samedi, 22 septembre 2018
 

SOUDAN : La dictature de Béchir ébranlée

En menant une politique répressive, intégriste et ethnique, Omar el-Béchir a précipité la scission de son pays entre le Soudan et le Sud-Soudan peuplé essentiellement d’animistes et de chrétiens.

C’est donc plus des trois quarts des ressources pétrolières qui ont été perdues pour le Soudan, autant de revenus en moins. A cela s’ajoute la crise pétrolière qui a éclatée entre les deux pays, depuis l’accession du Sud-Soudan à l’indépendance et qui le prive quasiment des revenus de transit de l’or noir.

Ainsi, les observateurs considèrent que le pays se trouve amputé de 60 % de ses revenus.

Cette crise, Omar el-Béchir est bien disposé à la faire payer à sa population, notamment les plus fragiles et les premiers touchés par la suppression des subventions au prix des carburants. Ainsi les dirigeants islamistes appliquent-ils les mêmes mesures que celles préconisées par le FMI et la Banque Mondiale et qui font des ravages, notamment sur le continent africain. Ce sont les plus pauvres, ceux qui habitent loin du centre-ville, qui doivent supporter la plus forte augmentation des coûts de transports.

Omar El Béchir a pris le pouvoir par un coup d’État en 1989, qui a renversé Sadeq al-Mahdi pourtant élu, et a dissout les partis politiques, l’Assemblée nationale et a instauré une dictature islamiste en menant une politique de répression des minorités qui lui vaut une inculpation pour crime contre l’humanité par le tribunal pénal international.

La clique au pouvoir préfère consacrer les deux tiers de son budget à la guerre en négligeant la population dont la moitié est considérée comme pauvre.

De nombreuses manifestions sont en train de s’étendre dans l’ensemble du pays contre cette politique d’austérité. Le régime de Béchir a déclaré qu’il maintiendrait coûte que coûte cette mesure, et tente de l’imposer à l’aide d’une répression implacable, qui a déjà fait des dizaines de morts, et en procédant à de nombreuses arrestations de militants des partis de l’opposition.

Dans le même temps, il désinforme les habitants en expliquant que ces manifestations sont des manœuvres de rebelles armés du Darfour et du Sud Kordofan. Ainsi il n’hésite pas à brandir le chiffon rouge d’une attaque de ces rébellions sur Khartoum, la capitale, par là il tente de les effrayer en invoquant le risque de massacres qu’ils encourraient si une telle éventualité se produisait. De nouveau, El Béchir tente de rester au pouvoir en conduisant une politique ethniciste contre la population des périphéries de Khartoum.

Les mobilisations populaires, qui se font de plus en plus fortes, prennent un tour directement politique et mettent le pouvoir en cause en exigeant son départ. La classe dirigeante se montre plus prudente dans son soutien au dictateur, ainsi ce sont trente-et-un cadres du parti du Congrès national, le parti islamiste au pouvoir, qui se désolidarisent de leur chef, condamnent la répression et appellent à la suppression de cette mesure. Ce fait est d’autant plus alarmant pour Béchir que, parmi les trente-et-un signataires, se trouvent des responsables de l’armée et il n’est pas sûr que cette dernière continue à le soutenir. Une opportunité que pourrait bien saisir une population exaspérée pour imposer un changement.

Paul Martial

 
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