jeudi, 23 novembre 2017
 

Soudan du Sud : Meurtres, viols et pillages à Juba

Un embargo sur les armes ainsi que des sanctions supplémentaires de l’ONU sont nécessaires

Des soldats ont tué et violé des civils, et se sont livrés à de très nombreux actes de pillage de biens civils, notamment des produits humanitaires, pendant et après des affrontements entre forces gouvernementales et de l’opposition dans la capitale du Soudan du Sud, Juba, en juillet 2016, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Dans de nombreux cas, les forces gouvernementales semblent avoir visé les civils n’appartenant pas à l’ethnie Dinka.

À la suite d’attaques aveugles, notamment des tirs par balle et des bombardements, des obus ont atterri dans des camps pour personnes déplacées à l’intérieur des bases des Nations Unies ainsi que dans d’autres zones densément peuplées de la ville, tuant et blessant des civils. Les chercheurs de Human Rights Watch présents à Juba en juillet après les affrontements ont documenté plusieurs crimes, la plupart commis par des soldats du gouvernement de l’Armée de libération du peuple soudanais (Sudan People’s Liberation Army, SPLA).

« Un an après que les dirigeants du Soudan du Sud aient signé un accord de paix, des civils meurent, des femmes sont violées et des millions de gens ont peur de rentrer chez eux », a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Le 12 août, l’ONU a décidé d’envoyer plus de soldats de la paix à Juba, mais a repoussé un embargo sur les armes attendu depuis longtemps. La fourniture continue d’armes ne fait que contribuer à alimenter les abus sur une plus grande échelle. »

L’ONU et ses pays membres devraient également imposer des sanctions ciblées, notamment le gel des avoirs et des interdictions de voyager, pour les personnes responsables de graves violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch. La Commission de l’Union africaine et les bailleurs de fonds devraient entreprendre sans tarder les préparatifs d’un tribunal hybride afin d’enquêter et de statuer sur les crimes les plus graves commis depuis le début de la nouvelle guerre au Soudan du Sud, en décembre 2013 – et notamment au cours des récents affrontements.

En vertu d’un accord de paix signé il y a un an, le 15 août 2015, les deux parties ont convenu de former un gouvernement d’unité nationale, d’intégrer leurs forces et d’établir le tribunal hybride, entre autres étapes. Selon l’accord, la Commission de l’Union africaine est en charge de mettre en place le tribunal, avec des juges et du personnel originaires du Soudan du Sud et d’autres pays d’Afrique. Les étapes clés pour créer le tribunal doivent être terminées avant octobre 2016, mais des progrès concrets se font toujours attendre.

Le 8 juillet 2016, des affrontements ont commencé entre les forces fidèles au président Salva Kiir, un Dinka, et celles de son premier vice-président, Riek Machar, un Nuer, au cours d’une réunion du cabinet au complexe présidentiel. La violente fusillade a été précédée par des semaines de tensions accrues entre les deux forces présentes dans la capitale au sujet de retards persistants dans la mise en œuvre de l’accord de paix.

Sur une période de quatre jours, les deux parties se sont affrontées à plusieurs endroits au sein de Juba. Les chercheurs de Human Rights Watch à Juba ont recueilli des récits de soldats tirant sans discernement, frappant des zones densément peuplées ou des camps de personnes déplacées à l’intérieur des bases de l’ONU. Au moins une douzaine de civils qui avaient cherché refuge dans les camps de l’ONU ont été tués et des dizaines ont été blessés.

Les chercheurs ont également documenté des assassinats ciblés, des viols et des viols collectifs, des passages à tabac, des pillages et du harcèlement, souvent selon des critères ethniques, dans plusieurs secteurs de Juba. Les quartiers de Thongpiny, Munuki, Mangaten, Gudele et Jebel ont été particulièrement touchés. En raison des restrictions de sécurité dans certaines zones touchées, les chercheurs n’ont pas pu établir l’ampleur exacte de la violence. Les militaires, opérant sous le commandement officiel du général Paul Malong et du président Kiir, ont commis la plupart des crimes.

Human Rights Watch a également reçu des rapports d’exactions commises par la SPLA en opposition (IO), les forces de Machar, mais n’a pas pu les vérifier de manière indépendante.

Au moins 73 civils ont été tués au cours des affrontements selon l’ONU, et 36 000 personnes ont cherché refuge dans les installations de l’ONU et des organisations humanitaires pendant ou directement après les combats. Un cessez-le-feu du 11 juillet a mis fin aux affrontements à Juba, mais l’armée du gouvernement, la SPLA, et l’opposition armée, IO, ont continué à se battre au sein de Juba et ailleurs au Soudan du Sud.

