mardi, 26 mars 2019
 

Soudan : Abiyé - un aperçu de la situation sur le terrain

ABIYÉ - Au cours des dernières semaines, des milliers de personnes sont retournées à Abiyé, une région disputée située à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud, dans l’espoir que le référendum tant attendu sur le statut de la région ait finalement lieu. [ http://www.irinnews.org/report/9891... ]

« Je suis prêt à voter », a dit Hamish Bol, un étudiant en communications à l’université de Juba, en sortant d’un petit avion à Agok, une ville située dans le sud de la région d’Abiyé.

Le gouvernement du Soudan du Sud, qui, contrairement à Khartoum, souhaite que le référendum ait lieu ce mois-ci (octobre 2013), affrète des avions depuis différentes villes sud-soudanaises pour aider les gens d’Abiyé à retourner dans leur région.

Signé en 2005, l’accord qui a mis un terme à des décennies de guerre civile au Soudan promettait au peuple d’Abiyé la tenue d’un référendum pour déterminer si la région continuera de faire partie du Soudan ou si elle rejoindra le Soudan du Sud. Le vote a cependant été reporté à maintes reprises, notamment parce que Khartoum insiste sur la participation des éleveurs Misseriya, qui passent six mois par année dans les pâturages de la région d’Abiyé et dont plusieurs se sont battus aux côtés des forces du gouvernement durant la guerre civile.

La plupart des habitants permanents d’Abiyé appartiennent à la communauté Ngok Dinka, qui a largement soutenu les rebelles du Sud pendant la guerre.

« Nous avons beaucoup souffert. Pendant longtemps, nos terres ont été occupées et nos droits, négligés. Il est temps que nous ayons notre mot à dire », a dit Chol Ramadan Seek, un étudiant de 22 ans de Juba.

L’afflux de personnes retournées fait craindre aux humanitaires des difficultés en matière d’accès aux soins de santé et des pénuries de logements et de ressources en eau.

« C’est pourquoi nous demandons à la communauté internationale de nous venir en aide », a dit Bol Biong Bulabek, de l’organisation de la société civile d’Abiyé.

Installé juste à côté de la piste d’atterrissage, il enregistre les nouvelles arrivées.

« Jusqu’à présent, nous avons enregistré 81 personnes retournées. Nous en attendons encore 70 aujourd’hui. Hier, 50 personnes sont arrivées au milieu de la nuit. Nous avons installé des tentes et elles ont passé la nuit ici avant de poursuivre leur chemin jusqu’à leur village. »

À Abiyé, des maisons et des édifices gouvernementaux bombardés bordent la seule route pavée. Plus de 100 000 personnes ont fui la ville quand les troupes soudanaises l’ont envahie en 2011.

Des squatteurs à Abiyé

Quelque 40 000 résidents d’Abiyé sont toujours déplacés deux ans après l’incursion des Forces armées soudanaises. Parmi ceux qui sont rentrés chez eux, nombreux sont ceux qui squattent des bâtiments pillés et abandonnés ou vivent dans des huttes de paille de fortune recouvertes de bâches de plastique. Le marché principal, détruit lors d’une autre attaque survenue à l’été 2012, n’a pas été reconstruit. Les écoles, les édifices gouvernementaux et les établissements de santé font également défaut. Les soins de santé ont jusqu’à présent été fournis par le personnel des cliniques mobiles mises en place par les organisations humanitaires.

La plupart des gens qui rentrent à Abiyé sont hébergés par des parents, mais ceux dont les familles ont été disséminées et ne sont toujours pas rentrées ne peuvent pas vraiment compter sur l’aide des autorités locales.

« Nous demandons à tout le monde de contribuer. Nous demandons par exemple à chaque citoyen de donner une livre sud-soudanaise (1 dollar = 4,40 SSP). L’argent récolté permettra de financer des activités liées au référendum et d’aider ceux qui rentrent chez eux », a dit M. Bulabek.

De nombreuses personnes hésitent toujours à s’installer de manière permanente en raison du statut de la région disputée, de l’instabilité politique et de l’insécurité ambiante.

« Abiyé est une région riche en ressources. En plus du pétrole qui est maintenant acheminé par pipelines vers Khartoum, nous avons plus de 10 000 kilomètres carrés de terres arables. Nous avons aussi deux cours d’eau qui peuvent être utilisés pour l’irrigation, sans parler des ressources naturelles qui n’ont pas encore été découvertes », a dit Acuil Akol Miyan, un membre de l’administration d’Abiyé.

« La stabilité amènera le développement. Les gens doivent se sentir en sécurité avant d’oser rentrer chez eux. Voilà pourquoi le référendum est si important. »

En plus de l’opposition de Khartoum, le référendum se heurte à plusieurs défis logistiques. C’est la saison des pluies : les routes et les sentiers qui relient les villages deviennent boueux et presque impraticables. Cela rend extrêmement difficile l’enregistrement des électeurs, qui a commencé dans certaines zones.

« Les Misseriya ne sont pas chez eux à Abiyé. Ils viennent ici une fois par année pour les pâturages et l’eau, et ils pourront continuer de le faire une fois qu’Abiyé aura rejoint le Soudan du Sud, mais cela ne leur donne pas le droit de voter », a dit le chef suprême des Ngok Dinka, Bulabek Deng. Son prédécesseur, Kuol Deng Kuol, a été tué dans une embuscade organisée par des Misseriya en mai 2013.

Opportunités d’affaires

Les organisations d’aide humanitaire continuent de fournir des vivres et des articles ménagers et d’apporter leur soutien aux personnes retournées. Nombre de ces dernières voient des opportunités d’affaires dans la région d’Abiyé une fois que son statut sera déterminé.

« Les Sud-Soudanais sont mes frères, mon sang. J’espère maintenant avoir les mêmes droits qu’eux. Je vois de nombreuses opportunités ici. J’aimerais ouvrir un petit magasin à Abiyé ou à Agok lorsque j’aurai obtenu mon diplôme. C’est quelque chose que je ne peux pas faire à Khartoum », a dit Chol Ramadan Seek, l’étudiant de Juba, ajoutant que de nouvelles négociations ou la partition d’Abiyé entre Juba et Khartoum ne sont pas envisageables.

« De nouveaux pourparlers auraient seulement pour effet de paralyser le développement. Après ce jour, un report du référendum n’est pas une option. Ils doivent nous dire à quel pays nous appartenons. »

Source : http://www.irinnews.org

 
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