samedi, 25 novembre 2017
 

Burkina Faso : DECLARATION DE LA COALITION DYTANIE SUR LA SITUATION NATIONALE

L’actualité politique nationale est marquée ces dernières semaines par les sorties de la CODER sur la réconciliation nationale et l’ouverture du procès de Blaise Compaoré et des ministres de son dernier gouvernement. Cette agitation politique intervient dans un contexte toujours marqué par la vie chère qui tenaille les masses urbaines et rurales. La Coalition Dytaniè rappelle et interpelle les acteurs politiques que les préoccupations au plan judiciaire et socio-économique de notre pays restent critiques et d’enjeux majeurs pour le bien-être des Burkinabè.

De la vie chère

Les masses populaires constatent depuis quelques semaines une augmentation continue et significative des produits de survie (riz, huile, savon, pain…). Notre coalition exige que des mesures idoines soient prises pour alléger la souffrance du peuple. Les contrôles des prix entrepris par le ministère du Commerce doivent se poursuivre et être mieux organisés. Les commerçants véreux (ceux qui augmentent les prix sans raison et ceux qui vendent des produits périmés) doivent être sanctionnés à la hauteur de leurs forfaits.

La coalition Dytaniè interpelle également le gouvernement sur la question du logement. Qu’en est-il des dispositions sur le bail aux fins de réduction des coûts du logement qui pèsent significativement sur le pouvoir d’achat des Burkinabè ?

Le peuple affamé et « ghettoïsé » par une classe politique en panne d’idée ne saurait continuer à payer le prix des politiques inconséquentes, pendant que les fraudeurs du fisc et autres prévaricateurs continuent allègrement de brouter impunément dans la caisse commune.

De l’actualité judiciaire

Après de nombreux reports, le procès des ministres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré est enfin ouvert. Poursuivis pour avoir pris et cautionné la réquisition spéciale permettant de recourir à l’armée pour réprimer les manifestants, Blaise Compaoré, ses ministres et soutiens crient à la justice des vainqueurs en oubliant que de par leur faute, des jeunes Burkinabè ont perdu la vie et des centaines d’autres ont été blessés dont certains devront vivre avec des séquelles toute leur vie. Malgré les limites de cette juridiction qui ne permet pas la constitution de partie civile, nous saluons la tenue de ce procès qui marque, on l’espère, la fin d’un cycle d’impunité pour les responsables politiques.

C’est pourquoi, nous encourageons l’appareil judiciaire burkinabè à affirmer davantage son autorité pour que tous les dossiers de crimes économiques et politiques recensés par les différents corps de contrôle et des structures indépendantes soient traités. Nous sommes convaincus que l’Etat ne recouvra sa vraie autorité qu’en garantissant une justice équitable pour tous ses citoyens sans considération de classes sociales. En tous les cas, le procès du dernier gouvernement du régime Compaoré est celui "à toute épreuve" des juridictions burkinabè après les parodies de procès de David Ouédraogo en 2000, l’acte d’enterrement en 2006 du dossier d’assassinat de Norbert Zongo.

De la réconciliation nationale

L’actualité nationale de notre pays est marquée par la question de la « réconciliation nationale » depuis un certain temps. Le retour du débat sur la question de la réconciliation nationale ne semble guère fortuit, surtout au moment où les acteurs de la gouvernance de 27 ans sont sous la pression du peuple qui exige davantage des comptes. En effet, toutes les couches de notre peuple, les femmes, la jeunesse, les travailleurs, les familles des victimes exigent enfin que Justice soit rendue sur les nombreux crimes de sang et des crimes économiques perpétrés sous le régime Compaoré.

A la suite de l’insurrection populaire, le voile s’élève progressivement sur les affaires les plus sordides du régime déchu. Plusieurs rapports (Cour des comptes ; ASCE-LC, rapports d’enquêtes journalistiques, onusiens ...) mettent en cause depuis plus de deux décennies de nombreuses et hautes autorités (Ministres, DG, hommes d’affaires, chefs militaires…) dans les affaires de détournements, de corruption, de blanchiments de biens publics, des pillages fonciers et miniers (affaire CEMOB, Poura.). Un véritable partage organisé des ressources du pays ! Les dernières enquêtes parlementaires en 2015 et 2016 révèlent une situation de fraude et de l’impunité fiscale de 129 milliards ; elles pointent également plus de 100 000 milles parcelles détournées dans seulement 15 communes ainsi que des milliers de deals dans le secteur des mines. A cela s’ajoute la longue liste des crimes de sang qui établissait au moins à 200 assassinats divulgués en 1999 par un rapport du Collectif contre l’impunité.

Les 27 années de règne de Blaise Compaoré et collaborateurs ont servi à prendre au peuple son dû et sa dignité, un lourd préjudice matériel et moral qui est à l’origine du retard du pays sur tous les plans. Bien sûr, face à de telles exactions, le développement de révoltes successives de la jeunesse (suite à l’assassinat de Norbert Zongo en 1998, la violence de la faim en 2008, la mutinerie de 2011…) a abouti aux évènements des 30 et 31 Octobre 2014 qui n’a laissé aucune chance aux pilleurs qui ont soit fui le pays ou se sont mués à l’intérieur. Les auteurs de tous ces actes contre le développement de notre pays sont largement connus et cités. Il est maintenant l’heure de la vérité et de rendre justice au peuple burkinabè qui a longtemps résisté et a fini par vaincre ! D’où viennent alors les démarches répétées et diversifiées de réconciliation nationale et quel en est le contenu réel ?

