mercredi, 22 novembre 2017
 

Révolte des femmes soudanaises : Ils peuvent nous battre mais ils ne nous briserons pas !

Après des années d’injustices, la colère monte au Soudan où les manifestants pacifiques sont blessés et tués par les forces du régime soudanais. Le Soudan a été exposé à la brutalité de l’idéologie dogmatique de l’islam politique et la population a été dépouillée de sa dignité. Cette histoire n’est que la pointe de l’iceberg. Les femmes soudanaises sont le reflet de la cruauté et de la disparité imposées par le régime au pouvoir.

Depuis 25 ans, des femmes sont flagellées publiquement. L’idéologie de l’actuel régime soudanais était claire dès le premier jour : terroriser les femmes ce qui équivaut à paralyser toute la nation. Comme tous les dogmes dans l’islam politique, le régime a estimé que le moyen de garantir sa position passait par le contrôle du corps, de l’esprit, de l’existence des femmes et de leurs interactions publiques. Son idéologie misogyne se fonde sur la notion selon laquelle les femmes sont un problème et doivent être disciplinées et contrôlées, que les femmes sont à la fois dangereuses et les principales instigatrices de l’immoralité, responsables de tous les maux de la société. Donc on doit leur dire comment se comporter en public.

CRIMINALISER LES FEMMES POUR JUSTIFIER LA MISOGYNIE

"Ce n’est pas suffisant de leur parler. Nous devons les punir et instiller la peur dans leur esprit parce qu’elles ne sont pas intelligentes et pas à la hauteur sur le plan spirituel. Leur père et leur mari sont incapables de les contrôler". Voilà ce qui sous-tend l’article 152 du Code pénal soudanais, l’Indecent and Criminal Act, sur la base duquel Amira Osman, une militante soudanaise, a été traduite en justice, et par lequel des milliers de femmes pauvres et invisibles ont déjà été jugées, condamnées et flagellées publiquement. Leur rire est considéré comme un crime, leur présente provoque le péché.

C’est ainsi que le régime a vaguement élaboré l’article 154 du Code pénal : "Pratiquer la prostitution". L’article définit "qu’un endroit de prostitution est un endroit destiné à réunir des hommes et des femmes entre qui il n’y pas de relations maritales, de famille, dans des circonstances dans lesquelles l’acte sexuel va probablement être commis". Des centaines de femmes sont accusées suivant cet article, à l’intérieur de leur maison ou à leur place de travail. L’interprétation de cet article permet effectivement d’accuser des femmes dans tout lieu public où elles peuvent se trouver dans la même pièce qu’un homme avec lequel elles ne sont pas apparentées.

Le crime de "possession de matériels et de démonstration contraire à la moralité publique" de l’article 153 a exposé des milliers de jeunes femmes à la folie de la police des mœurs et les a privées d’une vie simple et digne. Les lois concernant l’ordre public au Soudan sont rédigées de façon suffisamment vagues et élusive pour permettre aux juges et aux forces de maintien de l’ordre de faire usage de leur propre interprétation des lois. Ceci a fait du système légal une machinerie qui sert certains intérêts, avec des lois manipulées et tordues contre la présence des femmes et leur participation aux affaires publiques.

Sara, âgée de 25 ans, est une artiste et une enseignante dans une école privée. Au début de cette année, alors qu’elle rentrait chez elle, elle a été arrêtée et emmenée sur ordre de la police. Elle portait un pantalon et un T-shirt à longues manches. Elle a été sexuellement violentée, humiliée et ensuite accusée sous l’article 152 parce qu’elle portait un pantalon. Selon son récit, lorsque la police l’a arrêtée et emmenée, il y avait déjà douze autres femmes dans le véhicule, qui toutes circulaient sur la voie publique, et qui ont été arrêtées au hasard par la police des mœurs. Aucune d’entre elles n’avait commis le moindre crime, juste marchaient-elles le long de la route, s’occupant de leurs propres affaires. Elles ont été détenues pendant 24 heures. On leur a enlevé leur téléphone. Au matin le juge les appelé par leur nom et lorsque Sara fût appelée, le juge lui a demandé "quarante coups de fouet ou payer 1000 Sdp ?" Elle a dit qu’elle n’avait que 10 livres et alors le juge a crié "40 coups de fouet" et les soldats l’ont empoignée. Ils l’ont emmenées dans une cour à l’intérieur du bloc de détention, l’ont fait s’asseoir sur le sable et ont commencé à la flageller. "Après dix coups de fouets extrêmement douloureux, j’étaos insensible et je pouvais seulement entendre les moqueries et les rires des soldats qui traînaient par là et qui demandaient qu’on me batte plus fort", a-t-elle rapporté.

BATTRE LES FEMMES POUR BRISER LEUR RESISTANCE

Halima, âgée de 44 ans, distille de l’alcool localement et le vend à des hommes dans tout Khartoum. Elle est le gagne-pain de sa famille de six enfants et de deux vieux parents. Tous dépendent d’elle. Elle a dit qu’elle a été flagellée et emprisonnée maintes fois ," et chaque fois qu’ils viennent, ils confisquent l’alcool, le revendent à des clients ou le boivent. Ils me battent pour l’avoir fait".

LES MORTS SONT PLUS PUISSANTS QUE LES VIVANTS.

Amena. Agée de 56 ans, vendait du thé à côté de l’hôpital. Elle raconte : "Ils passent leur temps à prendre ma bouilloire et mes tasses. Parfois ils me flagellent et si j’ai un peu d’argent je leur le donne. Ces jours j’ai trouvé un emplacement à côté du cimetière pour vendre mon thé. J’ai toujours des clients mais la police m’approche rarement. Je crois que les morts sont plus puissants que les vivants dans notre pays".

Les histoires de ces femmes sont le reflet plus ou moins de la vie de millions de femmes au Soudan

ELLE AVAIT OMIS DE COUVRIR SES CHEVEUX

Des centaines de femmes sont venues assister au procès d’Amira Osman, une militante soudanaise accusée sous l’article 153 pour n’avoir pas recouvert ses cheveux d’un foulard. Son procès a maintenant été repoussée jusqu’au 4 novembre 2013. Ces femmes n’abandonneront pas leur humanité et leur dignité malgré la menace de flagellation suspendue au-dessus de leur tête.

La bataille contre le régime de l’ordre public soudanais, qui a infiltré le Code pénal du pays, a cours depuis des années dans tout le pays. Il a été utilisé pour réprimer les femmes, pour compromettre leurs moyens de subsistance, pour les appauvrir, pour limiter leur participation à la vie publique, aux sports, aux activités culturelles et leur mobilité ainsi que leur participation politique. Les lois discriminatoires soudanaises et le régime d’ordre public affectent les communautés pour les générations à venir en imposant la subordination des femmes dans l’esprit des jeunes générations et donc inhibe le potentiel de progrès et de paix.

Hala Alkarib est la directrice de Strategic Inititative for Women dans la Corne de l’Afrique (www.sihanet.org) - Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

Source : http://www.pambazuka.org


 
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