lundi, 23 juillet 2018
 

SOUDAN : MOBILISATION CONTRE LA VIE CHERE

Le groupe du 30 janvier risque bien de devenir le cauchemar du gouvernement soudanais. En effet, depuis quelques semaines, des étudiants adeptes de réseaux sociaux appellent, les jeunes des universités, mais aussi la population, à manifester contre le plan d’austérité du président, El-Béchir. Depuis, les manifestations contre la vie chère se succèdent dans à Khartoum, la capitale.

Le but de la manoeuvre pour le gouvernement est de trouver 2,4 milliards de dollars, en supprimant les subventions sur l’énergie, mesure qui pénalise les plus pauvres du pays et qui a un effet direct sur les transports en commun, dont les prix viennent d’augmenter de plus de 35%. A cette mesure s’en ajoutent d’autres comme la suppression des emplois dans la fonction publique, l’augmentation des taxes sur les produits de consommation et les importations. Depuis ces deux derniers mois, l’inflation s’élève à 30 % amputant le pouvoir d’achat de la population.

Cette crise économique est la conséquence directe de la politique d’Omar El-Béchir dont l’idéologie est une sorte de mélange de Frères musulmans et de salafistes. En effet, il s’est emparé du pouvoir, après un putsch en 1989, et ne cesse d’ignorer et d’ostraciser les régions et les populations qui vivent à la périphérie de Khartoum et de sa région. C’est ainsi, qu’après une guerre civile qui a duré plus de 20 ans avec le Sud, et ce au prix de centaines de milliers de morts, un accord de paix a été signé en 2005. Il prévoyait, pour les habitants du Sud, la possibilité de mettre en oeuvre un référendum d’autodétermination au bout de six ans. Pendant cette période, El-Béchir n’a eu de cesse de mener une politique agressive contre le Sud, majoritairement animiste et chrétien. Naturellement, c’est donc à plus de 98 % que les Sud-Soudanais ont voté pour l’indépendance en janvier 2011.

Les trois-quarts des réserves de pétrole se trouvent au Sud- Soudan, ainsi Khartoum doit faire face à un manque à gagner important, d’autant que le Sud vient de bloquer toute extraction du pétrole suite à un désaccord commercial sur le prix à payer pour utiliser les oléoducs soudanais.

Mais El-Béchir n’hésite pas à faire payer sa politique sectaire et ethniciste à sa population. La seule réponse qu’il donne aux manifestations, c’est la répression. Ainsi au marché d’Omdurman, la police intervient avec violence pour empêcher la formation d’un cortège. Les forces de répression entourent le campus pour tenter d’empêcher les étudiants de descendre dans la rue. Des pick-up chargés de nervis du parti présidentiel, le Parti du Congrès National, attaquent les meetings étudiants. Manifestations à Khartoum

Malgré cette répression, les manifestations continuent de plus belle et s’étendent dans la capitale à Jabra, Alsahafa, Khartoum- 3, Alabbassiya, Umbada, Nile City, Al-Ozuzab, Shambat, Khartoum North-Alamlak et dans d’autres localités comme à Kassala, Kosti, Gedaref Port Soudan et à l’université de Shendi dans l’Etat du Nil. Les slogans du début contre la cherté de la vie deviennent par la suite plus politiques et exigent la démission d’El-Béchir.

L’opposition réunie dans les Forces du Consensus National qui regroupent le Parti Umma, le Parti du congrès populaire et le Parti communiste soudanais tente d’apporter une alternative politique à cette crise sociale autour d’une constitution intérimaire et d’un programme de transition.

Paul Martial

 
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