mardi, 10 décembre 2019
 

LA MONNAIE UNIQUE DE LA CEDEAO ET LES MANŒUVRES DE SABOTAGE DE LA FRANCE ET DE SES AGENTS

Un des attributs essentiels de la souveraineté d’un pays, c’est le contrôle et la maitrise de sa monnaie. Dans le cadre de la lutte pour l’émancipation totale des peuples africains, la question de l’indépendance monétaire est devenue depuis un certain temps, une des exigences essentielles des peuples d’Afrique et notamment de sa jeunesse.

En effet, sous la poussée irrépressible de la volonté des peuples à recouvrer leur indépendance, la France coloniale, battue en Indochine en 1954, submergée par la guerre d’Algérie et humiliée par le « NON » historique du peuple de Guinée en 1958 a vite remarqué qu’elle ne pouvait faire face à la situation si les pays d’Afrique noire s’engageaient dans un processus de lutte armée comme au Cameroun. Elle s’est donc vite empressée de leur accorder leur indépendance en prenant soin de continuer à contrôler les attributs essentiels de cette souveraineté.

C’est ainsi qu’elle a placé ses fidèles agents à la tête de la plupart des nouveaux états, maintenu ses bases militaires, imposé le maintien de sa langue comme moyen d’instruction et de communication et surtout imposé le franc des colonies françaises d’Afrique, créé en 1945 comme monnaie de ces pays avec obligation pour ceux-ci de déposer plus de 50% de leur réserve de devises au trésor français. Il faut rappeler que ce franc CFA créé sous la colonisation était la monnaie commune de toutes les colonies d’Afrique y compris le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ; En 1958, La France coloniale du général de Gaulle transforme le franc CFA en Franc de la Communauté Financière Africaine ; c’était les signes annonciateurs d’une indépendance tronquée.

Au moment des indépendances nominales qu’elle s’est dépêchée d’accorder en 1960 face à l’intensification des luttes de libération nationale dans le monde, la France a imposé sa monnaie coloniale aux 14 pays au sud du Sahara et aux Comores. La Tunisie, le Maroc et l’Algérie eux autres ont créé chacun sa propre monnaie après leur indépendance. En Afrique de l’Ouest, le franc CFA est devenu le franc de la Communauté financière Africaine, tandis qu’en Afrique Centrale, il a pris le nom de Franc de la Coopération Financière Africaine. Dans la réalité, le nom a changé mais rien d’autre n’a bougé. Non seulement tous les pays de la zone franc ont l’obligation de verser 50% de leur réserve au trésor français qui soi-disant garantit la monnaie, mais des représentants français continuent à siéger dans les administrations où les décisions sont prises à l’unanimité.

Ceci signifie concrètement qu’à ces hauts niveaux de décision monétaire très sensible pour la situation de nos pays, non seulement la France est présente, mais elle peut aussi s’opposer à une décision qu’elle considère contraire à ses intérêts. Or la France et l’Afrique n’ont pas les mêmes intérêts. La zone Franc est ainsi complètement orientée vers la satisfaction des intérêts des grands groupes financiers et industriels français qui peuvent rapatrier facilement leurs bénéfices grâce au système de change fixe et qui facilite le pillage. La situation est telle que l’ancien Président français Jacques Chirac a pu déclarer en 2008 dans une interview à la télévision TV5 : « On oublie une chose : c’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation depuis des siècles de l’Afrique. Pas uniquement, mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique ! Alors il faut avoir un petit peu de bon sens. Je ne dis pas de générosité, mais de bon sens, de justice pour rendre aux Africains, …ce qu’on leur a pris. D’autant que c’est nécessaire si l’on veut éviter les pires convulsions ou les difficultés avec les conséquences politiques que ça comporte dans le proche avenir »

Cette situation ne pouvait en effet perdurer. Il faut dire que le fait qu’un pays infantilise les autres qui sont obligés d’aller placer une partie de leurs réserves de devises chez lui, qui en a le contrôle, est une humiliation inacceptable. Voilà pourquoi depuis, une lutte implacable des peuples africains, s’est engagée contre le franc des colonies françaises d’Afrique (CFA).

En dehors de cette lutte, les peuples d’Afrique se sont rendus compte que divisés et fragilisés, ils ne font pas le poids face aux grandes puissances. Les responsables politiques panafricanistes l’avaient déjà pressenti qui se sont toujours battus pour la réalisation de l’unité africaine. Depuis les indépendances, des regroupements régionaux se font dans ce sens comme prélude à l’unité de l’Afrique. Ces cadres devraient favoriser l’intégration régionale et c’est ainsi que la CEDEAO a été créée. Un des leviers de cette intégration, c’est la monnaie unique. Voilà pourquoi depuis près de vingt ans, celle-ci a décidé de s’acheminer vers la création d’une monnaie unique pour toute la zone d’Afrique de l’Ouest.