Dans certains cas, les forces gouvernementales visaient directement des civils sur la base de leur appartenance ethnique. Un homme de 35 ans a déclaré que deux pickups de la SPLA pleins de militaires ont encerclé l’hôtel Bedale dans le quartier Atlabara où il se cachait avec 27 autres hommes nuer peu avant le cessez-le-feu du 11 juillet :

Les soldats ont frappé à la porte et ont demandé si des Nuer étaient hébergés à l’hôtel. « Nous avons prié le garde de ne pas ouvrir. Ils ont demandé : ‘Pourquoi cachez-vous les Nuer !?’ Puis ils ont commencé à tirer avec leurs mitrailleuses lourdes à travers les portes et les murs. Voilà comment mon ami Mading Chan a été tué. »

Le même jour, un grand nombre de soldats appartenant aux contingents des forces gouvernementales ont envahi une enceinte qui abritait un certain nombre de membres d’organisations internationales. Durant leur déchaînement, les soldats ont exécuté un journaliste nuer, ont violé et violé collectivement plusieurs femmes, ont battu et agressé des dizaines de membres du personnel, et ont saccagé et pillé l’entièreté de l’enceinte.

Les soldats ont continué à attaquer les civils et à commettre d’autres crimes après le cessez-le-feu du 11 juillet. Human Rights Watch a documenté de nombreux incidents lors desquels les forces du gouvernement ont arrêté des femmes s’étant aventurées hors des camps de protection des civils (POC) se trouvant au sein des bases de l’ONU pour chercher de la nourriture, confisquant leurs biens et les violant. Dans plusieurs cas, les chercheurs ont appris que les soldats ont fait des déclarations au sujet de l’appartenance ethnique des victimes ou de leur allégeance supposée à l’IO. L’ONU a rapporté plus de 200 cas de violence sexuelle perpétrés par des forces de l’opposition et du gouvernement pendant et après les récents combats à Juba.

Une femme de 27 ans retournant depuis la ville avec de la nourriture vers son site de POC le 18 juillet a déclaré que cinq soldats l’avaient interceptée : « Ils ont dit : ‘Tu portes des balles à Riek Machar’, puis ils m’ont amenée jusqu’à un bâtiment mais j’ai résisté. Ils m’ont frappée à la tête et à la poitrine. Pendant que je souffrais, ils m’ont violée. J’étais enceinte de deux mois, mais j’ai perdu ce bébé après ce qui est arrivé. »

Les forces de maintien de la paix gardant la base de l’ONU n’ont pas fait assez pour protéger les femmes contre le viol dans les zones environnantes. Dans un exemple rapporté par les médias le 17 juillet, des soldats ont entraîné une femme à l’écart au vu et au su de soldats du maintien de la paix qui n’ont rien fait pour les en empêcher. Des patrouilles plus fréquentes ou des patrouilles fixes dans des endroits clés auraient pu empêcher certains viols. Le 18 juillet, une travailleuse humanitaire a réussi à secourir une femme qui venait juste d’être violée.

La SPLA a restreint le mouvement de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), conduisant les forces de maintien de la paix à rester dans leurs bases pendant les combats. Le 12 juillet, la mission a exhorté les forces de sécurité du gouvernement à lever les restrictions, mais il a fallu plusieurs jours avant que les forces de maintien de la paix puissent commencer à se déplacer ou patrouiller. La MINUSS a promis d’enquêter sur sa réponse à la violence sexuelle. Elle devrait également enquêter sur les raisons pour laquelle elle était si mal préparée et inefficace à protéger les civils lorsque les combats ont éclaté, régler les problèmes identifiés, et rendre publics les résultats de cette enquête, a déclaré Human Rights Watch.

Pendant et après les combats, tandis que les personnes tentaient de fuir, les forces gouvernementales ont limité la libre circulation des civils par la route et par voie aérienne, aggravant les tensions et la peur. Les forces de sécurité ont également battu un ministre issu de l’opposition (IO) à Juba le 12 juillet, et le 16 juillet des agents de la sécurité nationale ont arrêté le rédacteur en chef du Juba Monitor, Alfred Taban, après qu’il ait publié des éditoriaux critiquant les deux parties, et appelant Kiir et Machar à se retirer. Il a été libéré pour raisons de santé le 29 juillet et il est en attente de son procès.

Le 12 août, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé une nouvelle Force de protection régionale placée sous le commandement de la MINUSS. Ces 4 000 nouveaux soldats de la paix sont chargés de protéger l’aéroport et d’autres installations clés, et de « combattre rapidement et efficacement tout acteur qui, selon des informations crédibles, prépare ou mène des attaques contre des agents des Nations Unies qui assurent la protection des sites civils, d’autres locaux des Nations Unies, du personnel des Nations Unies, des intervenants humanitaires internationaux et nationaux, ou des civils. » Une meilleure protection des civils devrait demeurer la principale tâche de la mission de maintien de la paix dans son ensemble, selon Human Rights Watch.

