samedi, 17 novembre 2018
 

Difficultés d’approvisionnement au Sud-Soudan

BENTIU, ÉTAT D’UNITY - La fermeture d’une route entre le Nord et le Sud-Soudan, qui dure maintenant depuis près de deux mois, a provoqué de graves pénuries dans l’État d’Unity, au Sud-Soudan. Les responsables du gouvernement et les travailleurs humanitaires s’inquiètent par ailleurs pour la sécurité alimentaire des milliers de personnes déplacées, de réfugiés et d’autres personnes vulnérables.

L’activité des milices rebelles dans certains districts de l’État d’Unity et les bombardements aériens prétendument menés par les Forces armées soudanaises ont par ailleurs entravé l’accès des organisations d’aide humanitaire aux populations vulnérables.

« Le prix élevé du carburant, l’insécurité et le début de la saison des pluies ont aggravé la situation », a dit à IRIN Riem Mut, ministre du Développement social et ministre intérimaire de l’Agriculture au sein du gouvernement de l’État d’Unity, le 11 juin. « Même si la situation s’est légèrement améliorée au cours des derniers jours avec l’arrivée au compte-gouttes de vivres depuis les routes du Sud, l’État est actuellement confronté à une crise alimentaire ».

En avril, les autorités du Nord ont restreint la circulation des marchandises le long de l’axe Khartoum-El Obeid-Nyamar-Kadugli-Kharasana (toutes situées dans le Nord), qui assure la liaison avec le district de Parieng, situé dans le nord de l’État d’Unity.

M. Mut a dit que les ménages vulnérables - les retournés, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) et les communautés d’accueil qui souffrent d’insécurité alimentaire - avaient été les plus durement affectés par le blocage de la route. Les prix sur les marchés de l’État d’Unity - et notamment les prix des denrées alimentaires - ont grimpé en flèche.

Un sac [de 50 kg] de sorgho qui se vendait auparavant 200 livres soudanaises (74 dollars) coûte désormais 320 livres (118 dollars), ce qui signifie que le `wal wal’ (un plat traditionnel à base de sorgho) est maintenant rare, a dit M. Mut.

Au marché du district de Rubkona (près de Bentiu), les prix de la plupart des denrées alimentaires - le sorgho, le maïs, le sucre, le sésame et le riz - ont, dans certains cas, doublé depuis le blocage de la route. Les légumes, les fruits et certaines autres denrées périssables ne sont tout simplement pas disponibles.

Selon les commerçants, les marchandises en provenance du Sud sont coûteuses, ce qui explique l’augmentation des prix. Par exemple, le sac de 90 kg d’oignons qui se vendait l’équivalent de 74 dollars avant la fermeture de la route coûte désormais 130 dollars ; le sac de 50 kg de farine de blé est passé de 92 dollars à 130 dollars et le sac de 50 kg de sucre aussi.

Gideon Gatpan Thoar, ministre de l’Information de l’État d’Unity, a dit à IRIN : « Nous espérions que la route serait rouverte rapidement, mais il semble que les autorités du Nord aient même renforcé le contrôle. Les restrictions imposées par le gouvernement de Khartoum à la circulation de marchandises nous ont gravement affectés. Seuls les passagers à destination du Sud sont désormais autorisés à passer. Les efforts des autorités sud-soudanaises de Juba pour négocier la réouverture de la route avec le gouvernement du Nord ont échoué ».

Routes du Sud

Depuis la fermeture de la route du Nord, un couloir fluvial et des réseaux routiers ont permis d’acheminer des quantités limitées de nourriture et de carburant en provenance de l’Afrique de l’Est de Juba, la capitale du Sud-Soudan, jusqu’à l’État d’Unity, a dit M. Thoar.

Des péniches empruntent le Nil pour transporter les marchandises de Juba à Malakal, la capitale de l’État du Nil Supérieur, puis jusqu’au port d’Adok, dans le comté de Leer, dans l’État d’Unity. D’Adok, elles sont ensuite acheminés par voie terrestre jusqu’aux zones urbaines des comtés de Rubkona et de Bentiu. Les biens convoyés par la route sont transportés de Juba jusqu’au comté de Mayendit, dans l’État d’Unity, en passant par Mapel et Rumbek (dans l’État des Lacs), avant d’être acheminés vers Rubkona et Bentiu.

M. Thoar a indiqué que la rénovation d’un tronçon de 40 kilomètres de routes en très mauvais état avait été entreprise autour de Mayendit et qu’elle devrait être achevée dans deux semaines.

