lundi, 22 janvier 2018
 

Côte d’Ivoire : Ouattara Président pour longtemps ?

Depuis la fin de la crise remportée finalement par Ouattara contre Gbagbo, renvoyé manu militari renforcer le contingent des Africains jugés par la Cour pénale internationale, la Côte-d’Ivoire fait la part belle aux investisseurs français.

Pour son quatrième déplacement en Afrique subsaharienne après le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud, Nicole Bricq (ministre du Commerce extérieur du gouvernement Ayrault) s’est rendue en Côte-d’Ivoire le 19 novembre 2013. Pour elle, le pays fait partie des 47 pays prioritaires du commerce extérieur français. Alors que la Côte d’Ivoire sort d’une crise économique et politique profonde, la ministre a rappelé au président de la République, Alassane Ouattara et aux nombreux ministres ivoiriens présents (Commerce, Infrastructures économiques, Santé, Salubrité, Économie et Finances) le soutien apporté par la France au développement du pays – au travers d’une annulation de 913 M € de la dette par le club de Paris[1] et de l’aide publique au développement dans le cadre du contrat de désendettement développement qui s’élève à 2,89 M € – et la volonté des entreprises françaises d’y participer.

Outre ce soutien financier, la ministre a affirmé sa volonté d’accroître de 50 % les échanges commerciaux entre la Côte-d’Ivoire et la France d’ici 2017 (soit 2,25 M € contre 1,5 M € en 2012). Cet objectif peut être atteint par le biais de la participation des entreprises françaises aux grands projets d’infrastructures à l’image du chantier du pont Henri Konan Bédié (remporté par la filiale locale de Bouygues). Notons qu’Henri Konan Bédié est l’inventeur de l’ivoirité, ce terme qui jeta la Côte-d’Ivoire dans la mare aux crocodiles. Rallié à Ouattara après le premier tour des élections de 2010, il appela à voter contre Gbagbo qui avait pourtant repris l’ivoirité à son compte. Ce qui lui vaut peut être aujourd’hui d’avoir un pont à son nom.

Ouattara a obtenu le soutien indéfectible de la France pendant la crise et après celle-ci. Cet ancien fonctionnaire du FMI (Fonds monétaire international) a aussi reçu le soutien de son ancienne institution. Le taux de croissance de 2012 a atteint les 9,8 % et les prévisions oscillent autour de 8 % pour 2013 et 2014. La quasi annulation de la charge de la dette (elle a été divisée par trois) permet aujourd’hui aux investissements (surtout privés) de progresser car Ouattara est avant tout un libéral. En clair, l’argent devant servir au règlement de la dette extérieure est en partie converti en dépenses d’investissement privé-public. Cela permet à la Côte-d’Ivoire de rester la première puissance économique de l’UEMOA (Union économique monétaire ouest-africaine) dont elle représente 40 % du PIB. Elle pèse à elle seule 60 % des exportations de la CEDEAO.

Ouattara a donc de beaux jours devant lui. Avec le soutien de la Banque mondiale, du FMI, et de la France, une dette réduite et une opposition muselée, il est parti pour être président longtemps. D’ailleurs, après avoir été deux fois président de la CEDEAO, il ne veut pas d’un troisième mandat et dit vouloir se consacrer exclusivement à son pays. Certainement pour très longtemps.

Moulzo

[1] C’est en 2012 que le club de Paris a annulé la quasi-totalité de la dette. Mais comme tout le monde le sait, la France ne le fait pas pour les beaux yeux des Ivoiriens ni ceux de Ouattara mais pour elle-même.

 
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