lundi, 23 octobre 2017
 

Burkina Faso : Contre l’impunité et les alibis d’une démocratie formelle

Les événements qui ont secoué le Burkina Faso au cours de ces dernières semaines ont jeté dans les rues de plusieurs villes du pays le ras-le-bol d’une population qui a mis à nu les faillites d’un régime plébiscité par les dernières élections présidentielles de novembre 2010, à plus de 80% ! Dans une déclaration, le Comité international Joseph Ki-Zerbo, se joint à cette lutte pour la vérité, la justice et la démocratie.

Depuis plusieurs semaines, notre pays est le théâtre de manifestations violentes, de natures différentes, en réaction, d’abord à la mort de Justin Zongo le 20 février 2011 à Koudougou, puis dans la nuit du 22 au 23 mars à une première mutinerie des soldats du camp Sangoulé Lamizana, suite à la condamnation de cinq de leurs camarades à des peines de prison ferme pour des faits de mœurs !

Dans le premier cas, la jeunesse scolaire et universitaire se dresse contre l’impunité, disant « Non » aux mauvais traitements dans les commissariats du Burkina. En effet, la mort du collégien de Koudougou fait suite à une énième exaction policière dans le pays, celle qui mettra le feu aux poudres, malencontreusement attisée par les déclarations officielles qui ont tenté d’attribuer le décès à une méningite. Aussi, depuis le 22 février, des manifestations violemment réprimées se succèdent dans la plupart des villes du pays, petites ou moyennes, puis à Ouagadougou même, entraînant plusieurs autres pertes en vies humaines.

D’autres villes telles que Ouahigouya, Yako, Koupéla, Léo, Dori, Gourcy, etc., seront également touchées et partout, des manifestants ont incendié les commissariats de police, un palais de justice (Fada N’gourma), mais également des résidences de certains barons du régime, et les locaux du CDP, symbole du parti au pouvoir que l’on croyait pourtant plébiscité par les dernières élections présidentielles de novembre 2010 à plus de 80% !

Nous comprenons la mobilisation de la jeunesse scolaire et universitaire pour réclamer justice. Nous l’appelons également à faire montre de civisme et à exprimer son mécontentement dans la discipline et le respect de nos lois.

La vérité, la justice, et la démocratie, sont le fruit d’une lutte organisée et d’un combat civique de tous les jours, qui doivent être ouverts à toutes les forces de progrès.

Dans le second cas, les militaires sortent à nouveau de leurs casernes pour semer la panique, brûler eux aussi un domicile privé et molester un baron du régime, en la personne du maire de la capitale Simon Compaoré. La question est dorénavant sur toutes les lèvres : « Que se passe-t-il au pays des hommes intègres » ? Pourquoi ce déchaînement de violence alors que tous les fils de la Nation, malgré leurs différences et divergences viennent de vivre le Cinquantenaire de l’Indépendance ?

Le prétexte des militaires, qui récusent la sentence rendue par le tribunal de grande instance, soit de 12 à 15 mois de prison ferme prononcée contre le sergent et les quatre soldats ayant agressé un citoyen paraît disproportionné face au déluge de feu qui a secoué les villes susmentionnées. Toujours est-il qu’ils obtinrent gain de cause, avec la libération des condamnés et leur transfert au Camp militaire ! Pourtant ce recul de l’autorité politique devant l’autorité de la chose jugée (grave en soit dans une démocratie), ne suffira pas à apaiser les militaires, d’où le pressentiment que le malaise est plus profond, d’autant plus que la haute hiérarchie militaire a été victime de la furie de la soldatesque. Pire, la rébellion partie du Camp Sangoulé Lamizana (un homme de paix) a inauguré celles de Fada N’Gourma, Gaoua etc.

Craignant les pillages, les commerces et administrations resteront fermés durant quelques jours avec peu de monde dans les rues à chaque fois, malgré les communiqués « rassurants » du ministre de la Défense. Trois bâtonniers ont condamné la libération des militaires et tous les anciens magistrats sont désormais en grève.

Mais au fond, tous ces mouvements sont l’expression des souffrances endurées actuellement par la majorité de nos concitoyens, souffrances que le parti dominateur au pouvoir par son incapacité considère finalement comme une variable indépassable de la réalité nationale. Dans une certaine mesure l’opposition, par son émiettement et son absence sur le terrain des transformations sociales, est elle aussi coupée du vécu des couches populaires.

L’application aveugle par le gouvernement des différents plans de rigueurs prétendument imposés par la crise économico-financière mondiale de 2008, mais surtout importés de Washington (Banque mondiale/FMI) ont eu pour conséquence une détérioration accélérée des conditions de vie avec :

• Hausse des prix des denrées alimentaires et des médicaments • Augmentation du chômage • Crise du logement • Chute générale du niveau de vie • Hausse du prix des soins • Absences de perspectives pour les travailleurs et élèves en fin de formation • Pauvreté et paupérisation généralisée

Bref, c’est l’heure de la vie chère, malgré les indicateurs favorables en matière de « lutte contre la pauvreté » et le luxe offensant que l’on constate dans certaines sphères du Burkina Faso émergeant.

Nous, membres du Comité International Joseph Ki-Zerbo, fidèles à l’esprit de résistance de l’illustre homme et à son humanisme, tenons à manifester notre solidarité avec tous les citoyens qui se dressent ce 8 Avril 2011 avec la Coalition contre la vie chère, et se dresseront à d’autres occasions similaires, contre l’impunité et refuseront les alibis de la démocratie formelle, incarnée par des élus ou agents de l’Etat qui trahissent leurs serments.

En effet ils violent de manière flagrante les droits les plus élémentaires, notamment la liberté de manifester, les droits économiques, sociaux et culturels ou encore la présomption d’innocence pour les personnes en détention provisoire.

Non à l’impunité ! Oui à un développement endogène souverain et panafricain !

N’an laara, an saara

Pour le CIJK, le secrétariat exécutif

Source : http://pambazuka.org/fr/

 
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