lundi, 23 octobre 2017
 

BURKINA FASO : Fusion des partis sankaristes

Thomas Sankara paya de sa vie en 1987, la politique qu’il mena pendant quatre ans. Une politique tournée vers les besoins des populations du Burkina Faso au détriment des exigences et des diktats des multinationales, notamment françaises. Cette expérience a eu un fort retentissement en Afrique et plus particulièrement au Burkina Faso. Elle a donné naissance à de nombreux partis se réclamant de Sankara qui, au fil des ans, ont mené des tentatives plus ou moins réussies pour se réunifier. Fin mars, un congrès réunissant l’UNIR/MS, la CPS (Convention Panafricaine Sankariste), une partie du FFS (Front des forces sociales) et des indépendants, ont scellé la naissance d’un nouveau parti l’UNIR/PS, l’Union pour la Renaissance/Parti Sankariste. Dans cet entretien, Fidèle Kientéga député à l’Assemblée nationale du Burkina Faso et secrétaire national adjoint chargé des Relations extérieures de l’UNIR/PS revient sur ce processus.

Pourquoi la fusion des partis sankaristes ?

L’idée de l’unité des partis sankaristes a toujours été un challenge pour tous les sankaristes du Burkina, tous les sankaristes sincères du Burkina. Parce que, comme on le dit et tout le monde le sait, l’union fait la force, d’autant plus face à un pouvoir hégémonique qui ne souffre pas d’une autre vision de la gestion de la société, surtout celle des sankaristes, car elle est antinomique. Il fallait que nous nous unissions. Mettre fin à l’émiettement des partis sankaristes qui passaient leur temps à s’affronter entre eux, au lieu de s’en prendre au pouvoir qui est notre adversaire principal pour ne pas dire notre ennemi. C’est pour cela, compte tenu de toutes les spéculations passées, des unités qui n’ont pas tenu etc., que nous pensons que nous sommes aujourd’hui la somme de toutes ces images-là, de toutes ces douleurs-là et nous avons réalisé cette unité qui n’est pas malheureusement totale. Mais je pense que l’essentiel y est et les autres prendront le train en marche de façon certaine, si ce n’est aujourd’hui, en tout cas demain.

A ce propos l’UPS (Union des Partis Sankaristes) a refusé de s’associer à la procédure de fusion pourquoi ?

En fait il s’agit d’une imposture parce que l’UPS était composée de la CPS, de la Convergence de l’Espoir qui est un petit parti, et de quelques individus indépendants. La CPS est partie prenante de cette démarche unitaire que nous venons de boucler aujourd’hui, il s’agit de la Convergence de l’Espoir de Jean Hubert Basie qui s’est démarquée, pour des raisons que je ne peux pas expliquer et de quelques individus qui se réclament de l’UPS, ils disent qu’ils sont l’UPS, mais l’UPS n’existe pas.

Ce qui revient à dire que l’UNIR/PS est quasiment le seul parti sankariste au Burkina ?

Je n’ose pas le dire, mais je souhaite que vous constatiez sur le terrain, du point de vue de l’existence réelle, du point de vue de l’engagement des populations derrière un idéal, la foi de ces populations par rapport aux leaders qui incarnent le charisme, qui cherchent en tout cas à incarner ce que Thomas Sankara avait été capable de susciter à l’intérieur comme à l’extérieur. A l’issue de la convention qui a entériné la fusion des organisations sankaristes, il a été décidé de présenter le dirigeant de l’UNIR/PS pour les élections présidentielles.

Sur quelles revendications, sur quel programme la campagne va être menée ?

Il le fait sur le programme sankariste, parce que nous disons, nous maintenons que le sankarisme est un programme de gauche, un programme qui vise à la satisfaction des besoins essentiels des populations laborieuses, des travailleurs des campagnes et des villes, comme Sankara l’avait fait, sans exclusion aucune des personnes, mais en comptant sur nos propres forces, en produisant ce que nous consommons, en consommons ce que nous produisons. En réhabilitant le sens de la dignité, l’honneur, le travail, réhabiliter les valeurs du travail et de la justice sociale, cela sera tout le programme. De toute façon, nous sommes en train de le peaufiner. Nous cherchions à le proclamer en même temps que les conclusions du congrès, mais c’est si important que nous ne pouvions pas déclarer aussi rapidement. Nous sommes en train de le travailler, nous avons publié une résolution donnant au secrétariat de l’exécutif national le soin de peaufiner le programme. Ensuite nous allons le faire connaître largement.

Le candidat de l’UNIR/PS peut il inquiéter le pouvoir ?

D’une façon très certaine il faut comprendre qu’au Burkina, les élections ne reflètent aucunement la réalité par rapport aux populations prêtes à voter. Seul un électorat très sélectif a été mis en place par le pouvoir, pour le besoin du pouvoir. Nous sommes 14 à 15 millions de personnes et nous avons peut-être 2 à 3 millions de personnes qui votent. A comparer avec un pays comme le Bénin qui a 8 millions d’habitants et plus de 5 millions d’électeurs ! C’est ça la réalité du pouvoir au Burkina Faso. Nous sommes en train de prendre toutes les dispositions pour le combattre. Si la réalité de l’électorat était véritablement inscrite avec les cartes d’électeurs, que l’électorat n’était pas sélectif, qu’on ne réveillait pas les morts au Burkina pour aller voter pour le pouvoir, nous sommes certains que nous chasserions le pouvoir de Blaise Compaoré. La lutte pour des élections réellement démocratiques va constituer une des premières batailles du nouveau parti l’UNIR/PS.

Propos recueillis par Paul Martial.

 
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