samedi, 15 décembre 2018
 

Guinée : La CNTG en proie à un bicéphalisme incendiaire

La Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), un des acteurs majeurs de l’évolution socio-politique rapide que la Guinée a connue la décennie passée, est aujourd’hui empêtrée dans une crise à son sommet. Le mal est arrivé avec le seizième congrès ordinaire qui s’est tenu du 22 au 24 septembre dernier, au Palais du peuple. A l’issue des assises de trois jours, un bureau exécutif ayant à sa tête, le camarade Amadou Diallo, a été élu. Mais dès le dimanche, c’est à un véritable coup de théâtre qu’on assiste quand, dans un communiqué lu sur les ondes de la télévision, un groupe composé d’autres membres de la CNTG, ont formellement dénoncé les procédures ayant abouti à l’élection du bureau dirigé par Amadou Diallo...

Ce front rebelle, conduit par le camarade Yamoussa Touré, l’un des deux autres candidats au poste de secrétaire général de la CNTG, reconvoque alors le congrès pour le lundi 26 septembre. Une nouvelle assise qui se conclut naturellement par la désignation de Yamoussa Touré, à la tête d’un second bureau. Et depuis, entre les deux camps, c’est un infernal affrontement, via les médias..

Dans cette guéguerre, chacun invoque paradoxalement les textes régissant la même institution, pour se donner raison. Au-delà des vices de procédures reprochés à la démarche ayant abouti à l’élection de son concurrent, le camp de Yamoussa Touré dit contester la désignation de ce dernier, en raison d’une disposition réglementaire qui interdirait à tout postulant à un poste de responsabilité syndicale d’assumer concomitamment une fonction décisionnelle, dans un autre secteur ou institution. Or, Amadou Diallo est parallèlement inspecteur général au ministère des travaux publics. Pour sa défense, ce dernier s’empresse alors de préciser que c’est là une fonction technique, et non de décision.

Les choses si délicates qu’on n’hésite pas à recourir à la subtilité de la sémantique, comme moyen de défense ou d’accusation. Mais Amadou Diallo estime de son côté compter sur le caractère démocratique de son élection. A propos, il rappelle volontiers que sur les 115 membres statutaires devant assister au congrès ordinaire, 113 étaient présents à celui qui s’est tenu du 22 au 24 septembre. En ce qui concerne ceux qui avaient choisi de bouder son élection, Amadou Diallo les estime à seulement à 15. Ce qui l’amène à se prévaloir de la présence effective des 98 autres membres statutaires.

En attendant d’en savoir plus sur la suite, on peut faire remarquer que le bureau exécutif d’Amadou Diallo semble bénéficier de l’avantage d’avoir déjà occupé le siège de la CNTG, situé à la Bourse du Travail. "Un siège d’où lui et les membres de son bureau, seraient bientôt délogés", à en croire les menaces de Yamoussa Touré. Tout naturellement, Amadou Diallo dit "n’accorder aucun crédit et ne prend nullement au sérieux ces menaces".

Dans cette bataille syndicale, il y a l’attitude de la RTG qui demeure trouble. En effet, sans qu’on ne sache pourquoi, le principal média de service public, a délibérément choisi de donner uniquement la parole au camp de Yamoussa Touré. Car après le communiqué du dimanche, la télévision nationale avait également couvert le congrès version Yamoussa. Alors que quasiment le point de vue d’Amadou Diallo et de son équipe, n’aura été entendu nulle part. Une attitude la RTG qui fait dire à certains observateurs que les querelles syndicales, ne seraient que la face émergée des divergences politico-ethniques qui semblent n’épargner aucun pan de la société guinéenne actuellement.

Mais au-delà de toutes ces explications, il faut bien dire que les congressistes de la CNTG, ne sont pas exempts de tout reproche dans cette division avérée. Certains des électeurs, faisant montre d’une irresponsabilité notoire, auraient voté une première fois pour Amadou Diallo, avant de revenir voter pour Yamoussa Touré.

Boubacar Sanso Barry

Source : http://www.guineeconakry.info

 
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