samedi, 20 octobre 2018
 

Guinée : Neuf ans après le massacre du 28 septembre, rendre enfin justice

Personne n’a encore été jugé en Guinée pour le massacre du Stade du 28 septembre à Conakry, où au moins 156 opposants furent tués et plus d’une centaine de femmes violées, ont déclaré aujourd’hui cinq organisations de défense des droits humains. Ces organisations sont l’Association des Victimes, Parents et Amies du 28 Septembre 2009 (AVIPA), l’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme (OGDH), la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), Amnesty International, et Human Rights Watch.

Si l’instruction est clôturée depuis fin 2017, il est impératif que les juges soient nommés et qu’un calendrier soit établi. Ce sont les conditions pour que ce procès emblématique puisse s’ouvrir en 2019, et que ses 13 inculpés – dont trois incarcérés en dehors des délais légaux – soient enfin jugés.

Le 9 avril 2018, le ministre de la Justice Cheick Sako a mis en place un Comité de pilotage du procès chargé de son organisation pratique. Ce comité doit se doter au plus vite d’une feuille de route claire, afin d’avancer efficacement vers le procès.

Si ce comité devait se réunir toutes les semaines, il ne s’est réuni que deux fois en six mois, faisant planer des doutes sur la tenue rapide d’un procès. Pourtant le procès est à portée de main et plusieurs bailleurs internationaux se disent toujours prêts à le soutenir, ont déclaré les organisations.

« Des personnes ont été abattues, des femmes ont été violées et, pour la première fois dans l’histoire de la Guinée, des hommes en uniforme ont été inculpés » a déclaré Asmaou Diallo, présidente de l’AVIPA.

« Il n’y a désormais plus aucune raison de pas avancer rapidement vers la tenue du procès. Mais sans appui politique au travail réalisé par le Ministère de la Justice, l’affaire risque de s’enliser, alors qu’elle est attendue depuis près de 10 ans par les victimes, leur famille, et tout le peuple guinéen. »

Les organisations exhortent le Comité de pilotage à se réunir hebdomadairement tel que prévu par le décret portant sa création, et à déterminer rapidement le lieu du procès, son budget et ses besoins en support, et établir ses modalités logistiques et sécuritaires. En particulier, le comité devra prendre des dispositions pour la participation de l’ex-chef de la junte Moussa Dadis Camara, inculpé dans cette affaire et qui a toujours annoncé qu’il participerait au procès malgré son exil au Burkina Faso. Dans le même temps, des juges expérimentés doivent être nommés sans délais afin de commencer leur travail sur ce dossier d’envergure.

Si ces étapes opérationnelles sont rapidement surmontables, le procès nécessite un soutien politique au plus haut niveau pour garantir la mise en place d’une justice forte et impartiale, compte tenu des risques d’influence perçus ou réels par certains inculpés qui occupent toujours des postes au sein de l’administration.

« Juger les violences politiques n’est plus taboue en Guinée » a déclaré Abdoul Gadiry Diallo, président de l’OGDH. « L’ouverture sur le passé douloureux montre que la société guinéenne attend le jugement des auteurs des crimes politiques les plus récents et infamants, et souhaite mettre fin à l’impunité totale dont bénéficièrent les auteurs de graves violations des droits humains pendant des décennies. Il est maintenant temps qu’un nouveau chapitre commence et que les victimes comme les accusés des crimes commis au stade le 28 septembre 2009 puissent être entendus devant la justice. »

 
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