lundi, 18 novembre 2019
 

BURKINA FASO 2011 Chronique d’un mouvement social

Quatrième de couverture

Burkina Faso, février 2011. La mort du collégien Justin Zongo, suite à des brutalités policières, provoque des manifestations populaires dans la ville de Koudougou. Le mouvement s’étend rapidement. Dans ce pays gouverné par le même président depuis vingt-quatre ans et livré au néolibéralisme, les raisons de mécontentement sont multiples  : violences policières, mais aussi vie chère, conditions de travail inacceptables dans de nombreux domaines, « affaires » diverses, clientélisme et népotisme... Tout au long du premier semestre 2011, on assiste à des manifestations, des émeutes, des incendies de bâtiments publics, mais aussi au boycott de la production de coton par les paysans, à des grèves de mineurs, de professeurs, et même de magistrats. Et à des mutineries dans l’armée.

Si la révolte au Burkina Faso n’a pas connu la même issue qu’en Tunisie et en Égypte, il y a néanmoins eu des victoires sectorielles. Ce qui s’y est passé et s’y passe encore est peut-être porteur de bouleversements plus profonds. C’est ce mouvement multiforme que nous raconte Lila Chouli, avec ses enjeux sociaux, syndicaux, internationaux.

Extrait

On le voit, à l’exigence impérieuse de vérité et de justice pour Justin Zongo se sont mêlées dès les premiers jours chez les « émeutiers » des revendications très concrètes concernant les difficultés quotidiennes locales (violences policières ordinaires, exactions envers les populations, manque d’emplois, coupures d’eau, etc.). Ainsi la forme émeutière qui s’étend si rapidement s’explique sans doute aussi par la frustration quotidienne devant des difficultés ignorées… L’incendie de commissariats à une telle ampleur est une chose inédite dans le pays. De même que l’ouverture de prisons par les manifestants à Ouahigouya, Korsimoro, Yako, Koupéla et la libération de détenus ou la facilitation de leur fuite, qui peut montrer que dans un système où l’impunité est érigée en règle elle doit s’appliquer à tous.

Les manifestants ne s’en sont pas pris à tous les édifices publics. Dans le premier temps de la mobilisation, avec les commissariats, les principales cibles ont été les mairies et les gouvernorats, c’est-à-dire les structures aux avant-postes de la répression et des mensonges lors de l’explosion à Koudougou : les policiers en tant que forces de répression, les maires régnant en potentats dans leur localité et les gouverneurs en tant que représentants directs du président. Ce que tend à confirmer la relation aux gendarmes qui a été notée à certains endroits dans le premier temps du mouvement. À Léo, certains des gendarmes auraient demandé pardon aux manifestants, les assurant comprendre leur désir de justice. Les manifestants poursuivent alors leur route en « lançant des “bravo !” aux pandores pour leur solidarité et leur compassion » (Observateur Paalga, 2/3/2011). Cette relation entre manifestants et gendarmes a même été décrite comme une sorte de « pacte de non-agression » par la presse : « Comme un essaim d’abeilles, “les insurgés” passaient devant la brigade de la gendarmerie, les poings levés, comme s’ils avaient signé un pacte de non-agression, pour aller s’en prendre à la douane » (Observateur Paalga, 10/3/2011).

L’auteure

Lila Chouli est chercheuse associée à la chaire sud-africaine d’études sur les changements sociaux à l’Université de Johannesburg. Elle a publié plusieurs articles sur le mouvement étudiant burkinabé.

Références

Editions tahin party

ISBN : 978-2-912631-24-4

8 euros, 320 pages, format 11x16 cm

 
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