Le problème, c’est que la monnaie unique de la CEDEAO signifie la disparition du franc CFA, or la France et ses agents en Afrique de l’Ouest ne l’entendent pas de cette oreille. Voilà pourquoi depuis lors toutes les manœuvres et les obstructions sont bonnes pour empêcher l’intégration monétaire en Afrique de l’Ouest. Dans la réalité et comme au moment de la lutte pour les indépendances, cette position de la France et de ses agents devenait intenable, tant la dénonciation de cette monnaie coloniale se faisait plus acerbe. Voilà pourquoi la France et ses agents nous ont sorti l’ECO du sac pour essayer de calmer la colère populaire africaine.

Lorsque les 17 et 18 juin 2019, la commission monétaire de la CEDEAO s’est réunie à Abidjan chez Allassane OUATTARA, Président de la République de Côte-d’Ivoire et ennemi juré de la monnaie unique pour déclarer que l’heure a sonné d’aller vers la monnaie unique, on pouvait voir qu’il y avait un piège. Il se verra plus clairement quand le 29 juin 2019 à Abuja (Nigeria), les chefs d’Etat et de gouvernement des pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont adopté formellement le nom d’"Eco" pour le projet de monnaie unique, en en fixant l’horizon pour 2020. Tout de suite après cette décision ; l’APS (Agence de Presse du Sénégal) du 12 juillet 2019, Agence officielle d’un pays dont le Président de la République est ouvertement contre la monnaie commune, rapportera qu’Alassane OUATARA a réuni à Abidjan, la 21e session de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), tout était clair. En effet, Le Président de la Commission de l’UEMOA, (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine) regroupant les pays d’Afrique de l’Ouest ayant en commun le franc CFA, Monsieur Abdallah Boureima, déclarera à cette occasion : "La conférence réaffirme l’approche graduelle pour la mise en place de la monnaie unique de la CEDEAO, privilégiant un démarrage en 2020 avec les pays qui respectent les critères de convergence de la CEDEAO, tandis que les autres pourront s’y joindre ultérieurement".

Quant à Alassane Ouattara, il déclarera : « Aujourd’hui, le taux de change de l’euro par rapport au franc CFA est de 655,9. Et bien sûr, si les chefs d’État décidaient l’année prochaine de changer le franc CFA en ECO parce que nous avons respecté tous les critères de convergence, ce taux ne changerait pas dans l’immédiat. »

Tout ceci signifie en clair que l’ECO que nous préparent Allassane OUATARA et la France, c’est le changement du nom de la monnaie actuelle pour essayer de calmer la colère des peuples africains.

Tout va changer en apparence, pour que rien ne change ; la parité avec l’euro, la captation de nos devises par le trésor français, la fabrication des billets en France etc. la BCEAO (Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest) et la BCEAC ( Banque Centrale des Etats d’Afrique Centrale) continueront à enfoncer nos pays dans le sous-développement avec un ratio PIB/crédit de 23% alors qu’en France il est de 101%, 155% en Chine et 157% aux USA selon les chiffres de l’APS. Ce n’est pas pour rien que dès la fin de la réunion à Abuja, le Président ivoirien Allassane OUATARA a couru à Paris pour aller rendre compte à Emmanuel Macron. Comme on le voit, la décision de création de l’ECO, pilotée par Macron et OUATARA est un véritable sabotage de l’intégration africaine et une lutte contre la marche de la CEDEAO vers la monnaie unique. Ce n’est pas pour rien que Romuald WADAGNI, le ministre des finances de Patrice TALON le Président du Bénin, entonne la même chanson qu’eux. Les peuples africains et notamment ceux de la CEDEAO n’accepteront pas longtemps ces agissements de la France et de ses agents contre leurs intérêts. Voilà pourquoi ils disent : Impérialisme français hors d’Afrique.

Parti Communiste du Bénin

Septembre 2019

Notes :

- 1) La CEDEAO c’est la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Elle rassemble tous les pays de l’Afrique de l’Ouest sauf la Mauritanie qui en est sortie. Depuis quelques temps, le Maroc demande à y adhérer.
- 2) L’UMOA c’est l’Union Monétaire Ouest-Africaine : elle regroupe 8 pays d’Afrique de l’Ouest qui ont en commun l’utilisation du Franc CFA. (Bénin. Burkina Faso .Côte d’Ivoire. Guinée-Bissau. Mali. Niger. Sénégal. Togo)
- 3) BCEAO : Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest. Elle gère le Franc CFA en Afrique de l’Ouest. • CEMAC : Conseil Economique et Monétaire d’Afrique Centrale elle regroupe les pays d’Afrique Centrale qui ont en commun l’utilisation du Franc CFA. (Cameroun. République Centrafricaine. République du Congo. Gabon. Guinée équatoriale. Tchad.
- 4) BCEAC : Banque Centrale des Etats d’Afrique Centrale. Elle gère le Franc CFA en Afrique Centrale.

 
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