lundi, 22 juillet 2019
 

Burkina Faso : Le vainqueur a abandonné son programme

AN I de la réélection de Blaise Compaoré

Le jeudi 25 novembre 2010, les Burkinabé apprenaient par la voix de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) que Blaise Compaoré était réélu avec 80, 21% des suffrages exprimés dans le cadre de l’élection présidentielle du 21 novembre 2010. Cela fait donc environ une année que le vainqueur de cette élection exerce son mandat. Quel bilan Blaise Compaoré peut-il tirer après une année de mise en œuvre de son programme " bâtir ensemble un Burkina émergent " pour lequel il aurait été élu ou préféré aux autres candidats de l’élection présidentielle du 21 novembre 2010 ? Que peut-il en dire ?

RIEN. Puisque deux mois après sa réélection, le président Compaoré avait été accueilli par des manifestations de rues qui ont défié la vérité des urnes et qui ont fait comprendre au Président que sa démocratie ne regarde que ceux qui y croient. Après sa réélection, le Président bien installé sur son trône croyait pouvoir se la couler douce sans être perturbé par quoique ce soit. Avec un score de plus 80%, on ne peut penser que mieux. L’idée conductrice de nouveau mandat étant de construire un " Burkina émergent ". Mais le vainqueur va déchanter. Une nouvelle souche de méningite fait son apparition dans la ville de Koudougou entraînant le décès de l’élève Justin Zongo. Il ne s’agissait pas en fait d’une méningite mais d’une maltraitance policière qui a eu raison de la vie d’un élève de la classe de troisième. Comme dans leurs habitudes, les hommes du régime vont mentir et provoquer le courroux des élèves et des étudiants. Ceux-là vont investir les rues et mettre le pays sous coupe réglée pour exiger la vérité et la justice pour leur camarade. Malgré la violence qui secoue le pays, le Président va se taire et laisser l’initiative de la résolution de la crise à son Premier ministre Tertius Zongo et son gouvernement. Alors que la situation se calmait au niveau des scolaires et universitaires, les militaires vont rentrer dans la danse amenant le Président du Faso à fuir d’abord son palais, ensuite à limoger son gouvernement et enfin procédé à la formation d’un autre.

Pris dans un engrenage et dans un contexte de révolution parti du monde arabe, le Président Blaise Compaoré va oublier son " émergence " et ouvrir les yeux devant ce que son règne et le système politique ont créé de monstrueux dans le pays : la mal gouvernance, la corruption, la confiscation des biens de l’Etat. Il va même oublier son " émergence ", et ses exigences pour se concentrer sur les réformes politiques et institutionnelles, voyant là une façon de se tirer des affaires. La réalité est aujourd’hui implacable.

Le Burkinabé vit encore difficilement.

Une année après sa réélection, le Président voit son pays menacé de famine. Dans les pays dits aujourd’hui émergents, ils ont atteint pratiquement le seuil de l’autosuffisance alimentaire. Dans le nôtre qui s’est lancé le défi d’être dans ce cercle, l’heure n’est pas à la réflexion de voir comment atteindre ce seuil une année après l’idée de l’émergence. L’heure est à la recherche de solutions pour faire face à la crise et à l’insécurité alimentaire. La famine frappe à la porte de certaines régions du pays. Ce qui laisse penser que ce pays n’a pas encore acquis les bases et les politiques d’un réel développement agricole et d’une véritable politique de consommation. Un an après sa réélection, les prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité ne cessent d’augmenter. Conséquence, la vie devient de plus en plus chère. Un an après sa forte réélection ou du moins son plébiscite, plus 90% des Burkinabè sont mécontents de leur condition de vie et de travail.

L’éducation n’est toujours pas accessible par tous. Les parents payent toujours cher pour scolariser les enfants. On ne parle plus d’éducation mais d’alphabétisation de masse. Les étudiants sont dans des conditions difficiles.

La santé n’est toujours pas accessible dans ce pays en voie d’émergence.

Un an après la réélection du Président, les patients des centres de santé paient doublement maintenant pour se soigner.

Dans les zones reculées de la capitale, il est difficile de trouver des centres de santé de référence avec des spécialités.

Un an seulement après sa réélection, la justice sociale est ébranlée. L’Etat de droit connait son moment le plus pire de l’histoire. La justice est mise en doute et sa crédibilité a pris sérieusement un coup. L’Etat de droit est désormais un mirage dont on cherche coûte que coûte à atteindre. De tout ceci, où est le chemin de l’émergence ? Le mécontentement, la colère, l’insécurité et la crise alimentaire, le remaniement du gouvernement et à la tête de certaines grandes directions et sociétés qui se caractérisent par le retour de certains dinosaures politiques sont les maîtres mots de l’émergence. Nous restons donc dans le cercle infernal du système politique qui consiste à affaiblir davantage les pauvres et à enrichir les riches.

Le vrai programme du Président

Si un an après sa réélection, " l’émergence " a disparu de la circulation ; le programme " bâtir ensemble un Burkina émergent " a du mal à être mis en œuvre, toute chose qui devrait participer à l’amélioration des conditions de vie des populations ; et si le Président du Faso et ses hommes tiennent à bout de bras, les dessous dudit programme qui devraient leur permettre de dessiner sereinement leur avenir : la révision de la constitution et l’amnistie. La crise a été une belle occasion pour le régime de braquer les yeux des citoyens vers des réformes pour oublier l’essentiel des promesses de campagne. Il serait illusoire de croire que les promesses existentielles seront tenues.

Source : http://www.journalbendre.net

 
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