« Les dirigeants sud-soudanais ont maintes et maintes fois échoué à mettre fin aux abus contre les civils, et ils se sont montrés peu désireux de maîtriser les forces responsables de ces abus ou de garantir la justice pour les crimes commis par des individus se trouvant sous leur commandement », a conclu Daniel Bekele. « Il n’y a plus d’excuse pour d’autres délais : les hauts responsables doivent être sanctionnés et un embargo sur les armes doit être imposé. L’ONU doit être plus efficace dans la protection des civils et l’UA devrait progresser dans l’établissement de la cour hybride. »


Informations complémentaires

Des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus à Juba entre le 14 et le 27 juillet, et ont mené des entretiens auprès de plus de 85 victimes et témoins des récentes violences, ainsi qu’auprès de membres du gouvernement et des organisations humanitaires. Les chercheurs ont rencontré la Commission sud-soudanaise chargée des droits humains, le porte-parole du Président et des membres de la SPLA. En raison de l’insécurité persistante, les chercheurs n’ont pas été en mesure de se rendre dans certains des quartiers les plus touchés par les combats, mais ils ont pu s’entretenir avec des habitants ayant fui ces zones.

Une paix fragile et un échec des mesures de sécurité

L’actuelle guerre civile au Soudan du Sud a éclaté en décembre 2013 dans un contexte de rumeurs selon lesquelles le vice-président Machar préparait un coup d’État. Les combats et les abus se sont propagés rapidement selon des critères ethniques.

Malgré l’accord de paix d’août 2015, les combats et les abus ont continué, notamment dans des parties du pays précédemment en paix. Les parties étaient en désaccord sur un certain nombre de questions clés, telles que la création unilatérale en décembre 2015 par le président Kiir de 28 nouveaux États et le refus du gouvernement d’attribuer des sites de cantonnement aux combattants de l’opposition dans certaines parties du pays en dehors de la grande région du Haut-Nil. Le gouvernement a émis un certain nombre de réserves portant sur plusieurs points de l’accord.

Cependant, des diplomates ainsi que l’ONU ont appuyé cet accord. Machar est revenu à Juba le 26 avril, accueilli par des centaines de combattants de la SPLA-en-Opposition (IO) qui y avaient été transportés par des avions de l’ONU et par la Commission conjointe de suivi et d’évaluation (Joint Monitoring and Evaluation Commission, JMEC), l’organisme international chargé de la surveillance du traité de paix.

Les deux parties ont toutefois bafoué l’accord dès le départ. En vertu des dispositions de sécurité transitoires, l’IO et le gouvernement devaient être autorisées respectivement à conserver 1 470 et 3 420 militaires à Juba, et devaient déplacer toutes les autres forces à 25 kilomètres de Juba. Pourtant au début du mois de juillet on estimait à environ 10 000 à 12 000 le nombre de militaires de la SPLA se trouvant à Juba, dont la plupart se cachaient dans des zones résidentielles habillés en civils, selon ce qu’ont déclaré des sources fiables à Human Rights Watch. Il est possible que l’opposition ait également reçu des renforts de divers sympathisants et combattants au sein de Juba et dans ses environs.

En outre, les parties ont convenu de placer les bases de l’IO à proximité de zones civiles, notamment au quartier général de la MINUSS et ses sites de protection de civils. Établir une base militaire dans ces lieux met manifestement les civils en danger.

Le 2 juillet, les forces gouvernementales ont tué un officier du renseignement militaire de l’opposition de haut rang, et le 7 juillet, cinq soldats de la SPLA ont été tués dans une escarmouche à un point de contrôle. Dans l’après-midi du 8 juillet, un échange de tirs à grande échelle entre les gardes du corps de Kiir et de Machar dans le complexe présidentiel J-1 a conduit à de nouveaux affrontements à proximité des bases de l’IO et de l’aéroport, qui se sont poursuivis en dépit d’une accalmie le 9 juillet, jusqu’à un cessez-le-feu dans la soirée du 11 juillet

Le 23 juillet, Kiir a destitué Machar pour le remplacer par un autre politicien nuer, Taban Deng Gai, malgré les objections de Machar et de ses alliés. Les combats se sont poursuivis dans des zones extérieures à Juba, et le sort de l’accord de paix reste incertain.

Exactions contre les civils commises par les forces gouvernementales

Prise pour cible de personnes n’appartenant pas à l’ethnie Dinka

De nombreuses personnes interrogées par Human Rights Watch ont déclaré que dans divers quartiers de Juba les forces du gouvernement ont arrêté arbitrairement, battu et tué des civils, et ont également détruit et pillé des biens. Certains hommes civils appartenant à l’ethnie Nuer ont affirmé que des forces de sécurité appartenant à l’ethnie Dinka vêtues d’uniformes soit de l’armée, soit de la police ou bien de la sécurité nationale les ont arrêtés alors qu’ils fuyaient les zones entourant le complexe présidentiel après les échanges de coups de feu le soir du 8 juillet, et ont exigé leurs papiers d’identité, ou leur ont parlé en dinka pour voir s’ils comprenaient la langue. Ensuite, les hommes ont essayé de voler l’argent et les téléphones des hommes appartenant à l’ethnie Nuer, parfois même en tentant de les tuer.

