vendredi, 15 décembre 2017
 

L’impérialisme français rentabilise la guerre en Côte d’Ivoire

L’arrestation de Gbagbo ne résout pas le conflit meurtrier qui sévit dans le pays. En outre, le soutien intéressé de la France à Ouattara va imposer une nouvelle dette aux Ivoiriens et faire les affaires des multinationales françaises.

La polémique continue de faire rage autour de la capture de Laurent Gbagbo, l’ancien président de Côte d’Ivoire. Ses partisans affirment que ce sont les soldats français du dispositif Licorne qui l’ont fait prisonnier. Les porte-parole d’Alassane Ouattara mais aussi de la France et de l’Onuci démentent, en s’en tenant à la version d’une opération menée entièrement par les hommes des Force nouvelles rebaptisées Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) de Ouattara.

En tout cas, sans les bombardements massifs aériens et terrestres du dispositif Licorne de l’armée française et de l’Onuci, les Forces républicaines n’auraient pas réussi à capturer Gbagbo ni vraisemblablement gagné la bataille d’Abidjan. L’aide de la France et de l’Onuci ne datent pas de la résolution 1975 de l’ONU. En effet plusieurs mois auparavant, ils ont préparé cette attaque avec l’aide des gouvernements burkinabé et nigérian, fourni armes et munitions, formé et entraîné l’encadrement des FRCI et assuré la logistique tout au long de l’offensive.

Une fois de plus, ce qui était présenté comme une opération humanitaire n’est qu’une intervention militaire pour installer le protégé de l’impérialisme. Ce n’est pas nouveau, déjà les expéditions coloniales se présentaient comme des missions civilisatrices.

Dans cette bataille pour le pouvoir, Gbagbo comme Ouattara se sont conduits en seigneurs de guerre, utilisant milices, mercenaires et autres supplétifs pour terroriser les populations en perpétrant les pires exactions. Évidemment, le bilan d’autosatisfaction de Juppé, ministre des Affaires étrangères – qui occupait le même poste à l’époque du génocide du Rwanda – souligne qu’aucun soldat français n’a trouvé la mort, mais se garde bien de communiquer le nombre de victimes ivoiriennes des bombardements français sur Abidjan. Les populations civiles continuent de vivre la peur au ventre dans des conditions extrêmement difficiles, tant pour ceux qui sont resté en Côte d’Ivoire que pour les réfugiés.

Les opérations de ratissage des FRCI contre les milices pro Gbagbo occasionnent de nombreuses violations des droits humains et des exécutions sommaires, à tel point que les organisations humanitaires comme Human Rights Watch et Amnesty International ont protesté. Dans le même temps, les partisans armés de Gbagbo se désagrègent et forment des petits groupes qui pillent et violentent la population.

Ouattara se trouve dans une situation fragile. Son élection reste contestable aux yeux de nombreux Ivoiriens, son refus dès la fin des élections d’un recomptage ne fait qu’augmenter la suspicion. Mais surtout, Ouattara se retrouve otage vis-à-vis des chefs de guerre des FRCI. En effet, ces «  Com Zone  » (commandants de zone) dirigent les régions du nord du pays et s’enrichissent en imposant un racket sur toutes les activités économiques. Il sera difficile à Ouattara d’imposer un État de droit qui suppose de faire le ménage. Les forces armées qui l’ont soutenu sont loin d’être unies, comme on a pu le constater lors des affrontements à Abidjan. Redevable aux chefs de guerre du nord du pays, il l’est aussi à l’Onuci mais surtout à la France qui veut faire de la Côte d’Ivoire un Eldorado pour les entreprises de l’hexagone, à la manière de ce qu’ont fait les USA avec l’Irak. Le gouvernement français vient de débloquer 400 millions d’euros sous forme de prêts pour la reconstruction du pays, soit plus du double de l’engagement de l’Union européenne.

Ces sommes iront directement dans la poche des multinationales françaises déjà très présentes dans le pays, pendant que le peuple ivoirien meurtri par la guerre se verra obligé de rembourser cette nouvelle dette… humanitaire.

Paul Martial

 
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