ne pouvons rien faire. Nous n’avons pas de moyens. Nous venons juste de revenir ici et tout est dans un état lamentable. Mais nous sommes en mesure d’assurer la sécurité de tout personne qui fournira de l’aide », a-t-il ajouté.

Avant la reprise de la ville de Hudur, Al-Shabab a détruit deux pompes à eau et ordonné aux habitants de partir, en disant qu’ils seraient « massacrés » s’ils restaient avec l’ennemi. En conséquence, plusieurs milliers de personnes ont pris la fuite.

« S’ils restent dans les villes contrôlées par le gouvernement, ils ont peur des menaces d’Al-Shabab, donc ils ont choisi une vie difficile dans les villages encore contrôlés par Al-Shabab », a dit Muqtar Isaak Abdi, responsable de Barbaar Initiative, une organisation de recherche locale. Il a indiqué qu’il parlait des villages d’Abal, Yokoyow, Abakbebay, Morogabey et Kulanjarer.

Seuls deux de ces villages, Abal et Kulanjarer, disposent de sources d’eau sûres.

Hausse des prix alimentaires à Hudur

Lorsque l’ANS et l’AMISOM ont repris Hudur, quelque 5 000 personnes sont revenues dans la ville.

« Je suis né et j’ai grandi à Hudur, mais j’ai fui il y a un an, quand Al-Shabab en a pris le contrôle [après une brève période sous le contrôle des forces éthiopiennes]. J’ai été très content de revenir, mais je réalise aujourd’hui que la situation est trop mauvaise », a dit un homme qui a demandé à garder l’anonymat.

« Il n’y a même pas une seule pharmacie, pas d’eau potable et le prix de la nourriture augmente », a-t-il dit. Les routes d’accès sont trop dangereuses, car Al-Shabab est encore présent à l’extérieur des villes comme Hudur.

Selon Mohamed Hassan, un journaliste local, le prix du sac de 50 kilos de sucre est soudainement passé de 36 dollars à 63 dollars, le prix du maïs de 14 dollars à 26 dollars et le prix du riz de 34 dollars à 52 dollars. Le bidon de 20 litres d’huile de cuisson qui coûtait auparavant 27 dollars coûte aujourd’hui 47 dollars.

Al-Shabab aurait ordonné aux éleveurs de bétail de ne pas emmener leurs animaux à Hudur.

Une autre inquiétude a été exprimée dans le rapport d’OCHA : « l’offensive militaire actuelle pourrait perturber le tout début de la saison de plantation, ce qui risque d’avoir un impact négatif sur la récolte de la campagne « Gu » annuelle d’août/septembre 2014, particulièrement dans les zones agricoles des Shabelle, des Juba et dans les zones de culture du sorgho de Bay et Bakool ».

Pour l’AMISOM et le gouvernement somalien, les offensives militaires permettent aux agences d’aide humanitaire de répondre aux besoins dans les zones reprises.

Mais pour OCHA, « Il est trop tôt pour prédire les implications à long terme de l’opération militaire sur un accès humanitaire sans entrave, sûr et régulier ».

M. Kay, le représentant des Nations Unies, a dit cette semaine que « l’accès humanitaire reste un défi majeur en raison de la situation sécuritaire instable ».

Le 18 mars, cinq jours après la reprise de Buula Burde par l’AMISOM et l’ANS, Al-Shabab a fait exploser une voiture piégée devant un hôtel de la ville qui hébergeait des troupes. Neuf soldats somaliens et cinq soldats djiboutiens auraient été tués, ainsi que 25 combattants d’Al-Shabab. [ http://allafrica.com/stories/201403... ]

Le financement est un autre problème de taille pour les agences d’aide humanitaire : seulement 3 pour cent des 933 millions de dollars sollicités pour l’intervention humanitaire en 2014 avaient été versés ou engagés au 21 mars.

Source : http://www.irinnews.org

 
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