« Lorsque l’incident a eu lieu à J-1, je me trouvais à proximité de l’université de Juba avec des collègues », a expliqué un homme d’une trentaine d’années. « J’ai tenté de m’enfuir, mais des militaires m’ont arrêté dans la rue en me posant une question en dinka. J’ai été incapable de répondre. Ils ont dit ‘Tu es un Nuer ?’ en arabe. J’ai dit que oui et alors ils se sont mis à me tirer dessus, j’ai reçu sept balles dans le corps. Ils m’ont laissé pour mort mais j’ai survécu. »

D’autres ont eu plus de chance. Un journaliste a déclaré : « Lorsque j’ai entendu les coups de feu le 8 juillet, je me trouvais dans mon bureau près du quartier général de la sécurité nationale. Alors que je tentais de m’enfuir avec des collègues, j’ai été arrêté par des agents de la sécurité nationale qui m’ont réclamé mes papiers d’identité. Je pense qu’ils savaient que j’étais un Nuer. Je discutais avec eux quand la voiture d’un général s’est arrêtée et il leur a dit de me laisser tranquille. »

Le 10 juillet, des chars et un groupe important de militaires ont attaqué et bombardé la maison non défendue du roi shilluk – un chef traditionnel qui n’est officiellement affilié à aucune des parties – dans le quartier de Munuki.

« Le char a tiré à trois reprises en direction de notre maison, où nous abritions une centaine de civils shilluk, mais il a manqué sa cible », a expliqué un membre de la famille du roi. « Puis ils ont utilisé leurs mitrailleuses lourdes et ont commencé à arroser la maison de balles. L’une des pièces a pris feu. De l’intérieur du complexe, je pouvais les entendre crier : ‘Nous devons détruire cette maison !’ »

Des membres de la SPLA ont également pris pour cible la maison de Joseph Monytuel, le gouverneur de Bentiu qui est membre de l’ethnie Bul Nuer– un autre allié du gouvernement, n’appartenant pas à l’ethnie Dinka et vivant à Munuki – où des centaines de civils nuer de la région avaient cherché refuge. Les gardes du corps du gouverneur ont repoussé les assaillants, a indiqué un membre de la famille qui s’est réfugié dans une base de l’ONU.

Dans d’autres zones connues pour être peuplées par des personnes n’appartenant pas à l’ethnie Dinka, comme Thongpiny et Mangaten, les forces gouvernementales, à pied et en véhicules, ont également attaqué des civils, arrêté des hommes et pillé des maisons. Les combats et la peur des exactions ont conduit au moins 2 500 civils à fuir pour se réfugier dans une base de l’ONU à proximité, entre le 8 et le 12 juillet.

Le matin du 10 juillet, à Thongpiny, des militaires ont tué un policier et raflé d’autres hommes qui semblaient être des Nuers ou parlaient nuer. Une femme nuer de 25 ans qui a été témoin des événements a expliqué : « Ils se sont déployés tout le long de ma rue. Certains portaient des uniformes de la SPLA ; d’autres portaient les treillis des Gardiens de la Faune sauvage. Ils ont tué un policier sous mes yeux et je les ai vus arrêter des personnes qui avaient l’air nuer. Ils les mettaient à l’arrière de leurs pickups. Quand nous avons vu cela, nous avons décidé de fuir. »

Une autre jeune femme nuer déplacée a déclaré que quatre militaires dinka ont pénétré de force dans la maison de sa famille à Thongpiny le 10 juillet et ont pillé leurs biens : « Ils ont pointé une arme à feu sur ma tête et ont demandé : ‘Est-ce que ton mari est à la maison ?’ Mon mari était caché sous le lit mais j’ai répondu que non. Ils ont dit : ‘Tout ce que tu as tu nous le donnes, sinon nous te tuerons.’ »

Certains membres des forces de sécurité ont aidé à secourir des civils menacés par les troupes gouvernementales. Des témoins, notamment du personnel d’une installation d’une organisation non gouvernementale qui a été attaquée, ont indiqué que des agents de la sécurité nationale les avaient secourus dans des zones considérées comme dangereuses, ou même protégés d’une agression directe de la SPLA. Dans un de ces cas, des agents de la sécurité nationale ont caché une quarantaine de Nuers dans le bureau de Thomas Duoth, un officier supérieur nuer commandant le bureau de la sécurité extérieure des services de la sécurité nationale.

Les forces gouvernementales ont également entravé les mouvements des hommes n’appartenant pas à l’ethnie Dinka. Alors que les organisations non gouvernementales et les expatriés évacuaient Juba à la suite du cessez-le-feu, les autorités ont empêché les hommes n’appartenant pas à l’ethnie Dinka de quitter le pays. Le 13 juillet, un travailleur nuer d’une organisation a dû payer un pot-de-vin de 100 dollars US à un agent de la sécurité afin de pouvoir entrer dans l’aéroport, pour se voir ensuite refuser la permission de monter à bord de l’avion d’évacuation affrété par son organisation.

