mardi, 13 novembre 2018
 

Réflexion sur la crise ivoirienne…

Après plus de trente ans de règne sans partage de Félix Houphêt Boigny jalonnés par le pillage des ressources, l’assassinat des opposants, la répression tous azimutes du peuple ivoirien au profit du capital financier international en complicité avec le PDCI (Parti Démocratique de la Côte d’Ivoire RDA), et la bourgeoisie nationale compradore, le peuple ivoirien s’est trouvé face à une série de crises infernales dont les origines remontent aux politiques criminelles, opaques, et injustes que le PDCI a mis en œuvre sous l’égide de F H. Boigny, celui là même que l’impérialisme a qualifié à tord raison « d’être le plus sage des présidents africains » !

En effet, depuis les indépendances en 1960, Félix H. Boigny n’a cessé de diviser l’Afrique, empêchant la naissance d’un front-unique anti-impérialiste au niveau du continent africain. Il a également oeuvré à la balkanisation de l’Afrique, et a défendu les intérêts de l’ancienne puissance coloniale (la France), et s’est érigé en parrain-mafieux contre toutes les formes de revendication démocratique, non seulement de son peuple, mais de tous les peuples africains qui aspiraient au changement, et à l’indépendance. C’est en dénonciation, et en résistance à cette politique néo- colonialiste, que le peuple ivoirien épris de justice, et d’indépendance a soutenu le FPI (Front patriotique ivoirien) de Laurent Gbagbo qui se disait progressiste, et pour qu’enfin la Côte d’Ivoire puisse devenir un État de droit.

La disparition de Félix H. Boigny (que son âme repose en enfer) en décembre 1993, n’a pourtant pas mis un frein aux pratiques d’antan qui ont toujours symbolisés son régime de plus de trois décennies : corruption, népotisme, clientélisme, gabegie, françafrique…, mieux ses héritiers politiques assoiffés de pouvoir, corrompus, et déconnectés des réalités quotidiennes du peuple ivoirien, ont inventé les concepts xénophobes, et racistes comme arme politique contre leurs adversaires. En ouvrant la boîte de pandore ( la xénophobie, et le racisme ) dont la Côte d’Ivoire devait s’en passer pour se réconcilier avec elle-même, les héritiers politiques de Boigny (Henri Konan Bédié, Laurent Donan Fologo…) ont ainsi plongé le pays, et l’Afrique dans une crise interminable qui a fait des milliers de victimes, et ouvrant la voie au coup d’Etat militaire du 25 décembre 1999. Avec l’arrivée des militaires, ceux- ci se sont accrochés au pouvoir, et ont consolidé le projet xénophobe d’Henri K. Bédié telle une malédiction en institutionnalisant, et constitutionnalisant la xénophobie, et le racisme dans la nouvelle constitution du pays adoptée de force sous un pseudo référendum. Suite au hold- up électoral orchestré par le Général Robert Gueyui en octobre 2000, le peuple ivoirien s’est levé comme un seul homme (à l’époque, nous étions parmi ceux qu’ont encouragé certains étudiants ivoiriens basés au Mali à soutenir Laurent Gbagbo) contre le pronunciamiento pour lui barrer la route, et le chasser du pouvoir. Cela a suscité beaucoup d’espoir de voir enfin le peuple ivoirien, et l’Afrique d’en finir avec toutes les formes de tentative de prendre la volonté populaire en otage.

Très rapidement Laurent Gbagbo dont le pouvoir est le fruit de cette « résistance populaire » a repris le discours xénophobe, et raciste de ses prédécesseurs pour servir ses propres intérêts politiciens, et classant une grande majorité de la population ivoirienne « citoyen de seconde zone ». C’est dans ce contexte qu’a eu lieu la rébellion en 2002, et dont l’avancée a été stoppée par ceux là même (la France, les États- Unis, l’ONU) que Laurent Gbagbo accuse aujourd’hui de partialité, et d’ingérence. Aujourd’hui, pris dans son propre jeu, il joue sur le « nationalisme malsain » pour s’attirer la sympathie des militants anti- colonialistes, et anti- impérialistes dans le monde entier, tient un discours démagogique accusant les uns d’être à la solde de l’extérieur, et les autres d’ingérence dans les prétendues affaires intérieures de la Côte d’Ivoire.

