jeudi, 23 novembre 2017
 

SOUDAN : Le plan d’austérité déclenche des manifestations

KHARTOUM - Des manifestations se sont déroulées à Khartoum, près d’Omdurman, et dans d’autres villes soudanaises ces derniers jours, après que le président soudanais Omar al-Bashir ait annoncé un nouveau plan d’austérité.

La police soudanaise a utilisé des gaz lacrymogènes et des matraques contre quelque 200 manifestants qui scandaient des slogans contre le régime sur le marché d’Omdurman, le 19 juin. Plus tôt dans la journée, des témoins ont affirmé que la police avait aussi utilisé la force pour disperser deux manifestations d’étudiants.

Le 18 juin, M. Bashir a annoncé la disparition progressive des subventions sur les carburants ainsi qu’une augmentation des taxes et des droits de douane sur les produits de luxe, entre autres mesures. Ce plan devrait contribuer à accroître les recettes et à réduire le déficit de 2,4 milliards de dollars américains causé par la perte de revenus pétroliers depuis la sécession du Soudan du Sud en juillet 2011.

« Le contexte économique et politique actuel risque de déclencher une révolution des affamés qui va inévitablement renverser le gouvernement », a dit Hafiz Ismail, économiste et directeur au Soudan de l’organisation pour la défense des droits, basée à Londres, Justice Africa.

Les manifestants se plaignent également d’une hausse de 35 pour cent du prix des transports publics à Khartoum. Au Soudan, l’inflation est montée à 30,4 pour cent en mai contre 28,6 pour cent en avril, selon l’agence de statistiques nationale.

Des étudiants se sont rassemblés à l’entrée de l’université du Soudan à Khartoum en scandant « Non à la hausse des prix » et « Le peuple veut la chute du régime », avant que la police ne les disperse avec une « violence excessive », selon Ghazy Badridden, un diplômé de la faculté d’ingénierie qui a participé aux manifestations.

Des étudiants de l’université Ahlia de Khartoum ont été chassés de leurs classes par l’arrivée d’un grand nombre d’agents de sécurité, accompagnés d’étudiants appartenant au Parti du congrès national, au pouvoir. Ils sont entrés sur le campus à bord de pick-up et ont attaqué les étudiants à coups de matraques et de bâtons.

La goutte d’eau

Les groupes de l’opposition ont rejeté le nouveau plan d’austérité, arguant que cela affecterait durement les travailleurs, et augmenterait l’inflation et la pauvreté au sein d’une population déjà vulnérable.

« Ces nouvelles mesures sont la goutte d’eau qui fera déborder le vase », a dit Ibrahim al-Sanousi, adjoint du leader du Parti du congrès populaire (PCP) Hassan al-Turabi. « Les gens en ont déjà marre du régime qui continue à les opprimer. Ils descendront dans la rue jusqu’à ce qu’ils renversent le régime ».

M. al-Sanousi a été libéré seulement en juin, après avoir passé cinq mois en détention. Il était soupçonné d’être en contact avec des groupes rebelles armés.

Lors d’un meeting, mi-juin à Khartoum, les Forces du consensus national (une coalition des partis politiques de l’opposition soudanaise dont le Parti Umma, le PCP et le Parti communiste) se sont mises d’accord sur le lancement d’une campagne de manifestations de grande envergure contre la suppression des subventions sur les carburants. Elles ont ensuite débattu de la manière de renverser le régime et discuté l’élaboration d’une constitution intérimaire et d’un programme de transition pour diriger le pays sur une période de trois ans post-régime. Les groupes de l’opposition doivent se réunir le 26 juin pour la signature des deux textes.

Le porte-parole du gouvernement soudanais, Rabie Abdul Ati, a minimisé l’impact négatif des nouvelles mesures, et a dit que les actions de l’opposition pour mobiliser la rue contre le régime échoueraient.

« Les Soudanais ont connu des temps plus difficiles dans les années 1990 et ils ne se sont pas révoltés », a-t-il dit à IRIN par téléphone. « Les gens sont conscients de la crise que nous traversons depuis la sécession, de la perte du pétrole puis de l’arrêt de la production pétrolière, et ils savent que ces réformes sont le seul moyen de permettre la reprise de l’économie nationale ».

Objet de sanctions économiques américaines depuis 1997, le Soudan a perdu les trois quarts de sa production pétrolière, qui appartenait au pays alors unifié, lorsque le Soudan du Sud a obtenu son indépendance en juillet. Depuis, les négociations ont échoué à s’accorder sur le prix que le Soudan du Sud, plus enclavé, devrait payer pour pouvoir utiliser un gazoduc et les installations pétrolières au Soudan.

« Le plan d’austérité n’aidera pas la croissance économique, cela va plutôt prolonger la récession, restreindre le pouvoir d’achat des consommateurs, et touchera seulement les pauvres », a dit Ismail de Justice Africa. « Le gouvernement affirme que les nouvelles mesures permettront d’économiser 2 milliards de dollars par an. Eh bien, ils peuvent économiser cinq fois ce montant en réduisant les dépenses militaires.

« La seule solution pour ce régime et pour la crise économique est politique. Le régime est incapable de résoudre le conflit au Darfour et dans les trois pays frontaliers, ou de mettre fin au conflit avec le Soudan du Sud, ou même de gérer ses relations internationales ».

Arrestations

La police a arrêté plus de 25 étudiants le 19 juin, selon l’avocat Khansaa Ahmed. Le jour précédent, elle avait arrêté 79 personnes - dont 25 étudiants - qui avaient participé à une manifestation dans le quartier de Bahari, à Khartoum.

Le militant politique soudanais Mohamed Alim, 28 ans, a également été arrêté chez lui à Khartoum par des responsables de la sécurité le 20 juin, selon l’avocat Wagdy Saleh.

Lors d’un autre incident le 18 juin, les forces de sécurité ont arrêté au moins 40 membres de groupes de l’opposition lors d’un meeting dans les locaux du mouvement Haq à Khartoum. Une déclaration diffusée par l’agence de presse SUNA, dirigée par l’État, a affirmé que la police avait maîtrisé une « petite manifestation » à Bahari (Khartoum), et avait arrêté « des étudiants et des intrus qui tentaient d’inciter à l’émeute et de s’attaquer aux biens des citoyens ».

SOURCE : http://www.irinnews.org

 
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