lundi, 24 septembre 2018
 

Guinée : Dadis Camara doit partir !

Le peuple guinéen, une fois de plus est victime de l’armée. Les grèves générales de 2006 et 2007 avaient montré la violence et la brutalité avec laquelle les hommes du BATA (Bataillon Autonome des Troupes Aéroportées) et de la Garde Présidentielle avaient conduit la répression. Ce qui s’est passé le 28 septembre au stade de Conakry surpasse dans l’horreur et l’abomination ce que l’on avait connu. Les tueries, les viols les tabassages, ne sont pas le lot d’une quelconque bavure mais d’une volonté délibérée de la junte de terroriser les populations. La dernière communication d’Human Rights Watch démontre que ces actes étaient prémédités. Les responsables sont bien au camp d’Alpha Yaya Diallo.

Aucune illusion à se faire sur Camara

Dadis Camara a toujours était un soutien à l’ancien dictateur Lansana Conté même s’il restait dans l’ombre il jouait un rôle important. D’un coté il suscitait les mutineries et de l’autre il négociait les conditions de leur fin, ainsi il gagnait sur les deux tableaux en apparaissant indispensable au régime Conté, et en gagnant une popularité parmi les militaires pour lesquels il obtenait des avantages. En prenant le pouvoir, Camara avait juré que ni lui ni les autres membres de sa junte appelée indûment CNDD (Conseil National pour le Développement et la Démocratie), postuleraient aux élections présidentielles. Il avait déclaré aussi qu’il lutterait conte la corruption et le trafic de drogue. Le bilan est clair, il fait comme tout les autres dictateurs en s’inventant un appel du peuple qu’il le supplierait d’être candidat. Quant à la corruption, certes des corrompus ont été envoyé en prison, mais pour être aussitôt remplacé par les membres du CNDD. Personne ne peut être dupe du verbiage nationaliste et anti-impérialiste d’un Camara qui a toujours soutenu Conté qui a livré le pays aux multinationales contre rétribution pour lui et son clan, alors que dans le même temple les guinéens vivent dans un dénuement complet.

Soutien françafricain

Et aucune illusion à se faire sur le gouvernement français. Quelques jours avant le massacre du 28 septembre, Balkany un des membres des réseaux de la Françafrique se faisait l’avocat du dictateur, juste après, Joyandet déclarait qu’il suspendait la coopération militaire française, ce qui revient à dire que pendant les répressions lors des grèves générales de 2006 et 2007 qui ont fait des centaines de morts, la France continuait de collaborer. Un gouvernement français, qui dans les années 2000, avait formé la garde présidentielle, les mêmes qui systématiquement se distinguent dans la répression des mouvements populaires. Si le gouvernement français condamne la junte c’est par ce que Camara est un élément qui déstabilise la région et donc est une menace potentielle pour le climat des affaires des multi nationales comme l’a été dans son temps Charles Taylor et non pour des raisons humanitaires ou des droits humains. En effet, la France soutient sans état d’âme des dictateurs, qui renient leur parole pour s’accrocher aux pouvoirs comme Tanja au Niger, qui fait assassiner les opposants comme Deby au Tchad, qui fait tirer sur son peuple comme Biya au Cameroun ou Faure au Togo et la liste est longue.

Discrédité et isolé à l’internationale comme à l’intérieur, la junte est divisée malgré les efforts de Camara pour maintenir son unité. Les grandes mobilisations populaires, à l’image de ce que le pays a connu pendant la grève générale, peuvent faire plier le pouvoir militaire. Les pressions populaires peuvent être telles, que la peur peut changer de camp. Le départ de Camara ne doit être qu’un début pour la mise en place d’un gouvernement de transition qui répond aux urgences sociales des populations.

 
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