mardi, 24 octobre 2017
 

Sud Soudan : Manque d’accès et pluies entravent la distribution de l’aide aux PDIP de l’État de Jonglei

JUBA - Les dizaines de milliers de personnes qui ont fui les combats entre les rebelles et les forces gouvernementales dans le comté de Pibor, situé dans l’État de Jonglei, au Soudan du Sud, n’ont plus accès à l’eau, à la nourriture et aux soins médicaux. Avec l’arrivée de la saison des pluies, elles sont confrontées à des risques accrus, mais les agences d’aide humanitaire indiquent que le gouvernement a refusé l’accès humanitaire à ces populations.

Selon l’organisation non gouvernementale (ONG) Médecins Sans Frontières (MSF), environ 120 000 personnes ont fui Pibor et se sont déplacées dans une zone qui « va très bientôt se retrouver sous un mètre d’eau » [ http://www.msf-azg.be/fr/presse/sou... ].

« La saison des pluies a commencé et avec l’expérience que nous avons dans le Jonglei, nous savons que sans soins médicaux, les taux de mortalité vont augmenter rapidement et des personnes risquent de mourir de pneumonie ou d’autres maladies respiratoires, de paludisme et de diarrhée », a dit Bart Janssens, directeur des opérations de MSF, dans une déclaration en date du 14 juin. « En outre, à partir du mois de juin, les communautés vont commencer à manquer de nourriture avant la prochaine récolte ».

Depuis maintenant plus d’un an, l’État de Jonglei est le théâtre de combats entre les rebelles dirigés par David Yau Yau et les forces gouvernementales de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). M. Yau Yau, un ancien professeur en théologie, tente depuis plus d’un an de renverser le gouvernement [ http://www.irinnews.org/fr/report/9... ].

Au début du mois de mai, les milices de M. Yau Yau se sont emparées du village de Boma, dans le comté de Pibor. Une semaine plus tard, à l’issue de violents combats, la SPLA a repris le contrôle de Boma. Les milices de M. Yau Yau ont également attaqué la ville de Pibor, mais elles ont été repoussées.

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), la majorité des habitants de Pibor - environ 148 000 personnes - ont été touchés par les violences et un grand nombre d’entre eux ont été déplacés à de multiples reprises [ http://www.unhcr.fr/51b75131c.html ].

Cachés

Vikki Stienen, chef de mission MSF au Soudan du Sud, a indiqué que les habitants se cachaient. La majorité d’entre eux appartiennent au groupe ethnique Murle, comme M. Yau Yau. Les déplacés s’inquiètent de la poursuite des combats et ont peur d’être pris pour cible par les forces de sécurité du gouvernement encore présentes dans la zone, a-t-il dit.

« La SPLA a beaucoup de difficultés à faire la distinction entre les rebelles et les civils », a dit M. Stienen. « Alors ils restent dans les zones qui vont être inondées ».

La SPLA a nié à plusieurs reprises avoir ciblé les populations civiles.

Ismail Konyi, un leader de la communauté Murle, a indiqué que les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) reviendront lorsque la rébellion de M. Yau Yau sera terminée. « Quelques personnes sont revenues, mais elles ont besoin de nourriture », a-t-il dit.

« Nous allons discuter avec [M. Yau Yau] dans les jours à venir. Nous pourrons lui parler face à face ».

M. Konyi a indiqué que la délégation de leaders de la communauté Murle encouragerait M. Yau Yau à accepter l’offre d’amnistie proposée par le gouvernement, qui s’est notamment engagé à ne pas engager de poursuites à l’encontre des rebelles.

Pas d’accès humanitaire

Mais les éventuelles négociations prendront du temps et les Murle déplacés manquent de temps. Ils risquent d’être confrontés à la malnutrition, aux combats, aux maladies diarrhéiques et au paludisme, alors qu’ils n’ont pas accès aux soins, a-t-il dit.

Les déplacés n’ont pas accès aux installations médicales. L’hôpital géré par MSF à Pibor - le principal centre de soins de santé accessible à des dizaines de milliers d’habitants - est la cible de pillages systématiques depuis le début du mois de mai. Le stock de médicaments a été détruit et les équipements ont été vandalisés. MSF gère également un petit centre de soins de santé à Gumuruk, au sud de la ville de Pibor, mais M. Stienen a indiqué que les patients qui le fréquentent sont des résidents locaux.

Le Fonds central de réponse d’urgence des Nations Unies a récemment alloué 5,4 millions de dollars aux agences d’aide humanitaire afin de renforcer la capacité médicale et de pouvoir faire fonctionner deux hélicoptères pour venir en aide aux PDIP. Mais M. Stienen a indiqué que les hélicoptères « ne sont pas très efficaces », notamment parce que personne ne sait exactement où les Murle déplacés se cachent et que les groupes humanitaires ne sont pas autorisés à se rendre dans la zone de toute façon.

M. Stienen a indiqué que la SPLA leur avait interdit de chercher les PDIP pour des raisons de sécurité.

Une semaine après la libération de Boma par la SPLA, la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) a passé une journée dans la ville, mais elle n’a pas été autorisée à rechercher les civils disparus.

Malaak Ayuen, le directeur de l’information de la SPLA, a indiqué que l’accès était limité en raison d’inquiétudes concernant la sécurité des travailleurs humanitaires. M. Ayuen a ajouté que les groupes d’aide humanitaire devaient coordonner leurs actions avec les officiers de la SPLA présents sur le terrain pour assurer leur sécurité et trouver les populations déplacées.

Selon le HCR, la crise a conduit des milliers de personnes à fuir dans les pays voisins.

Adrian Edwards, porte-parole du HCR, a dit que plus de 5 000 habitants de l’État du Jonglei avaient rejoint le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya, au cours des cinq premiers mois de l’année 2013 - soit à peu près l’équivalent du nombre de personnes arrivées au cours de l’année 2012. En outre, plus de 2 700 réfugiés ont rejoint l’Ouganda depuis le début de l’année 2013 et 2 178 réfugiés se sont installés en Éthiopie entre le 7 mai et le 7 juin.

Source : http://www.irinnews.org

 
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