samedi, 23 février 2019
 

Côte d’Ivoire : la ruine presque cocasse de l’intellectualité en Afrique

La grande faillite des intellectuels africains au sujet de la Côte d’Ivoire provient de ce qu’ils n’ont pas su (ou pu ?) réajuster leurs schèmes d’analyses à la nouvelle géopolitique mondiale subséquente à la chute du stalinisme en URSS. Ces intellectuels se croient encore en pleine guerre froide. Et pourtant, l’ingénu de Voltaire, qui vit et survit dans les élobis de nos quartiers, a quitté le manichéisme de la guerre froide depuis belle lurette. Mais nos Jean-Paul Sartre locaux (ou diasporés) s’y complaisent encore, se soutenant les uns les autres dans un chorus d’idées branlantes.

Or l’impérialisme lui-même s’est réajusté après la chute de l’URSS ! Dans sa quête d’un nouvel ennemi à brandir pour justifier ses actes de prédation, il s’est tourné vers ses propres fabrications antérieures : les talibans. Et ces talibans ne sont en réalité qu’une maigre poignée de gens dont Washington et ses amis pourraient se débarrasser en un tournemain. Mais alors, quel autre justificatif auraient-ils alors pour leurs perpétuelles guerres de rapine ?

Par ailleurs, et le plus sérieusement du monde, leurs idéologues (et quelques dirigeants états-uniens) ont envisagé une « guerre des civilisations » contre les pays musulmans. L’impérialisme, nous l’a dit Lénine il y a belle lurette, a besoin de la guerre comme l’organisme animal a besoin de sang.

Avec le soulèvement des peuples arabes, l’impérialisme, pour ne pas être pris à défaut comme nos intellectuels « progressistes », cherche à nouveau à se réadapter. Car, que peut ouvertement cet impérialisme contre des peuples qui, s’emparant de ses propres professions de foi universalistes pour la démocratie et les droits de l’homme, se dressent contre les dictatures dont cet impérialisme était le soutien inconditionnel ? Et l’on comprend qu’Obama, Sarkozy et leurs copains veuillent désormais prendre les devants pour éviter la radicalisation de ces révoltes.

Et que disent nos intellectuels demeurés face à ces nouveaux enjeux ? Dans le droit fil de leurs interprétations oiseuses de ce qui se passe en Côte d’Ivoire, ils inventent le mythe selon lequel ce sont Obama, Sarkhozy et leurs copains qui seraient derrières les révoltes arabes, déniant ainsi aux peuples la capacité de se révolter pour tenter de prendre leur destin en main. Drôle de posture intellectuelle quand on est Kamerunais et qu’on a connu (au moins par ouï-dire) la gigantesque épopée du peuple kamerunais sous la direction de l’UPC !

Pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, quelle est sa place dans le schéma ci-dessus esquissé de manière sommaire ? Les choses sont d’une simplicité à faire pleurer : sous Houphouët comme sous Gbagbo, la Côte d’Ivoire a été et reste la « propriété » de la France, laquelle, dans une sorte de gentlemen’s agreement, autorise ses alliés impérialistes à y faire des affaires. Avec Ouattara, la situation ne sera certainement pas différente. Mais ici, l’avantage pour le peuple ivoirien et l’Afrique en général, c’est que la démocratisation de la vie politique et l’alternance constituent déjà en elles-mêmes un grand pas vers la conscientisation et la politisation des masses. Pour le comprendre, il ne suffit que d’imaginer le formidable souffle qui soulèvera le Kamerun quand Biya s’en ira, quel que soit par ailleurs son successeur !

Gbagbo aurait dû comprendre et mettre en pratique ce principe d’un forumiste kamerunais : gouverner pour le bien-être de son peuple, instaurer la démocratie de manière à ce que ce peuple soit le souverain maitre de son destin et qu’il puisse mettre et démettre ses dirigeants, c’est, quoiqu’on puisse en dire, gagner déjà une bataille contre l’impérialisme.

Mais Gbagbo ne pouvait le comprendre. Il était aussi anti-impérialiste que moi je suis pape.

Les dieux en soient remerciés, l’URSS staliniste est tombée. Sinon, en CI, nous aurions vu les Occidentaux soutenir Ouattara tandis que ladite URSS aurait soutenu l’usurpateur Gbgabo. Et la guerre aurait duré un siècle pour la plus grande satisfaction « anti-impérialiste » de ces étranges intellectuels que sont Calixte Beyala, Gaston Kelman et d’autres qui, s’ébrouant dans un avatar de négritude (à rebours), expulsent joyeusement les Nasser du panafricanisme en le confondant allègrement avec le « pan-négrisme. »

Qu’est-ce qu’il serait utile, pour les temps à venir, de passer en revue l’illogisme et la rhétorique des bas-fonds qui ont accompagné la célébration béate du « panafricanisme » et de l’« anti-impérialisme » de l’imposteur Gbagbo ! Parce que l’histoire ne prend pas de congés ; parce qu’elle ne prend pas de vacances ; et parce que nous devons rester lucides et vigilants au possible..

Par Ghonda Nounga

Source : http://alternative-revolutionnaire....

 
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