lundi, 23 octobre 2017
 

BURKINA FASO : Les réfugiés vont manquer de nourriture en septembre

OUAGADOUGOU - Les agences d’aide humanitaire sont dans l’incapacité de faire face à l’ampleur des besoins des réfugiés installés dans les camps du Mali en raison d’un manque de fonds : le Programme alimentaire mondial (PAM) a besoin de 36 pour cent de fonds supplémentaires, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) de 66 pour cent et la réponse globale de 58 pour cent. Si des fonds supplémentaires ne sont pas débloqués rapidement, les réfugiés manqueront de nourriture en septembre.

La planification à long terme des besoins des réfugiés pour l’année 2013 est « impossible », disent les travailleurs humanitaires. Seulement 20 pour cent des 153 millions de dollars dont le HCR a besoin pour venir en aide à quelque 249 000 réfugiés maliens réfugiés au Burkina Faso, en Mauritanie, au Niger et dans d’autres pays voisins ont été versés.

Quelque 53 000 Maliens ont fui au Niger, 96 000 en Mauritanie et 174 000 personnes supplémentaires sont déplacées dans le pays, selon le HCR.

Le HCR estime que 107 929 réfugiés - 56 000 en mai - sont désormais installés dans cinq camps officiels (et neuf camps non officiels) au Burkina Faso, principalement à Damba, Sérélio, Mentao (Sahel), Somgandé à Ouagadougou, et Bobo-Dioulasso dans l’ouest du pays. Cependant, certaines estimations font état de chiffres moins importants - un recensement est réalisé pour obtenir des chiffres exacts.

Le PAM dispose de suffisamment de nourriture pour venir en aide à 60 000 Maliens jusqu’à la fin du mois de septembre, a dit Angelline Rudakubana, la directrice-représentante du PAM au Burkina Faso. « La situation va devenir très difficile ensuite ». Elle estime qu’au moins 77 000 réfugiés ont besoin de l’aide alimentaire, mais d’autres personnes avancent des chiffres plus élevés.

« Nous devons acheter la nourriture maintenant », a dit Mme Rudakubana, car il faut « au moins » trois mois pour l’acheminer au Burkina Faso, un pays sans accès à la mer.

Les rations alimentaires distribuées par le PAM ne suffisent pas aux Maliens originaires du nord du pays, qui sont habitués à un régime alimentaire riche en nutriments, comme le lait, la viande et le thé, mais l’agence d’aide alimentaire ne peut rien faire de plus.

Il y a d’autres manques à combler, a dit Francoise Kaboré, coordinatrice de presse pour l’organisation non gouvernementale (ONG) Plan International présente dans la capitale, Ouagadougou. « L’eau, l’hygiène, l’hébergement - c’est très difficile [.] certains camps sont difficiles à atteindre et ils ne reçoivent pas suffisamment d’aide », a-t-elle dit à IRIN.

Les réfugiés du camp de Damba à Soum, dans le Sahel, ont dit à IRIN qu’ils n’ont ni point d’eau ni abri ; ils doivent partager les puits peu profonds des villageois et dormir sous de simples abris en paille avec leurs animaux. « Ici, nous n’avons pas d’eau, pas de nourriture et pas de maison [.] il n’y a rien de bien ici », a dit à Plan International Fati, neuf ans, originaire de Tombouctou.

« Nous faisons ce que nous pouvons, mais nous manquons d’argent », a dit Mme Kaboré. Plan International intervient dans les domaines de la protection, de l’éducation dans l’urgence, de l’eau, de l’hygiène et des distributions non alimentaires qui ne sont financés qu’à 19 pour cent.

Altakwa, une mère de famille qui vit dans le camp de Damba à Soum, a dit à Plan : « Nous nous inquiétons surtout pour la santé de nos enfants. Ils ne mangent pas suffisamment et sont exposés à de nouveaux dangers, nous avons peur pour eux ».

Outre ces inquiétudes, quelque 2,5 millions de Burkinabés de la région du Sahel sont affectés par la famine cette année. La grave sécheresse de 2011 s’est traduite par de mauvaises récoltes et une réduction des pâturages, et a entraîné l’augmentation des prix des produits alimentaires.

L’ONG Oxfam, qui a participé à la construction de la plupart des installations sanitaires en collaboration avec le HCR, a indiqué que les débuts ont été difficiles, mais que la situation commence à se « stabiliser », la plupart des réfugiés recevant 12 à 15 litres d’eau par jour conformément aux normes internationales Sphere.

« Tant que nous n’aurons pas à faire face à un afflux important [de personnes supplémentaires], tout ira bien », a dit Konate Papa Sosthene, spécialiste des questions d’eau et d’hygiène pour Oxfam.

Quelque 30 à 50 Maliens franchissent la frontière chaque jour, c’est-à-dire moins qu’en avril et en mai, a dit à IRIN Nasir Fernandes. Ag Gala, coordonnateur de terrain pour le HCR et président d’un groupe de coordination des réfugiés. « Chaque jour, je reçois des appels m’informant de l’arrivée de personnes supplémentaires, qui fuient les mauvaises conditions de vie et l’oppression, à la frontière ».

Bon nombre d’entre elles sont des pasteurs arrivés dans un grand état de faiblesse, parfois accompagnés d’animaux malades. « Ils ont besoin de vaccins, de médicaments pour leurs animaux - peu de gens travaillent dans la région », a dit M. Sosthene.

Les agences d’aide humanitaire souhaitent passer à l’étape intermédiaire de la réponse humanitaire - construire des maisons et des latrines durables, par exemple - mais elles n’ont pas suffisamment d’argent. « Les réfugiés vont devoir rester jusqu’en 2013 », a prévenu M. Sosthene.

Les priorités à long terme incluent la médiation, car les pasteurs bloqués dans le pays devront conduire leurs troupeaux à proximité des camps et des terres cultivées au cours des prochains mois, ce qui risque d’entraîner un conflit entre les pasteurs et les fermiers, prévient l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Les agences devront également trouver une solution pour les milliers d’élèves et d’étudiants des écoles secondaires et des universités qui vivent dans les camps. Plan International et d’autres ONG, ainsi que le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) ont ouvert des écoles maternelles et élémentaires dans les camps afin d’offrir un enseignement à 30 000 enfants, mais il n’y aura pas suffisamment d’argent pour établir des écoles secondaires. « La situation est très difficile pour ces étudiants », a dit M. Kobaré.

Il n’y a pas de groupe d’action pour l’éducation des réfugiés ou d’appel de fonds pour le Burkina Faso. « L’éducation n’est pas une priorité. Il faut agir maintenant afin de prévenir la création d’un bataillon d’enfants soldats », a dit à IRIN Thierry Agagliate de l’ONG Terres des Hommes.

Rares sont les bailleurs de fonds qui considèrent que l’éducation est indispensable. « Nous avons donné la priorité à cinq domaines vitaux, qui incluent la santé, l’eau, l’hygiène, la nourriture et les abris », a dit M. Fernandes, « et nous n’avons pas encore répondu à tous les besoins dans ces domaines ».

Après avoir effectué des visites dans des camps de réfugiés il y a deux semaines, Antonio Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, et Anne Richard, Secrétaire d’État américaine adjointe à la Population, aux Réfugiés et à la Migration, ont appelé les bailleurs de fonds à « renforcer leur engagement » pour venir en aide aux populations de la région du Sahel.

Les réfugiés attendent toujours.

Source : http://www.irinnews.org

 
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