samedi, 21 octobre 2017
 

Gambie : Le président Jammeh doit passer la main

La FIDH et les organisations membres de la campagne #MonVoteDoitCompter appellent le président gambien Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans, à respecter les résultats de l’élection présidentielle du 1er décembre et transmettre le pouvoir au président élu Adama Barrow. La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine, les Nations unies et les diplomaties influentes doivent continuer leurs pressions en faveur du respect du résultat de l’élection présidentielle et de la Constitution et, le cas échéant, adopter les mesures de sanctions prévues par leurs textes fondamentaux respectifs.

« Le président Jammeh doit se conformer au verdict électoral rendu par le peuple gambien et remettre le pouvoir au président élu Adama Barrow. Après 22 ans de pouvoir sans partage, une transition démocratique en Gambie constituerait une avancée majeure pour l’Afrique et en particulier en Afrique de l’Ouest. » a déclaré Arnold Tsunga, vice-président de la FIDH.

Le climat reste tendu en Gambie 10 jours après la volte-face de Yahya Jammeh le menant à rejeter les résultats de l’élection présidentielle organisée le 1er décembre dernier.

La CEDEAO, lors de son sommet tenu le 17 décembre dernier à Abuja, au Nigeria, a réaffirmé sa détermination à faire respecter les principes démocratiques en Gambie. Ainsi, dans son communiqué final, la CEDEAO souligne qu’ « elle prendra toutes les actions nécessaires pour faire appliquer rigoureusement les résultats des élections du 1er décembre 2016 ». Cette décision contribue à accroître la pression sur Yahya Jammeh pour garantir une passation de pouvoir le 18 janvier 2017. Elle s’inscrit dans la mission menée le 13 décembre dernier, par la présidente en exercice de la CEDEAO et présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, qui s’était rendue accompagnée des présidents de la Sierra Leone, du Nigeria et du Ghana, MM. Ernest Bai Koroma, Muhammadu Buhari et John Dramani Mahama. La présence du ghanéen John Dramani Mahama, avait valeur de message symbolique quelques jours après qu’il ait reconnu sa propre défaite à l’élection présidentielle. Ces deux derniers ont été nommés co-médiateurs de la CEDEAO en Gambie.

« La CEDEAO, l’Union africaine et les Nations unies doivent poursuivre leurs efforts afin que le choix du peuple gambien librement exprimé soit pleinement respecté. Elles doivent se préparer à appliquer toutes les mesures nécessaires à l’encontre de Yahya Jammeh s’il s’entête à ne pas rendre le pouvoir le 19 janvier et donc à violer les règles de la démocratie. » a déclaré Me Drissa Traoré, vice-président de la FIDH.

Pour sa part, Yahya Jammeh durcit sa position et semble s’accrocher à tout prix au pouvoir. Battu dans les urnes, il a fait étalage de sa force en ordonnant, le 13 décembre, l’occupation du siège de la Commission électorale indépendante (IEC) par les bérets rouges de l’armée gambienne alors que la délégation de la CEDEAO était présente dans la capitale gambienne. Le même jour, le parti au pouvoir, l’Alliance pour la réorientation et la construction patriotiques (APRC), a déposé un recours pour contester les résultats de l’élection à la Cour suprême alors que cette dernière n’est pas fonctionnelle car ses juges n’ont pas encore été nommés.

De même, les soutiens au président élu Barrow ont été la cible de représailles. Le 19 décembre, Yahya Jammeh, a démis de ses fonctions Sheikh Omar Faye, ambassadeur de la Gambie aux États-Unis après que ce dernier ait publié une lettre ouverte sur les réseaux sociaux le 13 décembre, appelant Yahya Jammeh à transmettre le pouvoir au président élu Barrow et à respecter la volonté du peuple gambien ainsi que la Constitution. Ousmane Badjie, chef d’état-major de l’armée gambienne qui avait dans un premier temps apporté son soutien au président élu et demandé à l’armée d’en faire de même, a finalement déclaré rester fidèle à Yahya Jammeh. Le 9 décembre, quelques heures avant son revirement, Yahya Jammeh avait promu 49 militaires à des postes clefs au sein de l’armée.

« L’UA doit faire respecter ses textes et ses valeurs qui interdisent tout hold-up électoral. Si le président élu n’est pas investi le 19 janvier 2017, toutes les mesures prévues par les instruments de l’UA devront être envisagées, y inclus des sanctions ciblées et la suspension de la Gambie de ses instances. » a déclaré Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine.

À travers les dernières déclarations de son président en exercice, Idriss Deby Itno, et de son Conseil de paix et de sécurité, l’UA a clairement décidé « d’assurer le respect total de la volonté et du désir exprimés par le peuple de la Gambie » et de soutenir les efforts de la CEDEAO. Lors de sa 59ème session ordinaire, tenue du 21 octobre au 4 novembre 2016 à Banjul, en Gambie, la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP) avait d’ailleurs adopté une résolution sur la situation des droits de l’Homme dans le pays. Cette dernière condamnait, notamment, « tous les actes d’utilisation excessive et disproportionnée de la force contre les manifestants, d’agressions sexuelles contre des femmes détenues, mais également de torture et autres mauvais traitements infligés aux détenus » lors de la période pré-électorale, et demandait aux autorités gambiennes de « veiller à ce que les élections soient libres, équitables et pacifiques ». L’UA doit maintenant poser des actes concrets afin de garantir le respect des instruments régionaux et internationaux auxquels la Gambie a librement adhéré, et particulièrement à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et à la Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance, signée par l’État gambien en 2008.

 
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