mardi, 26 mars 2019
 

SOUDAN : De retour au camp de Kakuma

KAKUMA - Six ans après avoir quitté le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya, pour rentrer chez lui au Soudan, où un accord signé en 2005 devait avoir mis définitivement fin à plusieurs décennies de guerre civile, David Aguer y est de retour avec sa belle-mère et six frères et sours.

« Je n’arrive pas à croire que l’optimisme [qui régnait à l’époque] est maintenant disparu et j’ignore si la paix reviendra. Quand j’ai quitté [le Kenya], je ne savais pas que j’y reviendrais, mais aujourd’hui, je suis de nouveau un réfugié », a dit à IRIN M. Aguer, 27 ans, dans le camp de Kakuma, qui atteindra bientôt sa pleine capacité.

M. Aguer était l’un des premiers habitants du camp, qui a été créé il y a neuf ans pendant la guerre entre les forces du gouvernement soudanais et l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS).

« Je suis arrivé à Kakuma pour la première fois en 1992. Je n’avais que sept ans et je considérais le camp comme mon chez-moi - jusqu’à ce que je retourne [dans mon pays] avec d’autres jeunes gens. Nous avions commencé notre scolarité ici à Kakuma et nous l’avons terminé au Soudan. Je suis nostalgique et triste d’être de retour ici », a dit M. Aguer.

En mars 2011, son village natal, Tajalei, dans la région d’Abyei, qui est au centre de l’un des conflits qui opposent le Soudan et le nouvel État du Soudan du Sud, a été détruit lors d’une attaque menée par des miliciens.

Comme des dizaines de milliers d’habitants, la famille de M. Aguer a fui vers le sud [http://www.irinnews.org/fr/Report/9...] en direction de la ville frontière d’Agok lorsque les forces soudanaises ont commencé à pénétrer dans la région d’Abyei.

Ces dernières semaines ont été marquées par une escalade des hostilités entre le Soudan et le Soudan du Sud. [http://www.irinnews.org/fr/Report/9...]

En mars 2011, le village natal de M. Aguer a été attaqué par un groupe de miliciens qui ont brûlé les huttes des habitants et les ont, du même coup, laissés sans domicile. M. Aguer a dit à IRIN que des rumeurs laissant entendre que l’armée soudanaise pourrait attaquer Tajalei l’avaient poussé, lui et sa famille, à se réfugier au Kenya.

« Récemment, il y a eu des rumeurs selon lesquelles l’armée soudanaise pourrait nous attaquer. Je ne voulais pas attendre de les voir nous tuer, alors j’ai convaincu ma belle-mère de partir pour le Kenya où nous pourrions être en sécurité », a-t-il dit.

« Nous avons marché pendant 30 jours pour arriver jusqu’ici. Les enfants sont fatigués. Ma mère est décédée ici la dernière fois que nous y avons séjourné en tant que réfugiés. Nous attendons maintenant d’être enregistrés pour recommencer une nouvelle vie. »

Attentisme

Avec un enfant sur le dos et quatre autres s’agrippant à sa robe, Emily Akuol, 35 ans, attend patiemment en file pour rencontrer un responsable de l’enregistrement. À l’exception de sa situation et de celle de ses enfants, elle estime que rien n’a changé à Kakuma depuis qu’elle est partie il y a trois ans.

« Ils [ses enfants] commençaient à s’habituer au Soudan du Sud, au travail de la terre. Et maintenant, nous sommes de retour à l’endroit même où j’ai donné naissance à certains d’entre eux. Les enfants sont confus : ils ne savent plus s’ils sont des Kényans ou des Sud-Soudanais », a-t-elle dit à IRIN.

Son village, Wek, dans l’État du Jonglei, a été le théâtre de vagues de violences intercommunautaires. [http://www.irinnews.org/fr/Report/9...] Sa maison a été incendiée et ses cultures détruites. Son mari fait partie des victimes des affrontements. Malgré tout, Mme Akuol a dit à IRIN qu’elle espère pouvoir vivre en paix à Kakuma, où elle a vécu pendant 18 ans avant de retourner à ce qui était encore à l’époque le Soudan.

« Je n’ai plus de foyer où retourner. Je vais donc me chercher quelque chose à faire ici à Kakuma et espérer que mes enfants auront la possibilité d’aller à l’école. Je travaillais comme camelot ici avant de retourner au Soudan du Sud », a-t-elle dit.

Pleine capacité

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le camp de Kakuma abritait, en date du 10 mai 2012, 94 844 personnes originaires de 13 pays de la région.

Initialement conçu pour accueillir 100 000 personnes, le camp pourrait atteindre sa pleine capacité d’ici la fin du mois de juin, selon le HCR.

Jeff Savage, un haut responsable de la protection auprès du HCR à Kakuma, a dit à IRIN : « Même si les Somaliens comptent pour 50 pour cent de la population du camp, les nouveaux arrivants sont principalement originaires du Soudan du Sud et du Soudan à cause du conflit qui fait rage entre ces deux pays. »

Les responsables du camp ont dit à IRIN que 7 711 nouveaux arrivants avaient été enregistrés à Kakuma depuis janvier 2012 et que 75 pour cent d’entre eux venaient du Soudan et du Soudan du Sud.

« Nous accueillons chaque jour entre 100 et 150 nouveaux réfugiés. La plupart d’entre eux viennent du Soudan du Sud », a dit M. Savage.

Le Soudan du Sud a fait son indépendance en juillet 2011, mais le conflit opposant les rebelles aux forces du gouvernement, les combats intercommunautaires et les affrontements entre les deux pays ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes, selon les agences des Nations Unies.

Le HCR a indiqué que des plans prévoyant la création d’un autre camp, la construction de nouvelles salles de classe dans les écoles existantes et la mise en place d’infrastructures de santé en prévision de l’afflux de nouveaux réfugiés étaient en cours d’élaboration.

« Nous essayons de nous débrouiller avec ce que nous avons déjà, mais Kakuma atteindra bientôt sa pleine capacité... Nous mobilisons des fonds afin d’améliorer la réponse humanitaire et de mieux gérer l’afflux de nouveaux réfugiés », a dit M. Savage à IRIN.

Le Réseau américain des systèmes d’alerte précoce (FEWSNET) de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) a récemment publié la mise en garde [http://www.fews.net/docs/Publicatio...] suivante : « Pour les réfugiés qui affluent au camp de Kakuma depuis le Soudan du Sud, la situation qui prévaut actuellement en matière de sécurité alimentaire pourrait se détériorer avec l’augmentation du nombre de réfugiés... Si la capacité du camp est dépassée, les réfugiés risquent d’être confrontés à un accès limité aux abris et aux vivres et d’avoir de la difficulté à satisfaire leurs autres besoins. Dans le même temps, la nature irrégulière des « longues pluies » doit être surveillée de près. Des inondations pourraient en effet se produire dans plusieurs zones localisées et plonger les nombreux ménages affectés en situation d’insécurité alimentaire grave. »

Source : http://www.irinnews.org

 
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