« Alors que j’étais dans la file d’attente pour la douane, un agent de la sécurité nationale m’a pris a part et m’a retiré mon passeport », a-t-il expliqué. « Il m’a conduit jusqu’au bureau de la sécurité nationale dans l’aéroport, et là ils ont rayé mon nom de la liste des passagers. Ils ne m’ont pas donné d’explication. »

Violences sexuelles et viols

Human Rights Watch a constaté une tendance manifeste de viols commis contre des femmes et des filles civiles par des forces gouvernementales pendant et après les combats. Certains soldats du gouvernement ont violé ou violé collectivement à plusieurs reprises des femmes et des filles dans des zones entourant la principale base de l’ONU à Jebel, où les victimes avaient trouvé refuge, pendant et après les combats. Dans la plupart des cas, les victimes ont déclaré à Human Rights Watch que leurs agresseurs avaient fait des déclarations suggérant qu’ils prenaient les femmes pour cible des viols en raison de leur appartenance ethnique ou de leur allégeance présumée à Machar.

Le 4 août, le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a indiqué que la MINUSS avait reçu des rapports de « violence sexuelle généralisée, y compris le viol et le viol collectif par des soldats en uniforme et des hommes en civil », et a noté plus de 200 cas présumés depuis le 8 juillet à divers endroits à Juba, notamment près de la Maison de l’ONU. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a noté que des forces de la SLPA ainsi que de l’IO avaient violé des femmes et des filles.

Human Rights Watch a également recueilli des preuves indiquant que des forces gouvernementales stationnées dans une zone connue sous le nom de « Checkpoint », le long de la route de Yei, ont violé des dizaines de femmes ayant trouvé refuge dans un camp de protection de civils à la base de l’ONU de Jebel, et qui s’étaient aventurées à l’extérieur du camp en quête de nourriture – les violant dans certains cas à quelques centaines de mètres à peine de la base des forces de maintien de la paix de l’ONU.

« Je marchais avec un groupe de 10 femmes, lorsque des soldats en uniformes verts et portant des bérets rouges nous ont arrêtées », a déclaré une jeune femme de 20 ans. « Ils ont pris les téléphones et de l’argent à certaines, puis ils ont emmené quatre femmes jusqu’à un magasin où ils les ont violées. »

Dans d’autres cas, les militaires ont transporté des femmes jusque dans les installations qu’ils occupaient, pour les y violer. Deux survivantes d’une vingtaine d’années ont déclaré qu’un groupe de plusieurs dizaines de militaires les avait arrêtées dans la zone de Checkpoint le 21 juillet, et les avait battues, enlevées et violées, ainsi qu’une troisième femme. L’une d’elles a expliqué :

« Ils ont découpé nos vêtements avec des couteaux. Ils nous ont frappées à coups de crosse de fusil. Ils parlaient de Riek Machar, ils disaient des choses en dinka. Ensuite, ils nous ont emmenées en voiture à une autre installation. Ils nous ont violées là, devant tout le monde. Je suis désolée de le dire, mais c’est ce qui est arrivé. Ils l’ont même violée [l’autre survivante], alors qu’elle est enceinte. »

Une femme de 24 ans a déclaré que des soldats du gouvernement l’avait violée le 18 juillet lorsqu’elle a quitté le camp pour aller en ville chercher de la nourriture : « Quand je suis arrivée à Checkpoint sur le chemin du retour, il y avait un groupe nombreux de soldats qui m’ont arrêtée. La moitié d’entre eux voulaient me violer, les autres voulaient me tuer. Quatre d’entre eux m’ont violée. Puis ils m’ont pris ce que j’avais et m’ont dit de partir. »

Les autorités sanitaires et les organisations humanitaires devraient s’assurer que la prise en charge des victimes de viol est conforme au moins aux normes minimales, notamment la prophylaxie post-exposition pour aider à prévenir l’infection au VIH, la contraception d’urgence, et l’accès à des services psychosociaux ou d’autres services de soins de santé mentale.

Viols collectifs dans le complexe de Yei Road

Le 11 juillet, les combats se sont déplacés vers Jebel, où des forces de la SPLA se sont battues pour s’emparer de la base de l’IO près de la Maison de l’ONU. Cet après-midi-là, un grand nombre de forces gouvernementales ont attaqué le complexe de Yei Road, qui abritait une cinquantaine d’employés de plusieurs organisations internationales.

Selon des témoins, les militaires sont arrivés vers 15 heures, divisés en groupes, et ont immédiatement commencé à pénétrer de force dans les bâtiments, pillant du matériel, pénétrant dans les zones résidentielles et dans un immeuble d’appartements, où ils ont tué un éminent journaliste, violé ou violé collectivement plusieurs membres du personnel national et international des organisations, et détruit, et largement pillé des biens.

