mardi, 18 décembre 2018
 

La crise humanitaire au Soudan du Sud éclipsent les besoins de développement

DJOUBA - Après l’accord de 2005 qui a mis un terme à des décennies de guerre civile dans le sud du Soudan, beaucoup ont espéré que l’aide humanitaire laisserait progressivement la place aux dividendes de la paix à travers l’aide au développement et la croissance économique. Huit ans plus tard, les besoins d’urgence dans le Soudan du Sud, désormais indépendant, restent innombrables. Les organisations humanitaires demandent plus d’un milliard de dollars pour répondre aux besoins en 2013.

« La question centrale », a écrit le coordonnateur des affaires humanitaires, Toby Lanzer, dans le numéro de mai du magazine Humanitarian Exchange (Échange humanitaire), est de savoir « de quelle manière nous pouvons continuer à répondre aux urgences sans perdre de vue les besoins de développement à long terme » [ http://www.odihpn.org/humanitarian-... ].

C’est un équilibre difficile à atteindre, a déclaré Jok Madut Jok, secrétaire adjoint à la culture et au patrimoine du Soudan du Sud. Il a participé avec M. Lanzer à un débat organisé la semaine dernière par l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI). « Le besoin d’une action humanitaire concerne maintenant le pays tout entier » et draine la majorité des fonds des donateurs, a expliqué M. Jok.

C’est en grande partie dû au fait que, après moins de deux ans d’indépendance, les besoins humanitaires du Soudan du Sud restent considérables.

La Procédure d’appel global (CAP) de 2013 pour le pays, qui rassemble les demandes de 114 organisations non gouvernementales (ONG) et agences des Nations Unies, prévoit qu’au moins 4,6 millions de personnes, sur les 11,8 millions que compterait la population, auront besoin d’aide cette année. Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), cela concerne plus de 4,1 millions de personnes pour l’aide alimentaire et 350 000 réfugiés de pays comme le Soudan, la République démocratique du Congo et la République centrafricaine. Les organisations estiment que 1,16 milliard de dollars sera nécessaire pour venir en aide à 3,3 millions d’entre eux cette année.

Mais les fonctionnaires d’État et les organisations humanitaires affirment qu’ils veulent aller plus loin avec cet argent et ne pas se contenter de répondre aux besoins immédiats. Ils réclament un changement de direction pour promouvoir en parallèle le développement à long terme, en améliorant les infrastructures par exemple, ou en renforçant les capacités des communautés locales pour que le pays soit en mesure d’échapper au cycle des crises humanitaires.

Trouver l’équilibre entre réponse humanitaire et développement

Kuol Manyang Juuk, le gouverneur de l’État de Jonglei, est au cour de l’une des plus grandes crises humanitaires du pays ; le chef des rebelles à Jonglei, David Yau Yau, tente depuis plus d’un an de renverser le gouvernement. Dans l’État, 190 000 personnes au total ont eu besoin d’une aide humanitaire en 2012, d’après les Nations Unies.

Cependant, M. Juuk a déclaré à IRIN qu’il ne voulait pas que les organisations humanitaires se limitent à dispenser des services de nutrition et de santé. Il veut qu’elles aident son gouvernement à construire des routes. « Nous devons relier les comtés et les communautés », a-t-il déclaré lors du débat de l’ODI.

En reliant les communautés et en encourageant le commerce, ces projets pourraient créer de l’emploi et apaiser les tensions, car les gens, notamment les jeunes, s’investiraient davantage dans le maintien de la stabilité. « C’est le plus important. Si nous ne le faisons pas, les hostilités se poursuivront », a-t-il prévenu.

Cette approche, comme l’a écrit M. Lanzer, doit être adoptée partout au Soudan du Sud.

En se concentrant exclusivement sur les réponses humanitaires, les acteurs « ne s’attaquent pas aux causes profondes qui menacent les moyens de subsistance durables, la production agricole et la croissance économique, et entretiennent la répétition d’urgences. Pour soutenir le plus jeune pays du monde, nous devons aider les Soudanais du Sud à éviter les crises, et non pas nous contenter d’y répondre ».

M. Lanzer a déclaré que les Nations Unies ouvraient en faveur de réponses à la fois humanitaires et pour le développement. Ainsi, lorsque les organisations humanitaires distribuent de la nourriture, elles sont encouragées à s’associer à d’autres groupes afin de développer des programmes d’alimentation scolaire qui maintiennent les enfants à l’école, ou encore à utiliser l’assistance alimentaire pour inciter les communautés à construire des routes. Si la priorité reste d’acheminer la nourriture aux millions de Soudanais du Sud souffrant d’insécurité alimentaire, ces programmes peuvent être « un moyen de résoudre certains problèmes de fond », a affirmé M. Lanzer.

Réduire le financement

Il est plus facile d’obtenir de l’argent pour répondre à des crises ponctuelles que pour financer un travail de développement à long terme, a souligné M. Lanzer. Plus de la moitié de l’aide au développement officielle que le Soudan du Sud reçoit est réservée aux projets humanitaires, a-t-il ajouté.

Et pourtant, même cet argent peut se tarir, selon Nick Helton, le coordonnateur pour South Sudan NGO Forum Secretariat, un regroupement d’ONG nationales et internationales au Soudan du Sud.

La taille du Soudan du Sud et son manque d’infrastructures physiques ne facilitent pas la tâche des travailleurs humanitaires qui doivent atteindre les communautés les plus reculées. Cela explique en partie l’envergure de la CAP du pays, qui est la plus coûteuse au monde après la Somalie. M. Helton affirme que le Soudan du Sud « est confronté à une certaine lassitude des donateurs du fait des coûts opérationnels élevés ». Jusqu’à maintenant, la CAP de cette année a été financée à hauteur de 45 pour cent seulement.

Toutes ces raisons rendent le besoin d’un travail de développement en parallèle encore plus urgent. Dans son Plan d’action humanitaire de 2013, l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) a déclaré qu’il avait peu de chances de réduire le coût de l’aide fournie en l’absence de projets de développement visant à réduire l’ampleur des besoins humanitaires du pays.

Cette approche mixte, humanitaire et pour le développement, correspond au souhait des Soudanais du Sud, d’après M. Jok. Si les rapports internationaux sur le Soudan du Sud font état de pénuries alimentaires et de conflits ethniques, les gouvernements locaux et nationaux, qui collaborent avec les organisations humanitaires, font de réels progrès dans l’amélioration des réseaux routiers et la couverture des téléphones portables. Le nombre d’élèves inscrits à l’école est passé de 300 000 en 2005 à 1,8 million en 2012. Les gens cherchent à améliorer leur situation et ont entamé la reconstruction d’après M. Jok. « Nous sommes une société capable de résister aux crises ».

Selon M. Lanzer, ces programmes parallèles doivent être appliqués plus largement. « Personne ne prétend » que les besoins humanitaires du pays vont disparaître d’ici un an ou deux, a-t-il déclaré, « mais cela doit être dans notre ligne de mire ».

Source : http://www.irinnews.org

 
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