mardi, 20 février 2018
 

SOMALIE : Les migrants pris pour cible au Somaliland

HARGEISA - Depuis septembre où le gouvernement de l’État autoproclamé du Somaliland a demandé aux employeurs de licencier tous les « étrangers illégaux » dans le cadre de son engagement à les expulser du territoire, les migrants, et plus particulièrement les Éthiopiens, sont, selon les organisations des droits de l’homme, de plus en plus souvent pris à partie.

« Nombre des personnes qui ont été attaquées au cours des derniers 45 jours vivent dans l’un des huit camps de PDI [personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays] d’Hargeisa », a dit Abdillahi Hassan Digale, un des responsables de l’Ubah Social Welfare Organization, qui promeut les droits des minorités et des PDI. « Nous avons enregistré 23 cas de violations, pour la plupart commises par les groupes chargés de la sécurité [composés de jeunes hommes employés par la communauté pour fournir des services de protection] dans ces camps. Ils soudoient les migrants, et lorsque les migrants refusent de payer, ils les menacent d’avertir la police de leur présence dans le pays ».

M. Digale a indiqué que la plupart des migrants illégaux pris à partie étaient employés comme gardiens, travailleurs domestiques, éboueurs, ouvriers du bâtiment, travailleurs agricoles ou constructeurs de latrines.

Selon les estimations, 90 000 migrants illégaux, pour la plupart éthiopiens, se trouvaient au Somaliland lorsque le gouvernement a émis la directive.

Le 25 octobre, le gouvernement a annoncé que les étrangers travaillant au Somaliland sans l’autorisation du ministère du Travail et des Affaires sociales seraient renvoyés. Il a également demandé aux employeurs de donner la priorité à l’embauche des citoyens somaliens.

Les organisations des droits de l’homme estiment que quelque 45 000 migrants illégaux ont quitté le Somaliland depuis que le gouvernement a émis la directive. Mais ceux qui sont restés vivent dans des conditions difficiles, et certains d’entre eux se cachent chez eux, de peur d’être déportés. D’autres migrants campent à l’extérieur du Social Welfare Centre (centre d’assistance sociale) - dirigé par l’organisation non gouvernementale internationale (ONG) Save the Children, avec le soutien financier de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) - car ils craignent d’être attaqués et déportés.

M. Digale a dit à IRIN : « Seulement 50 pour cent du nombre total estimé d’immigrés illégaux ont quitté le Somaliland ; les immigrants qui sont restés continuent d’être victimes de violations des droits de l’homme dans les camps où ils sont installés. Ils ont peur d’être déportés par la police ou attaqués par les Somaliens. Certains n’ont pas été payés, alors qu’ils travaillent pour leurs employeurs depuis un mois et demi. D’autres ont été battus par des membres des communautés locales ».

Abdi-Hakim Mohamed Elmi, un ouvrier en bâtiment éthiopien d’Hargeisa, a dit à IRIN que son employeur avait confisqué ses outils de travail et refusé de le payer pour deux journées de travail.

« Il y a trois semaines, je travaillais sur un chantier dans la rue 150-ka d’Hargeisa, pour un salaire de 70 000 shillings somalilandais [12,70 dollars] par jour ; je n’ai pas été payé pendant deux jours, alors j’ai décidé de faire une déposition au poste de police de Dalodho, mais on m’a dit que personne ne pouvait s’occuper de cette affaire », a dit M. Elmi. « Depuis je ne suis pas retourné au chantier, car j’ai peur que mon employeur ne s’en prenne à moi ».

Khadir Abdalla, qui est originaire de la région d’Oromiya en Éthiopie, vit dans le camp de PDI de Dami à Hargeisa. Il y a 11 jours, il a été attaqué par un groupe de jeunes hommes dans le camp.

« Avant, je ramassais des ordures dans le quartier du gouvernement local », a-t-il dit. « Un jour, un groupe de jeunes est venu chez moi et m’a demandé de sortir. Ils m’ont demandé pourquoi je ne suivais pas la directive gouvernementale et pourquoi je ne quittais pas le Somaliland. Je leur ai dit que je partirais, mais finalement, ils ont commencé à me battre à coups de bâton et à coups de poing. Ils ont pris ce que j’avais. Je ne suis pas allé voir la police, car j’avais peur ... d’être déporté ».

Ahmed Yare, un autre Éthiopien de l’ethnie Oromo qui vit dans le camp de PDI de Cakaara, a dit : « Des jeunes sont venus chez moi il y a 19 jours et m’ont demandé pourquoi je n’avais pas quitté le pays. Je leur ai dit que je n’avais pas suffisamment d’argent pour payer mon voyage. Ils m’ont battu et m’ont blessé à la tête avant de partir ».

Violations des droits de l’homme

Ahmed Mohamed Said, président du Somaliland’s Counter-Trafficking Network - un réseau qui rassemble des ONG locales travaillant avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) - a dit qu’il avait enregistré quelque 50 cas de violations des droits de l’homme au cours des trois derniers mois, ciblant pour la plupart des gardiens, des travailleurs domestiques, des constructeurs de latrines, des balayeurs de rues et des mendiants.

« Nous avons transmis ces dossiers à l’OIM qui a fourni un soutien psycho-social, des services de réadaptation et de l’aide alimentaire aux victimes », a-t-il dit. « Des réseaux de trafiquants fournissent de la main d’ouvre à l’Éthiopie et au centre-sud de la Somalie ; lorsqu’une personne arrive au Somaliland, ces intermédiaires la mettent en relation avec des employeurs potentiels, à condition qu’elle accepte de leur verser une partie de son salaire ».

Ahmed Elmi Barre, directeur général du ministère chargé de la Réadaptation, de la Réinstallation et de la Réintégration, a dit à IRIN que le ministère n’avait pas reçu de rapports concernant des violations des droits de l’homme contre les Éthiopiens au Somaliland.

Des groupes de défense des droits de l’homme indiquent cependant qu’au moins 30 Somaliens d’origine éthiopienne ont été arrêtés il y a 20 jours dans la ville frontalière de Lawya-addo. Mohamed Muse Bu’ul, gouverneur de la région de Selel - qui administre la ville de Lawya-addo - a dit à IRIN que les arrestations avaient été effectuées pour des raisons de sécurité.

M. Bu’ul a dit : « Nous savons que la région compte environ 450 travailleurs étrangers ; des arrestations sont parfois effectuées pour des questions de sécurité... Il y a un an, les milices somaliennes qui sont membres de l’ONLF [Ogaden National Liberation Front] sont arrivées sur la côte ouest du Somaliland ; il est donc de notre devoir de nous intéresser aux questions de sécurité dans la région ».

Source : http://www.irinnews.org

 
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