Des militaires ont tué le journaliste, John Gatluak, âgé de 32 ans, devant les appartements, probablement en raison de son appartenance à l’ethnie Nuer, reconnaissable à ses scarifications. Des témoins ont déclaré que les militaires l’ont abattu devant ses collègues, à courte portée. Son corps était couché face vers le haut, les mains au-dessus de sa tête, comme s’il se rendait.

Des militaires ont également violé ou violé collectivement plusieurs femmes étrangères. « Il m’a dit que je devais avoir des relations sexuelles avec lui ou bien que je devrais avoir des relations sexuelles avec tous les autres soldats - donc je n’avais pas le choix », a expliqué une survivante de viols multiples. Une autre femme a déclaré : « Il m’a battue et m’a ordonné d’enlever mon pantalon », puis il l’a violée devant d’autres personnes.

Certains témoins ont affirmé que des militaires applaudissaient tandis qu’ils violaient à tour de rôle une femme ou deux femmes dans une pièce. Les militaires ont souvent menacé les femmes de mort si elles ne se soumettaient pas. Dans un cas de tentative de viol, un militaire a battu la femme avec la crosse de son fusil, puis un autre lui a tiré une balle à côté de la tête.

Au cours du premier jour de l’attaque, qui a duré jusqu’à environ 19 heures, des militaires ont également battu de nombreux habitants de la résidence, exigeant parfois de connaître leurs nationalités ou affiliations, ils ont fait irruption dans des appartements, détruit et pillé des biens, notamment des antennes paraboliques, des téléviseurs, de l’argent, des vêtements, de la nourriture, des ordinateurs et de l’alcool.

De nombreux résidents ont attendu plusieurs heures avant d’être secourus, malgré les appels répétés à diverses organisations et aux forces de sécurité. Pendant et après les opérations de sauvetage, les militaires ont continué à fouiller et piller la résidence, ne laissant rien d’intact. Le corps de John Gatluak n’a pas pu être récupéré avant plusieurs jours.

Autres actes de pillage

Après le cessez-le-feu, des groupes nombreux de soldats du gouvernement stationnés à proximité de la Maison de l’ONU, rejoints ensuite par des civils dinka, ont pillé tout le contenu des entrepôts du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) situés dans le voisinage, selon des témoins. Dans le seul entrepôt du PAM , ils ont volé 4 500 tonnes de nourriture – une quantité suffisante pour nourrir 220 000 personnes – ainsi que des générateurs, des climatiseurs et d’autres équipements.

Des militaires ont également pillé les marchés à Jebel et « Checkpoint » dans les heures qui ont suivi le cessez-le-feu.

Attaques indiscriminées dans des zones densément peuplées

Durant les quatre jours de combat, les deux forces ont utilisé une variété d’armes, notamment des mortiers, des grenades propulsées par fusée et, dans le cas des troupes gouvernementales, des hélicoptères de combat acquis auprès de l’Ukraine équipés de roquettes non guidées, et des chars de combat. Les fournisseurs ukrainiens entretiennent également les hélicoptères à Juba. Les deux forces ont utilisé l’artillerie dans des zones densément peuplées ainsi qu’à proximité des bases de l’ONU mal fortifiées et des sites de la protection civile.

Le droit international humanitaire interdit l’utilisation indiscriminée de la force dans des zones civiles densément peuplées, car le risque de dommages causés aux civils l’emporte sur tout avantage militaire attendu de l’attaque.

Les chercheurs de Human Rights Watch ont recueilli des preuves démontrant que les combattants ont tiré des mortiers et de l’artillerie en direction ou au-dessus des sites de POC. L’utilisation de ces armes dans de telles circonstances est tout au moins imprudente et probablement aveugle. Les témoins et les sources humanitaires ont déclaré à Human Rights Watch qu’au moins cinq obus sont tombés sur le site POC 1 à la principale base de l’ONU à Jebel le 11 juillet.

Un obus a frappé et endommagé une clinique médicale gérée par l’organisation internationale non gouvernementale International Medical Corps (IMC) sur le site. Un autre obus a tué deux soldats du maintien de la paix chinois et a provoqué le retrait de tous les policiers et soldats de l’ONU des clôtures extérieures du site, entraînant la panique et la fuite des résidents. Des obus sont également tombés sur le site adjacent et plus vaste POC 3, où environ 30 000 civils principalement des Nuers déplacés ont trouvé refuge.

Au moins une dizaine de civils qui avaient recherché la sécurité dans les sites de protection de civils de la principale base de l’ONU à Jebel sont morts des blessures causées par les tirs et les bombardements à l’intérieur des camps. Plusieurs dizaines d’autres ont été blessés.

