lundi, 11 décembre 2017
 

Lutte contre la faim des enfants au Burkina Faso, entre progrès et régressions

OUAGADOUGOU - La lutte contre la malnutrition infantile a gagné du terrain au Burkina Faso, mais le taux de malnutrition chronique reste au-dessus du seuil d’urgence, particulièrement dans les zones rurales. Si le gouvernement et ses partenaires n’intensifient pas leurs efforts de prévention, cette situation perdurera.

Le taux de malnutrition aiguë sévère (MAS) s’est établi à 8,2 pour cent en 2013, contre 10,9 pour cent en 2012, tandis que le taux de malnutrition chronique connaissait une légère baisse, passant de 32,9 pour cent à 31,5 pour cent sur la même période, selon les statistiques de la santé publique.

Ces 20 dernières années ont été marquées par une tendance à la baisse des taux de malnutrition, mais avec des variations d’une année à l’autre. En 1993, environ 41 pour cent des enfants du Burkina Faso présentaient un retard de croissance dû à la malnutrition chronique. Ce taux a atteint 43 pour cent en 2003 avant de tomber à 35 pour cent en 2010, puis 31,5 pour cent en 2013.

Le taux de malnutrition aiguë modéré (MAM) était de 16 pour cent en 1993. Il a atteint un niveau record à 21 pour cent en 2003 avant de tomber à 8,2 pour cent en 2013. Cela s’explique notamment par l’amélioration significative du traitement de la malnutrition aiguë et de la distribution de compléments alimentaires, selon Bertile Ouaro, responsable de la nutrition au sein du ministère de la Santé. Mais, a-t-il dit, les efforts de prévention de la malnutrition aiguë et de la malnutrition chronique restent insuffisants.

Fracture urbain/rural

C’est particulièrement vrai dans les zones rurales, a dit Monica Rinaldi, qui travaille avec l’organisation non gouvernementale (ONG) HELP dans les districts de Dori et Shebba, situés dans le nord de la région du Sahel.

Dans les zones urbaines du Burkina Faso, un enfant sur cinq de moins de cinq ans présente un retard de croissance, contre un enfant sur trois de moins de cinq ans dans les zones rurales, d’après l’Enquête démographique et sanitaire de 2010. L’accès aux services de santé est plus restreint dans les zones rurales que dans les villes, et la sensibilisation aux besoins nutritionnels des enfants est plus faible, ont indiqué les experts.

Dans la région du Sahel et dans la région orientale, les taux de retard de croissance sont particulièrement élevés - 46 et 43 pour cent respectivement.

Il faut renforcer les efforts pour encourager l’allaitement maternel exclusif dans ces régions, améliorer les pratiques hygiéniques des familles ainsi que l’accès à l’eau et à l’assainissement, a dit Sylvestre Tapsoba, spécialiste de la nutrition au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

La stratégie nutritionnelle élaborée par le gouvernement a mis l’accent sur l’amélioration de l’accès aux programmes de soins de santé basés sur la nutrition dans les zones rurales. Elle prévoit la construction de 1 688 cliniques de santé dans 13 districts, en mettant l’accent sur la prévention et le traitement de la malnutrition.

Mais, a dit Mme. Rinaldi, il est nécessaire de tendre la main aux populations rurales, car si un effort conséquent n’est pas consenti, le cycle de la malnutrition ne sera pas rompu.

HELP a sensibilisé les populations des communautés de Dori et Shebba, en expliquant que les femmes enceintes et les enfants en bas âge pouvaient bénéficier de soins de santé gratuits et d’un dépistage de la malnutrition. Dans ces districts, le taux de fréquentation des centres de traitement nutritionnel a bondi de 600 pour cent au cours de l’année 2013. La malnutrition aiguë est souvent due à une maladie non traitée, donc le fait de fournir des soins de santé gratuits aux enfants de moins de cinq ans encourage les familles à faire appel aux services de santé, a dit Mme. Rinaldi.

Mais le retard de croissance est souvent moins visible que la malnutrition aiguë et a donc plus de risques de passer inaperçu, a reconnu M. Ouaro, ministre de la Santé.

Les déficiences en micronutriments contribuant au retard de croissance, le gouvernement a recommandé aux familles d’offrir un régime alimentaire plus varié aux enfants après le sevrage. Il encourage également la consommation d’aliments enrichis. En 2009, le gouvernement a instauré l’obligation de fortifier certaines huiles en vitamine A, le sel en iode et la farine en fer et en acide folique.

Mais il est difficile de faire passer le message dans tout le pays, particulièrement dans les zones rurales isolées, a dit M. Ouaro.

Problème de financement

Le financement de la lutte contre la malnutrition - qui a sensiblement augmenté entre 2006 et 2013 - favorise en général le traitement de la malnutrition aiguë au détriment de la prévention de la malnutrition chronique, a dit M. Tapsoba.

Lors de la Conférence internationale de Paris de lutte contre la malnutrition infantile organisée par l’UNICEF en 2013, le gouvernement du Burkina Faso a demandé 35 millions de dollars pour lutter contre la malnutrition pour la période 2013-2015, en mettant l’accent sur l’importance de la prévention. Les bailleurs de fonds ont financé des projets de nutrition à hauteur de 19,2 millions de dollars dans le cadre de l’appel de 2013, mais cela n’a pas suffi à faire la différence dans les efforts de prévention de la malnutrition, a dit M. Tapsoba.

Même 35 millions de dollars ne suffiraient pas, a-t-il dit.

« Ce budget prévisionnel est bien inférieur aux besoins actuels de renforcement des interventions de prévention en cours », a-t-il dit à IRIN.

Si l’on ne fait rien de plus pour prévenir les retards de croissance, le million d’enfants qui souffrent de malnutrition chronique au Burkina Faso « risquent de ne jamais atteindre leur potentiel physique, intellectuel ou de développement, ou risquent de mourir de diarrhée ou d’autres maladies infectieuses », a-t-il prévenu.

Plus de 45 pour cent des décès d’enfants de moins de cinq ans dans le monde peuvent être attribués directement ou indirectement à la malnutrition, selon l’UNICEF. Les enfants atteints de malnutrition mesurent en moyenne de 10 à 15 cm de moins et ont un QI inférieur de 10 à 15 points, et ils sont plus susceptibles de quitter l’école prématurément, selon M. Tapsoba.

Source : http://www.irinnews.org/

 
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