mercredi, 23 octobre 2019
 

Bénin : MENACES CONTRE LES GREVISTES ET LE DROIT DE GREVE

Le lundi 13 juin 2011, à la veille de la relance de la grève décidée par 29 syndicats de l’administration publique, Boni YAYI, dans un message à la nation et après son premier ministre KOUPAKI, a proféré des menaces à l’endroit des grévistes et du droit de grève. Le lendemain, 14 juin, il est descendu dans des ministères où il s’est livré à des actes grotesques et graves contre des travailleurs. Ces menaces et actes qui s’appuient sur des affirmations mensongères montrent un président despote qui fait honte au pays et qui ternit davantage l’image du Bénin et des Béninois dans le monde. Boni YAYI prétend que « le mot d’ordre de grève annoncé, d’où qu’il vienne et lancé à partir de demain mardi 14 juin 2011 est totalement illégal et irrecevable ; il est contraire à l’éthique et à la morale sur la base des décisions consensuelles qui ont été prises et validées (…) par les centrales » (cf. Message du Chef de l’Etat à la nation in « La Nation » n° 5261 du mardi 14 juin 2011). La réalité des faits et des principes démocratiques indique que toutes ces affirmations de Boni sont fausses. En effet :

1- Le mot d’ordre de grève est totalement légal. La légalité s’inscrit dans les textes, et les textes qui prévoient que la motion doit être déposée 72 heures avant le début de la grève ont été respectés. C’est donc Boni YAYI plutôt qui est totalement dans l’illégalité.

2- Par conséquent le mot d’ordre est totalement recevable. Les syndicats qui ont signé et déposé la motion sont légaux ; leur affiliation à une centrale ne leur enlève aucune prérogative à décider, lancer et conduire des actions de protestations autonomes, à négocier et signer des accords. La mise en place d’une commission de négociation dite permanente décidée par le gouvernement est un fait de prince qui n’enlève rien à ces prérogatives. Rappelons que le droit de grève (la cessation collective et concertée de travail) appartient au travailleur qui le met en œuvre à travers toute association libre comme le syndicat ou la centrale. On ne peut dès lors, à moins de despotisme, opposer la signature d’un accord par le syndicat ou la centrale au droit de grève du travailleur. Le fait que des responsables auraient signé un quelconque accord avec le gouvernement ne peut rendre illégale ou irrecevable une action décidée par une assemblée de travailleurs. L’autocrate Kérékou a tenté cela avec la vieille UNSTB et cela ne lui a pas finalement réussi.

3- Le mot d’ordre de grève est totalement conforme à l’éthique et à la morale. Les décisions prises et signées avec les Centrales consignent les résultats de négociations après des luttes. Ce sont ces luttes qui ont imposé le principe de l’harmonisation des salaires de la Fonction publique et l’application du coefficient 1,25 au secteur des Finances en lutte pendant huit mois. En parlant de progressivité, le gouvernement n’a fixé aucune échéance pour les autres. Par ailleurs et mieux, les financiers ne sont pas les premiers. Avant eux il y a eu les magistrats, puis l’enseignement primaire et secondaire, ensuite l’enseignement supérieur qui ont vu, après des luttes, leurs indices revalorisés. Il est alors parfaitement moral et conforme à l’éthique pour les autres secteurs de se battre pour obtenir satisfaction.

4- Parmi les faussetés grossières, il y a celle, indigne d’un Chef d’Etat, qui parle de consacrer 50% du budget à 1% de citoyens. Soit dit en passant, le jour où les travailleurs et les peuples exhumeront avec exactitude les sommes astronomiques qu’engouffrent la maison YAYI (où un seul voyage à l’extérieur peut coûter près du milliard de francs CFA) et ses ministres, on pourra comparer. Mais laissons la démagogie au despote démagogue ! Les agents de l’Etat, le 1% de la population ne reçoit pas 50% pour eux-mêmes. C’est ce 1% qui enseigne aux 98% de la population, donne les soins, encadre les paysans, collecte les impôts et taxes, élabore les plans de développement, gère la culture, assure la sécurité et la défense du pays et de toute la population. C’est ce 1% qui facilite la vie aux 100%. Et il est parfaitement moral et conforme à l’éthique que ce 1% exige des dirigeants de l’Etat les meilleures conditions de salaires pour servir encore mieux la population.

5- Enfin, ce qui est immoral et non-conforme à l’éthique, c’est le fait que Boni YAYI s’appuie sur des élections truquées, frauduleuses pour parler de « vote massif de son projet de société ». Ce qui est immoral et contraire à l’éthique, c’est d’entendre l’homme au centre des scandales les plus ignobles (frais d’escorte des véhicules d’occasion, CEN-SAD, affaire ICC, machines agricoles, avion présidentiel, disparition de DANGNIVO), parler de moral et d’éthique, lui qui a signé le début de son deuxième mandat avec des crimes comme ceux de Natitingou. Ce qui est contraire à la morale et à l’éthique patriotique, c’est d’opposer à ses citoyens les décisions de puissances étrangères, comme ces allusions incessantes au FMI.

6- Le P C B dénonce par conséquent les menaces du despote Boni YAYI et soutient les travailleurs, leurs syndicats et leur collectif, la COSYNAP, dans leur combat pour de meilleures conditions de vie. Seuls les combats ont permis d’obtenir le minimum dont les travailleurs et le peuple jouissent aujourd’hui. Seuls les sacrifices des communistes, des révolutionnaires et des peuples ont permis les petites avancées du pays contre la goinfrerie des dirigeants. Le P C B continue le combat et appelle les travailleurs et le peuple à poursuivre leurs luttes pour un autre pouvoir, le pouvoir des travailleurs et des peuples, respectueux de leur dignité, de leurs libertés et soucieux du développement économique et social accéléré du pays.

7- Ce qu’a rappelé Boni YAYI avec ses menaces contre les grèves et le droit de grève, c’est que les travailleurs et le peuple ont affaire à un despote qui n’a jamais lutté ni connu le prix de la liberté. Cet arriviste, parachuté au pouvoir et rompu à l’escroquerie et à la fraude économique et politique, ne peut en rien aider les travailleurs et les peuples à se sortir de la misère, de l’indignité et du sous-développement. Il est sur la trace des despotes ZINSOU, KEREKOU, Ben ALI. On peut se rappeler qu’en juin 1969, ZINSOU lançait des menaces et la répression contre les travailleurs et la jeunesse scolaire en grève. Cela ne lui a pas épargné d’être destitué six mois plus tard. En mars 1989, l’autocrate KEREKOU avait décidé la révocation de 401 enseignants grévistes. En décembre 1989, l’autocratie était défaite emportée par le soulèvement populaire. En un mois de lutte, le peuple tunisien a chassé du pouvoir et du pays le despote Ben ALI.

Boni YAYI est sur leur trace. Les travailleurs et les peuples qui résistent déjà aux menaces, sauront s’organiser pour lui infliger le même sort. Cotonou, le 16 juin 2011

Le Parti Communiste du Bénin

 
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