lundi, 19 novembre 2018
 

SUD-SOUDAN : Réintégration des rapatriés dans l’État du Haut-Nil

MALAKAL/NAIROBI - John Wiyual a quitté Khartoum, la capitale du Soudan, pour le Sud-Soudan en décembre 2010, en espérant que le déménagement ne perturberait pas trop la scolarité de ses cinq enfants. La famille de M. Wiyual faisait partie des premiers groupes de Sud-Soudanais à rentrer chez eux, dans l’attente de la sécession du Sud-Soudan, qui est devenue effective le 9 juillet.

« Une fois à Malakal [la capitale de l’État du Haut-Nil dans le Sud-Soudan], nombre de rapatriés sont partis dans leur comté d’origine ; j’ai décidé de rester ici, parce que je voulais que mes enfants poursuivent leur scolarité », a dit M. Wiyual à IRIN. «  Je savais que dans mon comté [Ulang], les services sont toujours médiocres et qu’il n’y aurait peut-être pas d’école suffisamment proche pour mes enfants ; l’enseignement primaire est gratuit, donc il ne nous reste plus qu’à trouver un endroit proche d’une école, d’un hôpital et d’un marché ».

Pour M. Wiyual et les milliers d’autres rapatriés de la grande région du Haut-Nil - y compris les États du Haut-Nil, d’Unité et de Jonglei - les services de base, les possibilités en termes de terres et d’emploi influencent particulièrement la rapidité de la réintégration.

Les personnes qui reviennent dans les zones urbaines et dans les comtés proches des zones urbaines se réinstallent assez rapidement, tandis que les personnes qui se rendent vers des comtés éloignés se retrouvent dans des centres de transit (il n’y a pas de camps pour les personnes déplacées au Sud-Soudan) où elles s’installent pour de longues périodes en attendant l’affectation des terres dans les régions couvertes.

M. Wiyual, qui est parti à Khartoum en 1989, lors du conflit d’Ulang, a dit qu’il quitterait le centre de transit de Dagarshufu, situé dans les environs de Malakal, s’il recevait des terres dans une zone où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité.

« Pour l’instant, je ne peux pas aller à Ulang, car je ne pourrais pas faire vivre ma famille là-bas ; je travaille un peu dans la ville de Malakal pour acheter de la nourriture et compléter les rations alimentaires distribuées au centre de transit  », a dit M. Wiyual. « De plus, la dernière distribution de rations alimentaires [organisée par la Commission sud-soudanaise pour les secours et la reconstruction (Southern Sudan Relief and Rehabilitation Commission ou SSRRC)] a eu lieu en février ; si j’avais la possibilité de parler aux autorités, je leur demanderais de me donner une parcelle de terre pour m’installer dans un endroit où je pourrais obtenir des médicaments facilement lorsque mes enfants sont malades et trouver du travail pour leur acheter de la nourriture ».

Défis en matière de développement

Selon des travailleurs humanitaires, la SSRRC, la nouvelle autorité gouvernementale en matière d’aide humanitaire, a plusieurs défis à relever, comme la médiocrité des infrastructures, les lacunes dans le renforcement des capacités communautaires, et l’insécurité dans certaines zones de la région du Haut-Nil.

Andrea Maya Felo, vice-gouverneur de l’État du Haut-Nil, a dit que les fonctionnaires de l’État faisaient tout leur possible pour aider les rapatriés à s’intégrer dans leurs communautés. À la fin de l’année, alors que le nombre de rapatriés augmentait, a-t-il dit, les rations alimentaires étaient distribuées aux personnes présentes dans les centres de transit avant qu’ils reprennent la route pour rentrer chez eux.

« Le problème est le suivant : beaucoup de personnes continuent à arriver du Nord ; il est difficile de les transporter jusque chez elles pendant la saison des pluies  », a dit M. Maya. Les ressources de l’État sont limitées, donc le principal défi est de ramener toutes ces personnes chez elles. L’autre défi concerne le grand nombre de réfugiés qui reviennent de manière spontanée ; nous avons essayé d’évaluer leur nombre, mais cela a été difficile, nous n’avons pas de résultats pour tout l’État en raison de difficultés d’accès.

« L’État n’a pas de problèmes avec les rapatriés, nous continuons à nous entretenir avec les fonctionnaires, les dirigeants des communautés et toutes les parties concernées pour trouver la meilleure façon de réinstaller les rapatriés », a dit M. Maya.

Déplacés en raison des combats

Depuis juin, date à laquelle des combats ont éclaté entre les Forces armées du Soudan (SAF) et le Mouvement de libération du peuple soudanais - Nord (MLPS-Nord) dans l’État du Sud-Kordofan, voisin de l’État d’Unité du Sud-Soudan, les civils déplacés ont grossi les rangs des personnes entrant au Sud-Soudan.

Selon un rapport hebdomadaire publié [ http://reliefweb.int/sites/reliefwe... ] le 11 août par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) au Sud-Soudan, le nombre total de rapatriés s’élève à plus de 328 500 depuis octobre 2010.

Selon OCHA, les Sud-Soudanais présents dans le Nord continuent à rentrer chez eux.

« Les chiffres avancés n’ont pas encore été confirmés, mais près de 2 000 personnes seraient arrivées à Renk, dans l’État du Haut-Nil, au cours de la semaine passée [début août] selon les données de suivi préliminaires », a indiqué l’agence. « Les trains organisés par le gouvernement au départ de Khartoum et de Kosti sont entrés dans le Sud-Soudan le 11 août après avoir été bloqués par des groupes armés non loin de Meiram, à la frontière entre le Sud-Kordofan et le Sud-Darfour.

« D’après les informations préliminaires, le nombre de personnes présentes à bord du train a plus que doublé pour s’élever à quelque 6 900 personnes en partance pour le sud, car certains sont montés à bord du train en chemin. Selon des informations, les conditions étaient très mauvaises dans ces trains bondés, un nombre non confirmé d’enfants souffraient de diarrhées sévères, et un enfant aurait trouvé la mort ».

Dans l’État du Haut-Nil, le Père Mathew Pagan, coordinateur de la Commission Justice et Paix de l’Église catholique de Malakal, a dit à IRIN que la commission avait établi des comités mixtes composés de rapatriés et de communautés d’accueil afin de faciliter la réintégration des personnes arrivant du Nord.

« Les rapatriés sont confrontés à de nombreuses difficultés : l’insécurité qui entrave la distribution de la nourriture, l’ajustement à de nouveaux facteurs comme la langue - passer de l’arabe à l’anglais à l’école - mais aussi les difficultés rencontrées pour rentrer chez eux, car les inondations ont rendu certaines routes impraticables », a dit M. Pagan. « La planification est très difficile, car de nouveaux rapatriés arrivent du Nord. Nous devons prendre des mesures d’urgence adaptées afin de répondre aux besoins de tous les rapatriés ».

Source : http://www.irinnews.org

 
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