Le 10 juillet, une balle perdue a tué un garçon de 10 ans dans le site 3. « Il se cachait à l’intérieur du fossé avec d’autres personnes, et la balle est arrivée », a dit sa tante. « Il a été abattu à l’intérieur du camp. » Un garçon de 3 ans a également été touché par une balle perdue et à l’intérieur du site. « Il se cachait sous le lit quand la balle l’a frappé », a déclaré sa mère. « Il est maintenant à l’hôpital. »

Les militaires ont également combattu autour d’une autre base de l’ONU à Thongpiny, près de l’aéroport international de Juba. Au moins un obus a également frappé un site POC improvisé à l’intérieur de la base de l’ONU à Thongpiny le 11 juillet. Bien que l’ONU ait fermé le site en décembre 2014, les gens ont commencé à y chercher refuge des combats le 8 juillet, et au 11 juillet 2 500 personnes environ se trouvaient à l’intérieur de la base, dont pour la plupart des personnes déplacées nuer et shilluk.

Une femme déplacée de 22 ans a dit avoir été témoin de l’explosion d’un obus dans la base de l’ONU à Thongpiny : « J’ai vu de nombreuses personnes blessées, qui saignaient, et qui ont été emmenées à l’hôpital. J’ai vu une femme blessée dans le dos. Une autre personne a été frappée à la tête, une autre à la jambe. »

Dix civils, dont six enfants, ont également été blessés très à l’intérieur du site des personnes déplacées à la base de l’ONU à Thongpiny par des balles tirées dans la matinée du 11 juillet à partir d’un bâtiment voisin, en cours de construction, qui avait été occupé par des soldats puis avait changé de mains au cours des combats. Human Rights Watch a reçu des informations selon lesquelles ce bâtiment était sous le contrôle des forces gouvernementales au moment de la fusillade.

Bien que Human Rights Watch n’ait pas pu établir avec certitude si les soldats ont tiré sur des civils délibérément, certains civils ont affirmé que les forces gouvernementales les visaient, sans objectif militaire évident à proximité. Une femme de 28 ans qui a été témoin des incidents a déclaré que les tireurs pouvaient les voir : « Les soldats étaient sur le toit de l’édifice à 300 mètres et ils pouvaient nous voir. Ils ont tiré sur nous. Il n’y avait pas d’autres soldats sur qui tirer, il n’y avait que nous. »

Les forces gouvernementales ont également utilisé des hélicoptères de combat, armés de roquettes non guidées, contre des positions de l’opposition, et des chars dans certains quartiers densément peuplés comme Gudele et Jebel, à proximité des bases de l’IO, et à Thongpiny, Munuki et Mangaten près de l’aéroport, et connus pour accueillir de larges populations nuer et shilluk. L’utilisation de chars par les forces dans des zones civiles densément peuplées a mis en danger de manière significative des vies et des structures civiles.

Bien que ce ne soit pas le seul facteur, la capacité d’acheter des armes et des munitions ainsi que l’entretien de l’équipement militaire par d’autres pays depuis le début du conflit permettent aux deux parties de continuer à commettre des abus dans le Soudan du Sud, selon Human Rights Watch. Un embargo sur les armes devrait contribuer à réduire ces attaques persistantes et illégales contre des civils.

Réponse de l’ONU

Au début des combats, l’armée a ordonné au personnel de la MINUSS et aux forces de maintien de la paix de rester à l’intérieur de leurs bases. La MINUSS a déclaré que de ce fait ses forces de maintien de la paix étaient sérieusement gênées pour protéger les civils à l’intérieur et à l’extérieur de leurs bases. Néanmoins, les réponses de la MINUSS aux combats ont été souvent insuffisantes ou retardées.

À la base de Thongpiny, il a fallu plus de six heures aux forces de maintien de la paix de la MINUSS pour ouvrir leurs portes aux civils qui avaient fui les violences le 10 juillet. « Nous étions si nombreux cachés dans les canaux d’eaux usées à l’extérieur de la base parce qu’ils n’ouvraient pas les portes », a déclaré une femme de 25 ans habitant à Thongpiny. « J’étais sale mais j’avais tellement peur du bruit des armes à feu. »

Les forces de maintien de la paix ne se sont pas risquées à l’extérieur des bases pour protéger les civils exposés à une menace imminente même après le cessez-le-feu. Le 17 juillet, les forces de maintien de la paix protégeant un site POC ne sont pas intervenues lorsque des membres de la SPLA à quelques mètres de là ont enlevé une femme. Bien que des viols aient eu lieu dans leur ligne de mire, ils n’ont pas augmenté les patrouilles pendant plusieurs jours.

Le 11 juillet, la MINUSS n’a pas répondu aux demandes directes de protection lancées par des travailleurs humanitaires à la résidence de Yei Road, à un kilomètre de sa base, où Gatluak a été tué et plusieurs femmes ont été violées ou violées collectivement. Des témoins ont déclaré que l’équipe d’intervention rapide de l’ONU avait abandonné sa mission de sauvetage après avoir appris que les NSS porteraient secours aux résidents.

