mardi, 26 septembre 2017
 

Accord de défense France-Mali : un retour au temps béni des colonies

Ou comment les Maliens seront privés de leur souveraineté si le partenariat de défense en préparation entre la France et le Mali est signé.

L’opération Serval vient de fêter sa première année. En guise d’anniversaire de cette intervention de la France au Mali, censée restaurer la souveraineté de ce pays mais qui a contribué dans les faits à sa mise sous tutelle politique, militaire et économique, les deux pays ont annoncé leur intention de signer un accord de coopération de défense qui marque un grave retour en arrière sur le plan de l’indépendance et de la souveraineté maliennes.

Alors que le gouvernement français précédent avait eu la démarche de soumettre au Parlement huit « partenariats de défense » destinés à remplacer les accords signés au lendemain des indépendances africaines avec certaines anciennes colonies françaises, c’est dans le plus grand secret qu’un accord de défense avec le Mali devait être signé le 20 janvier.

Le symbole négatif que représentait la signature d’un tel accord le jour de la fête de l’Armée au Mali, conjugué aux nombreuses protestations émanant de journalistes, organisations de la société civile, partis politiques maliens a repoussé la conclusion de l’accord.

Dans l’attente d’une nouvelle date de signature, on ne peut que s’interroger de voir un État comme la France, donneur de leçons récurrentes de « bonne gouvernance » à la fragile démocratie malienne, faire signer un accord aussi important sans que le parlement français ne soit consulté.

A l’annonce d’un tel passage en force la classe politique et les élus de bons nombres de régimes démocratiques s’insurgeraient, comme l’ont d’ailleurs fait certains responsables politiques maliens, réclamant la consultation de l’Assemblée nationale malienne. Pourtant, les informations sur cet accord, révélées par Le Monde du 31 décembre et laissant présager d’une mainmise croissante de la France sur le Mali dans un domaine souverain, la défense, n’ont ému personne parmi la société civile française comme parmi les membres du parlement français, lesquels se voient pourtant dessaisir d’une partie hautement symbolique de leurs prérogatives.

Si la tendance de ces dernières années était à l’amorce d’une réduction de la présence de l’armée française en Afrique, cet accord de la discorde entérine le maintien sur le territoire malien d’une force permanente d’un millier d’hommes, sous couvert de lutte antiterroriste. Un tel déploiement permanent irait à l’encontre de l’histoire des relations militaires entre la France et le Mali et de l’accord de coopération militaire de 1985 entre les deux pays, qui stipule explicitement l’impossibilité de déployer des unités constituées de l’armée française sur le territoire malien. Il consacre également le caractère bilatéral de l’engagement français au Mali, alors même que les autorités françaises ont toujours prétendu agir dans un cadre onusien.

La France, discrète mais sûre d’elle, annonce ainsi qu’elle va fouler aux pieds la souveraineté de l’Etat malien, déjà mise à mal par la situation à Kidal :

« Paris agira selon ses besoins. S’il s’agit officiellement de mieux échanger le renseignement, cela n’ira pas jusqu’à informer au préalable les autorités maliennes des actions entreprises », peut-on lire dans l’article du Monde.

On y apprend également que la tutelle exercée par les militaires français sur les troupes maliennes sera pérennisée puisque des détachements français encadreront l’armée nationale, mais qu’en plus Serval pourra jouer le rôle de « “force de réaction rapide” pour l’armée malienne ». En vertu de cet accord, la France sera de fait toute puissante sur le territoire malien, reléguant le Mali au rang de simple département comme au temps de la colonisation.

Ironie de l’Histoire, le 20 janvier, date à laquelle devait être signé cet accord, correspond à la commémoration de la journée de l’année 1961 au cours de laquelle le président Modibo Keïta du Mali indépendant avait formellement demandé à la France d’évacuer les bases militaires de Bamako, Kati, Gao et Tessalit. Ce qu’elle a fait, pour mieux revenir 54 ans plus tard.

Boubacar Boris Diop, écrivain (Sénégal), coauteur de La gloire des imposteurs ; Issa Ndiaye, président du Forum Civique Mali (Mali) ; Fabrice Tarrit, président de Survie (France)

 
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