jeudi, 18 juillet 2019
 

Côte d’Ivoire : l’Union africaine divisée

Le président de l’organisation panafricaine à Abidjan

Bingu wa Mutharika prend les choses en main. Après l’échec du Premier ministre kényan Raila Odinga, le médiateur qu’il avait désigné, le président de l’Union africaine (UA) a débarqué mardi midi à Abidjan pour une « visite d’information », sans avoir annoncé au préalable sa venue à la presse. Il a été accueilli à l’aéroport par le Premier ministre du gouvernement Gbagbo, Aké N’Gbo, et son ministre des Affaires étrangères Alcide Djédjé. Il doit rencontrer les deux présidents ivoiriens proclamés, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, ainsi que le chef de l’opération de l’ONU en Côte d`Ivoire (Onuci), Choi Young-Jin. Selon une source diplomatique africaine à Abidjan qui s’est livrée à l’AFP, Bingu wa Mutharika n’effectuera pas de médiation entre les principaux protagonistes de la crise ivoirienne, mais recueillera les informations qui lui permettront d’établir un rapport présenté lors du prochain sommet de l’organisation panafricaine prévu du 29 au 31 janvier à Addis Abeba, en Ethiopie.

La semaine dernière, Raila Odinga a publiquement confessé l’échec de sa médiation. « Malgré des discussions approfondies avec M. Laurent Gbagbo et avec le président élu Alassane Ouattara, qui se sont prolongées très tard dans la nuit, j’ai le regret d’annoncer que les progrès requis ne se sont pas matérialisés », a-t-il déclaré mercredi, lors de sa dernière tentative. N’ayant pas réussi, comme le réclame officiellement l’Union africaine depuis le 8 décembre, à faire Laurent Gbagbo céder le pouvoir à son rival, le Premier ministre kényan a déclaré vendredi, à Nairobi, qu’à défaut d’accord négocié les membres de l’Union africaine devraient se « résoudre à d’autres mesures telles que l`isolement diplomatique et des sanctions économiques et commerciales ». Une position en deçà de celle de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui menace depuis le 24 décembre de déloger Laurent Gbagbo par la force. Lundi, le ministre des Affaires étrangères, Odein Ajumogobia, au nom de la CEDEAO, annonçait via la presse de son pays que le Nigeria avait demandé à l’ONU le pouvoir d’user de la force militaire pour chasser l’hôte du palais présidentiel ivoirien.

Nouvelle discordance au sein de l’UA

Cependant, jour après jour, l’unité affichée des chefs d’Etats africains contre Laurent Gbagbo laisse apparaître des failles. En plus du président angolais José Eduardo dos Santos qui, d’emblée, avait refusé de condamner Laurent Gbago et de réclamer sa démission, d’autres chefs d’Etats se sont démarqués de la position officielle de l’UA. John Atta Mills, le président Ghanéen, avait le 30 décembre déclaré qu’il n’enverrait pas ses troupes en Côte d’Ivoire, et une semaine plus tard, le 7 janvier, lors d’une conférence de presse, il avait précisé qu’il soutiendrait le gouvernement ivoirien « quel qu’il soit ». Ce mardi, c’est le président ougandais Yoweri Museveni, par la voix de son porte-parole Tamale Mirundi, dont les propos ont été diffusés dans le journal national Daily Monitor, qui s’est opposé à la reconnaissance par l’ONU d’Alassane Ouattara comme président élu de la Côte d’Ivoire. « L’Ouganda n’est pas d’accord avec l’Onu et la communauté internationale au sujet de la Côte d’Ivoire », a déclaré M. Mirundi, citant le président ougandais. « Il faut une approche sérieuse qui comprenne une enquête sur le processus (électoral), notamment sur l’élaboration des listes électorales et sur l’identité des électeurs », a poursuivi Yoweri Museveni, cité par son porte-parole. « Chaque pays dispose d’une Constitution et d’un cadre permettant de régler les problèmes internes », a souligné M. Museveni qui, le 18 février, tentera d’obtenir un quatrième mandat à la tête de l’Ouganda qu’il dirige d’une main de fer depuis 1986.

Vendredi dernier, le 21 janvier, c’est le président sud-africain Jacob Zuma qui, après un entretien avec Yoweri Museveni en visite dans son pays, avait estimé que l’annonce des résultats en Côte d’Ivoire faisait apparaître des « contradictions ». « Nous devons faire autre chose que de demander à l’un des deux leaders de partir », avait-il déclaré avant de proposer qu’un moyen de vérifier les « graves accusations » d’irrégularités électorales soit trouvé et de donner rendez-vous à ses pairs le 30 janvier, à Addis Abeba, pour en débattre. L’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, médiateur infructueux de l’UA en Côte d’Ivoire début décembre, avait déjà prévenu qu’il ne fallait pas diaboliser Laurent Gbagbo. « La crise actuelle ne vient pas d’un conflit entre anges et démons », écrivait Thabo Mbeki le 7 décembre dans une lettre transmise au président de la commission de l’UA, Jean Ping, au retour d’une mission de médiation en Côte d’Ivoire. « Le seul moyen de résoudre la crise ivoirienne est de convaincre Gbagbo et (son rival Allassane) Ouattara de négocier », poursuivait l’ex-chef d’Etat, en mettant en garde contre le risque de « guerre très destructrice » en l’absence de dialogue, dans le document révélé lundi par le quotidien sud-africain The Times. Thabo Mbeki, qui a supervisé en 2008 la signature d’un accord de partage du pouvoir au Zimbabwe, prône en Côte d’Ivoire une « solution qui englobe toutes les parties ».

Le week-end prochain, en Ethiopie, les membres de l’Union africaine [1] devraient à nouveau plancher sur le meilleur moyen de conduire la crise ivoirienne vers une issue pacifique.

[1] 53 moins 1, la Côte d’Ivoire ayant été suspendue

 
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