Le rapport du Collège de sages institué suite à l’assassinat de Norbert Zongo traçait sans équivoque les chemins inamovibles de vérité, justice puis réconciliation. Par la suite, de commission en commission, de diversion en diversion, le régime Compaoré choisit d’éviter l’étape de la justice et finit par organiser une journée de pardon impopulaire le 30 mars 2001. Suite aux mutineries de 2011 qui ébranlaient le cœur du pouvoir, des médiateurs sont mis à profit pour assurer la survie du système. Voyant venir leur fin constitutionnelle, les hommes forts décidèrent d’entamer depuis fin 2011 le processus de modification de l’article 37 afin de prolonger à vie le mandat du président, une garantie de conservation du pouvoir pour eux ; juste pour éviter de se retrouver devant la justice afin de rendre au peuple ce qui appartient au peuple. En 2015-2016, de la commission de la réconciliation nationale et des reformes (CRNR) au Haut conseil de la réconciliation et de l’unité national (HCRUN), les faits restent têtus ! Car, ce sont les mêmes auteurs qui sont pointés.

En vérité, après l’insurrection, le peuple n’attend que la vérité et la justice. Pour ce faire, il n’acceptera ni ne tolèrera des arrangements juridico-politiques entre les acteurs d’hier et d’aujourd’hui de son sous-développement !

Au demeurant, les manœuvres accélérées de la CODER sur son concept de la réconciliation nationale visent d’absoudre tous les criminels économiques et de sang ; de mieux blanchir ceux qui doivent rendre compte et de remettre le système en marche. Il ne faut pas être dupe pour comprendre qu’une pareille réconciliation-entente arrange tous les acteurs qui ont participé aux régimes de pillages aussi bien les tenants politiques qu’économiques qui se retrouvent aux affaires comme dans l’opposition.

Une telle opération permettra une spectaculaire mue du système pour se perpétuer. Cela va permettre à tous les anciens du système de garder par devers eux tous les biens et trésor pris injustement au peuple, qui lui, demeurera dans la misère et sans lendemain ni perspective. Il s’agira en effet d’un second crime moral.

Devant une telle tromperie historique et forfaiture morale entreprises insidieusement par une classe politique historiquement dépassée, sous le couvert de la CODER, notre coalition exige sans commune mesure les jugements impératifs des dossiers de crimes de sang et crimes économiques, l’extradition de Blaise Compaoré et tous ses coquins en fuite pour leur jugement, la récupération des biens colossaux dérobés au trésor public, la fin de l’impunité économique et fiscale, le lancement des procédures de rapatriement des fonds placés dans des banques à l’étranger.

Du reste, les nouvelles dispositions de l’ASCE-LC et de la loi portant prévention et répression de la corruption indiquent les voies et moyens pour y parvenir. En conséquence, les auteurs des malversations de détournements et de crimes de sang doivent être mis à l’écart de toute responsabilité politique et institutionnelle. C’est seulement à cette conditionnalité que le peuple si tolérant et si patient déterminera à qui pardonner.

Au regard de la situation, notre coalition réitère son analyse sur la dégradation de la situation socio-économiques, la persistance de l’impunité, la concussion, l’affairisme et la fraude fiscale. Elle met en garde contre toute tentative ou stratégie politicienne pour absoudre les crimes graves commis contre notre peuple.

Au regard de tout ce qui précède, notre coalition exige :

- L’extradition de Blaise Compaoré pour être traduit devant la justice
- L’ouverture de procédures de rapatriement des biens et fonds de notre peuple enfouis à l’extérieur
- La poursuite des mises en accusation entreprises par le CNT et qui dorment dans les tiroirs de l’Assemblée nationale
- Les jugements de tous les dossiers de crimes de sang et économiques pendants depuis plusieurs années.
- Le lancement des mandats d’arrêts contre les présumés auteurs de ces crimes
- La prise de mesures fermes contre les délinquants fiscaux et des Reste à Recouvrer
- Le recouvrement de la fiscalité entreprise par le CNT et qui avait permis d’encaisser 4 milliards (sur 129 milliards) avant le putsch ;
- La mise en application de la loi sur le délit d’apparence Non à une réconciliation-impunité commandée ! Justice pour tous les martyrs de l’Insurrection populaire et de la Résistance au putsch ! Vérité et justice pour les crimes de sang et économiques ! Mobilisation et lutte pour la naissance d’une République prospère pour tous !

Pour la coalition Dytaniè Les organisations membres :

Le Balai Citoyen, Cadre 2 heures pour nous, 2 heures pour l’Afrique, Génération Cheick Anta Diop, Génération Joseph Ki-Zerbo, Ligue des panafricanistes, Mouvement des Sans Voix, Le REPERE

 
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