Ceux qui s’opposent aujourd’hui à une « intervention militaire » contre Gbagbo au nom du respect de « la souveraineté » ne disent rien sur les crimes de masses que le régime de Laurent Gbagbo a commis depuis 2000, et dont le charnier de Yopougon, et la marche de l’opposition violemment réprimée en 2004 (plus de 500 morts) en sont les évidences empiriques, sans pour autant compter les dernières en date. Ceux qui appellent « au respect de la souveraineté de la Côte d’Ivoire », ne sont pas objectifs dans leur démarche, car, cela consiste à aider un dictateur de se maintenir au pouvoir, et réprimer son propre peuple au nom de cette même « souveraineté ». Ceux qui pensent que la communauté dite internationale s’invite trop dans la « crise ivoirienne » oublient que cette même curieuse communauté a investi tout ce qu’il possède comme moyen (même si au fond ces moyens viennent du pillage des ressources de la Côte d’Ivoire, et de l’Afrique) pour maintenir Gbagbo au pouvoir au détriment du peuple ivoirien, ce qui a permis à ce dernier de jouer sur le temps, et retardant cinq ans durant la tenue des élections libres en Côte d’Ivoire, et faire endurer davantage la souffrance du peuple ivoirien.

La question qui se pose dès lors, est pourquoi Laurent Gbagbo n’a pas appelé au départ des forces d’interposition bien avant la tenue des élections ? Cet appel démagogique ne relève t-il pas aujourd’hui du machiavélisme politicien ? Le respect de la souveraineté de la Côte d’Ivoire passe par le délogement du régime de Laurent Gbagbo par tous les moyens, car celui- ci entrain de menacer non seulement le peuple ivoirien, mais les peuples frères épris de justice, et de liberté vivant en Côte d’Ivoire, si une intervention militaire se précise contre son régime. Cependant, un dictateur en cache un autre, sans complexe, nous ne soutenons point cette initiative guerrière de la CEDEAO, encore moins la politique de celui qu’elle veut installer à la place de Gbagbo. Malgré cette crise inouïe, et contre toute attente, nous sommes convaincus qu’il appartient au peuple ivoirien de défendre son vote, et déboulonner son dictateur comme ce fut le cas en 2000 avec le Général Robert Gueyui. Vu tous ses crimes, Laurent Gbagbo a rendez vous avec le peuple ivoirien, et l’Afrique est au tournent de son histoire après cinquante ans de crypto- indépendance.

Nous sommes de ceux qui pensent qu’il n’appartient à qui que ce soit d’engager une guerre contre un pays pour défendre quoi que ce soit, c’est pourquoi, en son temps, nous avons dénoncé la guerre en Irak, et avons soutenu le peuple irakien sans pour autant aider son dictateur. La même situation n’est elle pas entrain de se passer maintenant sous nos yeux en Côte d’Ivoire, mais seulement à des niveaux, et degrés différents. Nous faisons confiance au génie des peuples africains qui ont lutté contre l’esclavage, la colonisation, et toutes les formes de domination. L’heure est arrivée pour qu’il y ait « des solutions africaines aux problèmes africains », que l’Afrique assume ses responsabilités, ses échecs, et ses espoirs. Nous mettons en garde les opportunistes en Afrique, qui s’agitent au nom du principe de la « la souveraineté », car derrière ce discours confus, et amalgame ; promotion, et business trament. A l’occident, nous lançons un appel pressant à tous les anti- colonialistes de ne pas se laisser berner par leur sentiment anti- colonialiste, ni encore moins par la vielle recette qui consiste à faire de ce bras de fer meurtrier - Gbagbo d’une part, et d’autre part Alassane, et la communauté internationale - une « question de lutte contre le colonialisme, et l’impérialisme », car la crise ivoirienne actuelle n’a rien de similaire avec celle de l’Irak, de l’Afghanistan, ou encore moins de la Palestine. Le peuple souverain a parlé, et il faut le respecter, cela est aussi simple comme « bonjour ». Laurent Gbagbo entrain de tendre « aux militants anti- colonialistes dans le monde entier » un piège dont les conséquences vont se répercuter sur l’issu de notre combat contre la domination impérialiste.

Nous appelons à la prudence, et à une analyse objective des événements actuels de la Côte d’Ivoire. Notre réussite pour les années avenirs dépend du départ de Gbagbo du pouvoir, et de l’issu de la crise ivoirienne. Nous dévons soutenir la démocratie, et surtout « la vérité » même si elle se manifeste contre nous, sans quoi, nous allons continuer dans ce dicton malien qui dit : « qu’il ne faut pas nettoyer le caca par les urines ». L’Afrique réveille toi…

— Tahirou BAH écrivain un des acteurs du Mouvement des sans voix du Mali (également présent sur la lutte des Huicoma)

Bamako, le 04 janvier 2011

 
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