lundi, 20 mai 2019
 

SOUDAN : Sud-Kordofan - Compte rendu

JUBA - Plus de 73 000 personnes ont fui les combats dans l’Etat riche en pétrole du Sud-Kordofan au nord du pays, après les affrontements violents qui ont éclaté le 5 juin. Les combats entre l’armée du nord, les Forces armées du Soudan (SAF), et les anciens rebelles de l’Armée de libération populaire du Soudan (SPLA) ont été intenses.

Que se passe t-il ?

De violents combats ont commencé dans la capitale de l’Etat, Kadugli. Les SAF ont mené de multiples bombardements aériens dans la région des monts Nuba au Sud-Kordofan. Des groupes de la société civile et des témoins oculaires ont fait état de meurtres de civils et de fouilles systématiques des maisons, à Kadugli et dans les villages environnants. Les chefs religieux accusent les forces gouvernementales de « nettoyage ethnique », une accusation rejetée par Khartoum.

Des témoins qui ont fui Kadugli ont décrit des gens tués par balles dans la rue, des arrestations de masse et le pillage et la destruction par le feu des bâtiments, y compris les bureaux des agences d’aide humanitaire et des églises. Ils affirment qu’ils étaient visés pour leur appartenance ethnique.

Les agences humanitaires n’ont toujours pas accès libre à la population civile, malgré des améliorations dans la situation sécuritaire, a dit le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA) dans son bulletin du 21 juin.

L’information provenant des monts Nuba est limitée ; la couverture par téléphone portable serait coupée dans de nombreuses zones.

Selon le groupe qui fait campagne pour le projet Enough, des photos satellite montrent une accumulation de troupes et de véhicules des SAF dans cette région. Dans le même temps, l’espace aérien au-dessus du Sud-Kordofan a été sévèrement restreint.

L’ambassadrice américaine auprès des Nations Unies, Susan Rice, dit que les SAF ont menacé d’abattre tout avion circulant sans leur permission.

Pourquoi les affrontements ?

Le Sud-Kordofan a été un terrain de bataille crucial durant la guerre civile au Soudan, de 1983 à 2005. Beaucoup de gens dans les monts Nuba soutenaient ceux qui étaient alors la SPLA rebelle, qui est devenue depuis l’armée officielle du sud. Ils se trouvent désormais du mauvais côté de la frontière, séparés de leurs anciens camarades, au moment où le sud s’apprête à faire sécession, et ils ont refusé de rendre leurs armes à des forces armées qu’ils voient comme hostiles.

Le Sud-Soudan est censé devenir indépendant le 9 juillet, et le gouvernement de Khartoum a dit qu’il ne tolérerait pas l’existence de deux armées à l’intérieur de ses frontières. La SPLA affirme ne pas avoir de troupes au nord et ne pas être responsable de ses anciens soldats dans cet Etat.

Selon le gouvernement de Khartoum, les affrontements ont commencé quand il a essayé de désarmer les forces de la SPLA à Kadugli. Cependant, des témoins disent qu’il s’agissait d’une opération pré-organisée par les SAF et les milices associées. Les activistes Nuba affirment clairement que ce n’est pas un conflit nord-sud, mais plutôt une bataille pour protéger leurs droits fondamentaux et leur mode de vie.

Les combattants dans cette région sont bien armés et ont une longue expérience de la guérilla.

Qui sont les Nuba ?

Les Nuba sont un mélange de 50 populations différentes, principalement des paysans sédentaires qui vivent dans les hautes terres disséminées dans la région. Ils comprennent des chrétiens, des musulmans et des adeptes des croyances traditionnelles. En termes ethniques, les Nuba s’identifient davantage avec les « Africains » du sud qu’avec leurs voisins arabes du nord. Les hautes terres ont fourni un refuge pendant des siècles, en particulier aux groupes qui fuyaient les razzias des marchands d’esclaves.

L’ensemble de la région du Sud-Kordofan est un mélange assez explosif de différents groupes arabes et africains rivaux, dans lequel les vieilles inimitiés issues de la guerre sont exacerbées par les pressions exercées sur les terres de pâture.

On estime que jusqu’à 40 000 soldats Nuba font encore partie de la SPLA. Mais la plupart d’entre eux seraient répartis dans le sud.

Qui sont les chefs ?

