mardi, 11 décembre 2018
 

SOMALIE : Mohamud Mohamed Ali, « Deux ans plus tard, je suis de retour à la case départ »

NAIROBI - Mohamud Mohamed Ali fréquentait encore l’école secondaire lorsque, en juin 2009, il a fui la capitale somalienne, Mogadiscio, par crainte d’être recruté de force par Al-Shabab. Son dangereux voyage l’a mené jusqu’en Afrique du Sud. Maintenant âgé de 21 ans, M. Ali raconte son expérience à IRIN :

« J’avais presque 18 ans quand j’ai décidé de partir. Mon père approuvait ma décision parce qu’il voyait de nombreux jeunes hommes de la ville enrôlés de force dans des milices armées et il avait peur pour moi. Je voulais partir pour ne pas me faire prendre, mais aussi parce que je croyais que je pouvais trouver une meilleure vie ailleurs ».

« En juin 2009, j’ai quitté Mogadiscio par la route pour me rendre au Kenya. Nous avons dû éviter de nombreux barrages, car les milices s’emparaient des jeunes hommes qui se trouvaient à bord des camions à destination du Kenya. À un moment, nous avons dû nous arrêter à un poste de contrôle d’Al-Shabab et je me suis fait passer pour l’assistant du chauffeur ».

« À Nairobi, j’ai rencontré d’autres jeunes Somaliens et nous avons décidé de mettre nos ressources en commun et d’aller jusqu’en Afrique du Sud. Je suis d’abord allé à Mombasa, où un ’Mukhalas’ [passeur] m’a dit qu’il pouvait me faire entrer au Mozambique et que je pourrais, de là, marcher jusqu’en Afrique du Sud. J’ai dû débourser 700 dollars. L’argent devait couvrir toutes les dépenses pour entrer au Mozambique, y compris les pots-de-vin pour les forces de sécurité de tous les pays traversés ».

« Je suis allé en Tanzanie et, de là, j’ai embarqué à bord d’un bateau avec 200 autres Somaliens pour me rendre au Mozambique. C’était en septembre 2009. L’homme ne m’avait pas dit qu’on ferait le trajet par la mer. J’étais terrifié, car je n’avais jamais pris le bateau. Il m’a dit que la traversée ne durerait que quelques heures, mais nous avons passé presque quatre jours à bord. Nous avons épuisé nos vivres et nos réserves d’eau étaient presque vides lorsque nous avons atteint la côte. La quatrième nuit, ils nous ont débarqués sur la plage et nous ont dit que nous étions arrivés au Mozambique. Heureusement, des forces de sécurité nous ont trouvés et amenés dans un camp de réfugiés ».

« Les conditions de vie au camp étaient difficiles. Nous ne mangions qu’un repas par jour et notre abri était en mauvais état. C’était tout de même mieux que d’être sur un bateau pendant quatre jours et quatre nuits. Après quelques semaines, j’ai quitté le camp et j’ai rencontré des hommes d’affaires somaliens dans une ville appelée Bemba. Ils m’ont donné un peu d’argent et je me suis mis en route vers l’Afrique du Sud. À Mogadiscio, j’avais entendu beaucoup d’histoires sur l’Afrique du Sud. On m’avait dit que les conditions de vie étaient meilleures et que c’était totalement différent du reste de l’Afrique ».

« Je suis finalement arrivé en Afrique du Sud en novembre 2009. Je me suis tout de suite trouvé un emploi auprès d’hommes d’affaires somaliens à Soweto. J’étais employé de magasin et tout allait bien au départ, mais nous avons commencé à être régulièrement la cible d’attaques et de vols commis par des bandes locales ».

« Personne ne tentait de les arrêter. Le 6 juin 2011, un groupe d’hommes armés a attaqué le magasin où je travaillais. Ils ont tout pris, l’argent et le reste. J’ai été touché par deux balles, mais personne ne m’a emmené à l’hôpital. J’ai perdu beaucoup de sang et lorsqu’on m’a finalement conduit à l’hôpital, j’étais inconscient ».

« Après 15 jours à l’hôpital, j’ai décidé de quitter l’Afrique du Sud. J’étais parti de mon pays natal parce que je ne m’y sentais pas en sécurité et je me retrouvais dans un pays étranger où je n’étais pas plus en sécurité. J’ai pris le chemin du retour. Je me sentais vaincu et j’avais l’impression d’être de retour à la case départ, mais je ne regrettais pas d’avoir quitté l’Afrique du Sud. Je veux dire aux jeunes Somaliens : ’Ne faites pas ce que j’ai fait ».

« Malheureusement, la vie des jeunes Somaliens est ainsi faite et ils sont prêts à tout pour y échapper. Nous n’avons rien en Somalie et rien ailleurs. C’est comme si nous avions été abandonnés par le reste du monde ».

Source : http://www.irinnews.org

 
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