Selon Nyamoka Koriam, un habitant du district de Rubkona, de nombreuses personnes vendent leur bétail pour acheter des céréales. « Beaucoup d’entre nous dépendent des marchés pour acheter des céréales, mais les prix de la plupart d’entre elles ont augmenté depuis que la route du Nord a été fermée ; j’ai une grande famille, je ne sais pas combien de temps nous allons pouvoir vivre de la vente de nos vaches ».

Le Nord bombarde, les rebelles passent à l’action

Des travailleurs humanitaires ont indiqué que l’accès à trois districts - ceux de Parieng (qui subirait des bombardements depuis quatre jours), de Mayom et d’Abiemnhom - a été limité. Le mois dernier, Abiemnhom, situé à la frontière de l’État du Kordofan-Sud, a enregistré une arrivée massive de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) à la suite de conflits dans la région disputée d’Abyei. Un nombre important de PDIP aurait également rejoint Mayom à la suite d’affrontements entre l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) et les milices dirigées par des anciens rebelles de l’APLS.

Le 9 juin, cinq civils auraient été tués et plus d’une dizaine auraient été blessés lorsque des bombardements attribués aux Forces armées soudanaises ont frappé le village de Jaw, dans le district de Parieng, à environ 80 kilomètres au nord-est de Bentiu. Les organisations d’aide humanitaire n’ont pour l’instant pas obtenu accès à la zone pour déterminer l’ampleur des déplacements de populations civiles. Le 11 juin, des informations non confirmées indiquaient que les bombardements se poursuivaient dans la région.

M. Thoar, le ministre de l’Information de l’État d’Unity, a indiqué que les bombardements faisaient partie des efforts déployés par le Nord pour chasser les troupes de l’APLS de leurs positions dans les états frontaliers du Nord-Soudan. Le Sud-Soudan doit proclamer son indépendance le 9 juillet, lorsqu’il aura achevé son long processus de sécession du Nord.

« Nous avons besoin d’une intervention humanitaire d’urgence avant que la situation n’explose », a indiqué M. Thoar. « Nous avons tout particulièrement besoin d’une aide alimentaire, d’abris pour les personnes déplacées et de médicaments. De plus, de fortes précipitations devraient toucher la région d’ici à juillet et affecter le transport routier ; l’aide parviendra donc difficilement aux personnes qui en ont besoin ».

Un travailleur humanitaire qui a demandé à garder l’anonymat a dit à IRIN : « Plusieurs programmes [humanitaires] mis en ouvre dans les domaines de la santé, de la sécurité alimentaire, de l’hébergement, des moyens de subsistance et du renforcement des capacités, ainsi que de l’eau et de l’hygiène dans les comtés de Parieng, Mayom et Abiemnhom ont été sévèrement affectés par l’insécurité. Certaines organisations ont suspendu leurs programmes à Mayom en raison de l’insécurité persistante et les fournitures n’ont pas été données aux personnes qui en avaient besoin dans les districts de Parieng et d’Abiemnhom à cause du problème des mines ».

Michael Bateah Kutei, directeur par intérim de la Commission pour le secours et la reconstruction du Sud-Soudan (SSRRC) de l’État d’Unity, a dit à IRIN que la restriction de l’accès humanitaire liée à la persistance des conflits « a entravé la conduite des évaluations des communautés déplacées ».

Mines antipersonnel

Il a ajouté que l’installation de mines antipersonnel [ http://www.irinnews.org/fr/ReportFr... ] par les milices sur les routes de certains districts avait davantage compliqué la situation. La SSRRC est le bras humanitaire du gouvernement sud-soudanais.

« Dans l’État d’Unity, l’installation de mines a envenimé le conflit, car elle a affecté la fourniture de l’aide humanitaire ; les organisations d’aide humanitaire ne peuvent pas quitter Bentiu à cause de cela », a indiqué M. Kutei. « Les civils sont désormais pris dans les conflits qui opposent les milices et l’APLS. Dans le seul district de Mayom, au moins 20 civils ont trouvé la mort au cours des combats en avril et en mai ».

Il a indiqué que l’état estimait à 42 800 le nombre de civils déplacés à la suite des combats depuis février.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), l’État d’Unity est l’un des États du sud qui ont accueilli un nombre élevé de rapatriés du Nord depuis octobre 2010. Jusqu’à présent, au moins 80 000 personnes sont revenues dans l’État d’Unity dans le cadre de rapatriements organisés ; les travailleurs humanitaires estiment qu’un nombre important de personnes revenues dans le cadre de rapatriements spontanés étaient également présentes dans l’État.

Le Père Stephen Ocir, de l’Église catholique du district de Mayom, a dit à IRIN que l’Église exhortait le gouvernement sud-soudanais à envisager l’ouverture d’un dialogue avec les ex-dirigeants rebelles de l’APLS dans l’État d’Unity.

Source : http://www.irinnews.org

 
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