Les forces d’opposition au sein des Nuba sont dirigées par l’ancien gouverneur adjoint, Abdulaziz Al-Hilu, un soldat expérimenté et chef formé à la guérilla. M. Hilu est le numéro deux de la branche nord du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), le parti au pouvoir au sud. Il s’est retiré de l’élection au poste de gouverneur en mai, en accusant de fraude électorale le Parti national du Congrès (NPC) qui a le pouvoir au nord.

L’élection a été gagnée par Ahmed Haroun, un pilier du NCP, recherché par la Cour pénale internationale, pour crimes de guerre commis dans la région du Darfour occidental au Soudan. M. Haroun a demandé l’arrestation de M. Hilu. Khartoum affirme que ces forces d’opposition sont soutenues par Juba, une allégation rejetée par le sud.

Tout cela ne peut qu’aggraver les tensions entre deux populations qui devraient être bientôt des nations séparées.

Quels sont les griefs des Nuba ?

De nombreux Nuba ont le sentiment d’avoir été abandonnés par leurs anciens camarades du sud, aux côtés desquels ils ont combattu durant la guerre civile.

L’Accord de paix global de 2005 a mis en place des référendums, un vote pour le sud sur la question de son indépendance et un autre vote pour la région contestée d’Abyei, pour que celle-ci puisse choisir si elle fait partie du nord ou du sud.

Cependant, le Sud-Kordofan, ainsi que l’Etat du Nil bleu sur la frontière nord, n’ont eu droit qu’à des « consultations populaires », un processus assez vague pour demander aux gens ce qu’ils souhaitaient pour l’avenir.

Beaucoup pensent que cela n’a pas permis de garantir les droits pour lesquels ils s’étaient battus. Depuis le début des affrontements, M. Haroun a suspendu le processus [de consultation].

Que fait la communauté internationale ?

Les forces de maintien de la paix de la Mission de l’ONU au Soudan (MINUS) ont été critiquées pour leur manque de réaction face à la flambée des affrontements. Les responsables, cependant, ont dit qu’ils faisaient de leur mieux compte-tenu de la difficulté de la situation. Les travailleurs humanitaires et les agences d’aide onusiennes ont grand mal à accéder aux points chauds. Cependant, à la date du 19 juin, le Programme alimentaire mondial et ses partenaires avaient distribué quelque 185 tonnes de nourriture à 34 500 personnes dans l’Etat du Sud-Kordofan.

Les combats ont également suscité la réprobation internationale. « Le traitement des civils au Sud-Kordofan, en particulier les violations des droits de l’homme dont il a été fait état et le fait de cibler les gens selon des critères ethniques, est répréhensible » a déclaré Valérie Amos, secrétaire adjointe des Nations unies pour les affaires humanitaires, le 21 juin.

Le président des Etats-Unis, Barack Obama, a demandé un cessez-le-feu immédiat. « La situation au Sud-Kordofan est terrible, et les rapports d’attaques menées pour des raisons ethniques sont extrêmement alarmants », a dit M. Obama le 22 juin. Sans cessez-le-feu, « la feuille de route destinée à établir de meilleures relations avec le gouvernement soudanais ne peut être respectée, ce qui ne peut qu’accroître l’isolement du Soudan dans la communauté internationale, » a mis en garde M. Obama.

Ces pressions peuvent-elles être efficaces ?

Il y aurait peut-être beaucoup à dire sur le président soudanais Omar al Bashir, mais il sait lui aussi faire preuve de détermination. Il a déjà ignoré un mandat d’arrêt pour génocide, pour crimes contre l’humanité et pour crimes de guerre dans la région du Darfour occidental. Des menaces supplémentaires de sanctions ont peu de chance de l’effrayer, même si le gouvernement de Khartoum espère convaincre les puissances occidentales de lui accorder une remise sur sa dette qui se monte à 38 milliards de dollars.

Mais perdre le sud est pour les leaders du nord une terrible façon de perdre la face et ils sont soucieux de renforcer leur position par une démonstration de force. Mais le temps est compté. Même si un accord est trouvé aujourd’hui, les combats ont aussi des conséquences à long terme, rappellent les travailleurs humanitaires.

Les déplacements de masse des personnes fuyant les combats auront des conséquences sur la production agricole ; la période des récoltes arrive en effet dans quelques mois. Cette situation pourrait éventuellement provoquer des pénuries alimentaires majeures plus tard dans l’année.

Source : http://www.irinnews.org

 
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