samedi, 20 octobre 2018
 

Les frappes aériennes soudanaises menacent les efforts humanitaires au Soudan du Sud

Les espoirs que la décision prise la semaine dernière par le Soudan du Sud de retirer ses troupes des champs pétrolifères de Heglig, au Soudan, réduise les tensions entre les deux pays semblent être anéantis.

Le Soudan avait réagi à l’occupation de Heglig par les forces sud-soudanaises en augmentant considérablement les sorties et les bombardements avec des Antonov et des avions de combat MiG dans le nord du Soudan du Sud.

Immédiatement après le retrait des forces sud-soudanaises, les attaques ont diminué, mais lundi, les bombes ont recommencé à pleuvoir.

Il est difficile d’établir sur les 10 derniers jours quelles étaient les cibles exactes de ces attaques aériennes soudanaises.

Certaines – mais pas toutes – semblent avoir eu lieu près de sites de l’armée ou de la police sud-soudanaises.

Apparemment, l’une des cibles était un pont stratégique reliant la capitale de l’État d’Unité, Bentiu, à des zones situées plus au nord en allant vers la frontière – notamment les camps de réfugiés de Yida, Pariang et Nyeel, que nous avons visités.

De nombreuses localités et régions différentes ont été touchées.

Rien que dans l’État d’Unité, des bombardements ont eu lieu à Bentiu, Mayom, Abiemnhom et Manga.

Des locaux d’une mission de maintien de la paix des Nations unies à Mayom ont été frappés par deux bombes et endommagés le 15 avril. Cette attaque n’a fait aucune victime, mais des informations peu claires et contradictoires sont données sur les nombres de victimes dans d’autres attaques, y compris sur le nombre de civils tués et blessés.

Il est en revanche très clair que ces attaques déstabilisent et minent potentiellement d’importantes opérations humanitaires.

Elles menacent également la protection des droits humains de façon beaucoup plus générale.

La peur des attaques est palpable partout, notamment chez les réfugiés originaires du Kordofan méridional qui ont fui les bombardements menés sans discernement et les pénuries alimentaires pour trouver un lieu d’accueil sûr au Soudan du Sud.

Nous étions présents dans les camps de Yida et de Nyeel quand des Antonov et des MiG sont passés dans le ciel à plusieurs reprises.

Tout le monde, des enfants réfugiés au personnel humanitaire international, s’est arrêté et a regardé en l’air avec une consternation évidente, en se demandant si des bombes allaient être larguées.

Personne n’est sûr que les pilotes de l’armée soudanaise viseront les cibles militaires avec précision, même si c’est leur intention. Tout le monde se sent en danger, à juste titre. En novembre 2011, par exemple, des bombes sont tombées directement sur le camp de Yida, dont une sur une école, qui n’a heureusement pas explosé.

À présent, alors que de nouvelles offensives aériennes ont été signalées à Bentiu et Abiemnhom lundi 23 avril, on parle naturellement d’un retrait du personnel et des opérations par les organes des Nations unies et certaines organisations humanitaires à Bentiu.

Cette ville est un point essentiel de ravitaillement et de logistique pour le travail indispensable qui doit être effectué sans délai afin que les camps de réfugiés de l’État d’Unité soient prêts à résister aux pluies imminentes et que les opérations visant à améliorer l’infrastructure pour les écoles et d’autres projets urgents dans les différents camps puissent se poursuivre.

À cause de cette insécurité, des activités humanitaires cruciales ralentissent et risquent même de s’arrêter. Le ravitaillement ne peut pas arriver à destination si les camions sont contraints de rester dans les villes. Les travaux n’avancent pas si les équipes ne peuvent pas ou ne sont pas autorisées à se rendre dans les camps de réfugiés.

Avec un délai si court avant les pluies, il n’y a pas de temps à perdre.

La communauté internationale s’est exprimée avec force au sujet de la prise de contrôle de Heglig par le Soudan du Sud. Ces mêmes voix doivent faire comprendre très clairement au gouvernement soudanais que les bombardements menés sans discernement au Soudan du Sud sont illégaux.

Les attaques de ce type risquent de faire des victimes civiles, sèment la terreur et entravent des efforts humanitaires cruciaux – et tout cela met en péril la protection des droits humains.

Les bombardements menés sans discernement doivent cesser immédiatement.

Par Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International Canada, et Khairunissa Dhala, spécialiste du Soudan du Sud au sein d’Amnesty International

Djouba, Soudan du Sud

 
A propos de Afriques en Lutte

Afriques en lutte est un collectif de militant(e)s anticapitalistes membres ou non de plusieurs organisations politiques. Ce site présente les articles parus dans le bulletin (envoi gratuit sur simple demande) ou d’autres publications amies. Notre objectif est de diffuser, à partir d’un point de vue militant, un maximum d’informations (politiques, économiques, sociales et culturelles) sur le continent africain et sa diaspora.

Si les articles présents sur ce site reflètent une démarche volontairement ouverte et pluraliste, leurs contenus n’engagent, bien évidemment, que leurs auteur-e-s. Tous les commentaires sont bienvenus. La rédaction se réserve toutefois le droit de les modérer : les propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes, diffamatoires, à caractère pornographique, pédophile, ou contenant des incitations à la haine ne seront pas publiés.

Pour nous contacter : afriquesenlutte@gmail.com

Fils de nouvelles RSS
Thèmes