Si le gouvernement sud-soudanais a accepté l’idée d’une Force de protection régionale, comme précisé dans un communiqué du 5 août du groupe Autorité intergouvernementale pour le développement travaillant sur le Soudan du Sud, et connu sous le nom de l’IGAD plus, il est impératif que la mission réponde aux préoccupations relatives à l’efficacité de ses troupes actuelles. Le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé une Force de protection régionale le 12 août, mais des effectifs plus nombreux ne sont pas en eux-mêmes susceptible de rendre la mission plus efficace, sans améliorations dans d’autres domaines.

Au regard de l’Accord sur le statut des forces cosigné par la MINUSS et le gouvernement, les forces de maintien de la paix ont un droit de patrouiller et de se déplacer dans tout le pays, et également de recourir à la force létale pour protéger les civils, qu’elles aient obtenu ou non l’accord préalable de la SPLA ou du gouvernement. La MINUSS a promis d’enquêter sur sa réponse à la violence sexuelle et basée sur le genre au cours de la récente crise, mais l’ONU a besoin d’enquêter et d’identifier efficacement les facteurs qui handicapent sa réponse aux menaces contre les civils, qui limitent son efficacité opérationnelle, et provoquent une crise de confiance dans la mission.

La mission de l’ONU devrait également renforcer la publication d’informations sur les abus, notamment sur les attaques contre l’ONU et les organismes internationaux. Le manque d’information du public sur les attaques contre les bases et le personnel de la MINUSS peut avoir contribué à plus de violations du statut de l’accord des forces et à une diminution de la capacité de la mission de remplir son mandat.

Les auteurs d’exactions doivent rendre compte de leurs actes

Les responsables des abus documentés, y compris les commandants, devraient être tenus de rendre des comptes, que ce soit par l’intermédiaire de poursuites hybrides, internationales ou nationales. Dans l’immédiat, et avec l’objectif d’obliger les dirigeants à mettre un terme aux abus, des sanctions individuelles de l’ONU telles que l’interdiction de voyager et le gel des avoirs devraient être imposées aux hauts dirigeants civils et militaires.

La chaîne de commandement de la SPLA semble être fortement divisée selon des critères ethniques, les commandants appartenant à l’ethnie Dinka étant en charge de la plupart des décisions. Néanmoins, la manière coordonnée dont la SPLA a pu déployer des hélicoptères et des chars indique une structure de commandement efficace, et le succès du cessez-le-feu déclaré par le chef d’état-major Paul Malong le 11 juillet indique également qu’il exerce de manière substantielle le contrôle et le commandement des nombreuses troupes actives sur le terrain.

Malong, ainsi que Kiir et Machar, qui sont officiellement les commandants-en-chef de leurs forces respectives, devraient figurer parmi les personnes soumises à des enquêtes pour leur rôle dans ces abus. Les chefs militaires et civils portent tous la responsabilité d’assurer que les opérations sont menées de façon à limiter les risques pour les civils. Lorsque les dirigeants civils et militaires décident d’utiliser des troupes mal formées et indisciplinées avec un piètre bilan en matière de droits humains, ils peuvent porter une responsabilité pour les abus.

Les commandants des forces gouvernementales pourraient être tenus responsables d’avoir sciemment déployé des militaires ayant commis des abus. Les chercheurs de Human Rights Watch ont constaté que certains des militaires du gouvernement déployés à « Checkpoint » et impliqués dans des viols appartenaient à la Division 4 de la SPLA, qui a été désignée par des rapports de Human Rights Watch et de l’ONU comme ayant commis de graves atteintes aux droits humains, notamment des viols, durant une offensive menée en 2015 dans l’État d’Unité.

Le gouvernement du Soudan du Sud a annoncé publiquement qu’il allait enquêter sur les événements récents et, le 29 juillet, le conseil des ministres a annoncé une cour martiale pour juger les criminels présumés. Mais le gouvernement a un bilan lamentable s’agissant de garantir la justice pour les violations des droits humains, ou de procédures équitables et publiques, ou de mécanismes efficaces pour que les civils déposent des plaintes. Les chercheurs se sont vu indiquer que les commandants seraient censés rendre compte des soldats qui avaient commis des crimes. Vingt-quatre soldats ont été accusés de tirs au hasard et de pillage, selon une source de l’ONU. Aucun n’a été accusé de viol ou de meurtre.

Les autorités sud-soudanaises devraient également coopérer avec l’Union africaine pour créer le tribunal hybride envisagé dans l’accord de paix de 2015, afin d’enquêter et de juger les crimes les plus graves depuis le début du conflit.

Enfin, l’ONU devrait imposer davantage de sanctions ciblées à certains individus. Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont dans le passé été invités à soumettre Malong, Kiir et Machar à des sanctions. Les deux principaux dirigeants doivent encore être ajoutés à la liste des individus proposés pour subir des sanctions. Le rajout des noms de Malong et de Johnson Olony – un commandant de l’IO – a été proposé par les États-Unis en septembre 2015, mais la Russie, l’Angola et la Chine s’y sont opposés.

 
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