lundi, 20 mai 2019
 

CÔTE D’IVOIRE : Retour progressif des enfants à l’école

ABIDJAN - La rentrée scolaire a eu lieu fin octobre en Côte d’Ivoire, mais la reprise se fait lentement en raison des difficultés rencontrées par de nombreux élèves pour retourner à l’école après les violences postélectorales qui ont perturbé les cours durant plusieurs mois dans de nombreux établissements.

À l’ouest du pays, le long de la frontière libérienne, les établissements situés entre les villages de Blolequin et de Toulepleu sont encore fermés, et de nombreux enfants ayant fui vers le Libéria [ http://www.irinnews.org/fr/reportfr... ] ou d’autres régions du pays avec leur famille ne sont toujours pas rentrés chez eux, a dit Paul Yao-Yao, coordonnateur du programme pour l’éducation de Save the Children à Abidjan.

Même à Abidjan, la capitale commerciale, le taux de présence était faible au moment de la réouverture des classes le 27 octobre. À l’école primaire de la banlieue nord d’Abobo Baole, seuls 60 élèves se sont présentés sur les 500 attendus ; certains professeurs ont fait classe devant 10 élèves seulement. Parmi les quatre écoles primaires et secondaires visitées par IRIN à Abidjan, toutes affichaient un taux de présence inférieur à 50 pour cent des élèves attendus.

La plupart des élèves d’Abobo Baole sont issus de familles pauvres et leurs parents prévoient de les renvoyer à l’école à partir du mois prochain, a dit Raoul Glao, le directeur de l’école primaire. Les écoles publiques sont gratuites en Côte d’Ivoire, de même que l’inscription et les fournitures, mais l’uniforme obligatoire et certains documents administratifs requis pour l’inscription, tels que le certificat de naissance, demeurent à la charge des parents.

Jennifer Hofmann, coordonnatrice de la section éducation (le cluster éducation) pour le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Abidjan, a dit qu’il n’était pas rare que la rentrée des classes se fasse lentement, et qu’elle pouvait s’étaler sur deux à trois semaines. Cette année toutefois, de nombreux élèves ont déjà pris du retard en raison des violences postélectorales qui ont éclaté en décembre 2010.

La moyenne des résultats aux examens nationaux a fortement diminué, a dit Kouadio Méa, directeur des écoles primaires et secondaires au ministère de l’Éducation. Le taux de réussite pour l’examen d’admission au secondaire était de 57 pour cent l’an dernier, contre plus de 70 pour cent ces dernières années. Le taux de réussite au baccalauréat est tombé de 34 à 21 pour cent.

Rattraper le retard

Selon les estimations de l’UNICEF, environ 140 000 élèves inscrits à l’école primaire publique n’ont pas pu terminer l’année scolaire 2010-2011. De nombreux élèves d’écoles privées ont également été touchés, leurs parents n’ayant pas les moyens de payer le dernier trimestre scolaire, a ajouté Mme Hofmann. Environ 20 000 élèves, principalement à l’ouest du pays, ont manqué l’examen d’entrée à l’école secondaire.

Pas moins d’un million d’enfants sur les 2,5 millions d’élèves du primaire ont été affectés par les cinq mois de crise politique, soit parce que leur école a fermé, soit parce qu’ils ont fui avec leur famille, d’après M. Yao-Yao.

Les écoles du nord du pays, sous le contrôle des rebelles à l’époque, ont fermé de janvier à avril après que le président élu Alassane Ouattara a appelé les fonctionnaires à cesser de collaborer avec le président sortant Laurent Gbagbo. Les écoles du sud, alors sous le contrôle du gouvernement sortant, ont fermé en avril en raison des violences.

Dans un rapport publié en juin 2011, l’UNICEF rapporte 224 attaques menées contre le système éducatif, dont la moitié à Abidjan. Dans certains cas, des écoles ont été visées après avoir servi de lieux de rassemblement politique ou en raison du soutien accordé par certains professeurs à M. Gbagbo.

« À l’ouest du pays, nous avons constaté des cas de représailles contre des écoles considérées comme partisanes durant la campagne présidentielle », a dit Mme Hofmann.

D’après l’UNICEF, près de 97 pour cent des écoles primaires publiques avaient rouvert leurs portes en juin 2011 et 86 pour cent des élèves avaient repris les cours, mais dans les villes de Divo, Man et Odienné, à l’ouest du pays, moins de 70 pour cent des élèves étaient retournés en classe.

Le retard peut parfois être dur à rattraper. « J’ai dû travailler dur tout l’été pour ne pas redoubler », a dit Mamoudou Sako, 14 ans, qui vient d’entamer sa quatrième année de secondaire à Abidjan. Cinq de ses anciens camarades de classe ont redoublé leur année et trois autres ne sont pas encore rentrés après avoir fui la ville.

D’après M. Méa, le ministère de l’Éducation a fait tout ce qui était en son pouvoir pour aider les élèves. « Nous avons prolongé l’année scolaire jusqu’à la fin juillet, ce qui s’est révélé suffisant pour certains élèves dans certaines écoles, mais pas pour d’autres qui ont manqué quatre mois de cours ».

Surmonter le traumatisme

Jeanne Acquah, professeure de littérature au Lycée Moderne, dans le quartier de Treichville à Abidjan, a dit qu’il n’était pas facile pour les élèves de retourner à la vie scolaire après plusieurs semaines de guerre. « Mes élèves étaient très stressés lorsque l’école a rouvert en mai dernier », a-t-elle remarqué.

Mamoudou, qui étudie au Lycée Moderne, confirme que ses amis et lui ont trouvé la reprise difficile. « Mes amis et moi étions vraiment traumatisés par les frappes à l’artillerie lourde et le bruit incessant des kalachnikovs ».

Il a dit qu’il avait souhaité parler de cette expérience, mais que les professeurs n’avaient pas voulu aborder le sujet. « Nous avons seulement respecté une minute de silence lorsque les professeurs ont dit : ’Ce qui s’est passé appartient au passé, nous devons aller de l’avant’ ».

L’UNICEF a tenté de s’attaquer au phénomène en formant plus de 5 000 professeurs de huit régions différentes à identifier les signes de traumatisme chez les enfants qui ont été exposés à la violence lors de la crise et à promouvoir des activités de loisirs pour aider les jeunes à s’en sortir.

« Certains enfants ont été déplacés ou ont vu leurs parents se faire tuer », a dit M. Yao-Yao. « Il est évident qu’ils ont vécu des traumatismes ».

Source : http://www.irinnews.org

 
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