samedi, 25 novembre 2017
 

Au Mali : le cercle vicieux de l’endettement paysan

Cette couche vulnérable ploie sous le poids d’une dette qu’elle n’arrive pas à honorer en raison des multiples chausses-trappes financières. Le défunt président guinéen Ahmed Sékou Touré avait l’habitude de dire que « toute aide qui n’ aide pas à se passer d’elle est à rejeter ». Cette célèbre citation traduit aujourd’hui l’état d’endettement du paysan malien.

La Coalition des alternatives africaines Dette et Développement Mali (CAD-Mali) a organisé la semaine dernière une session de formation à l’intention d’une trentaine de journalistes de la presse publique et privée audiovisuelle et écrite. La session de formation a enregistré la présence des journalistes de Bamako, de Koulikoro, Sikasso, Ségou, Niono, Diabaly, Douentza et Mopti.

L’atelier avait pour objet de renforcer les capacités des organes de la presse publique et privée sur les mécanismes et instruments d’endettement paysan. La formation de la CAD-Mali s’inscrivait dans le cadre des activités de son Programme triennal 2012-2014 intitulés « Actions citoyennes de construction d’opinions publiques, d’alternatives et de mobilisations populaires contre les endettements et les violations des droits humains ». Ce programme est financé par l’ONG Oxfam Novib. Dans le cadre de la mise en œuvre de ce programme, une étude sur l’endettement paysan en zones Office du Niger, Compagnie malienne de développement des textiles (Holding CMDT), Office de la Haute vallée du Niger (OHVN) et à San. La CAD-Mali a organisé l’atelier de formation des journalistes afin de partager les résultats de l’étude menée dans les zones en question et d’amener les organes de presse à promouvoir le plaidoyer pour le financement public adéquat de l’agriculture.

L’agriculture occupe une proportion importante de la population rurale, elle contribue pour 40% du PIB national. Malgré cette contribution importante et incontournable à la richesse nationale, l’étude a révélé que les paysans demeurent la couche de la population la plus vulnérable au plan économique. Les journalistes ont pris connaissance des mécanismes et des instruments de la dette de façon générale. Il leur a été expliqué tout le processus d’endettement des paysans depuis les premières heures de l’indépendance jusqu’à nos jours.

Avec les différents changements de politique gouvernementale, l’Etat s’est progressivement désengagé de l’octroi du crédit agricole. Les différents plans d’ajustements structurels par lesquels le pays est passé n’ont pas non pu résoudre la problématique de la dette paysanne.

Excessif et pernicieux.

L’octroi du crédit agricole par le truchement des banques spécialisées et autres institutions de micro-finance opérant au plus près des paysans n’a pas également trouvé la solution à la quadrature du cercle. Ainsi, selon le consultant, le cercle vicieux de la dette paysanne se resserre d’année en année sur le paysan, l’asphyxiant un peu plus, sans pour autant l’aider à se sortir des ficelles de la dette. Les responsabilités de cet endettement excessif et pernicieux se situent à plusieurs niveaux, dont la première incombe à l’Etat qui ne veille pas à la moralisation de l’octroi du crédit paysan.

Les responsables de la CAD-Mali, sont convaincus que la fiscalisation du crédit par l’Etat a contribué à enfoncer davantage le paysan dans l’abîme. Les taux d’intérêts sont prohibitifs (entre 14 voire 18 et 24% l’an). Ils ne facilitent guère le remboursement adéquat du crédit contracté. Sans compter le fait que le paysan n’est pas toujours bien informé des pièges du financement qu’il contracte, ont dénoncé les représentants des organisations paysannes à l’atelier. Ces derniers ont également déploré les accaparements de terres et souhaitent la révision du titre foncier privé de l’Etat géré par l’Office du Niger.

Il est établi que tout Etat ne peut se développer convenablement sans assurer au préalable les fondamentaux de la croissance qui passent par la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation, le commerce, le transport, la transformation, la recherche etc. Les taux d’intérêt multiples et diffus, l’encours et le service de la dette sont autant de pratiques qui ont contribué à alourdir le fardeau de la dette paysanne. Ils constituent les sangles desquelles le paysan seul ne peut se défaire.

Le niveau d’équipement du paysan est très dérisoire et ses capacités financières ne peuvent pas lui permettre de s’équiper convenablement.

Or, la pratique des institutions financières ne le conduit pas non plus vers une autonomie. Le gouvernement doit veiller sur les mécanismes et instruments de la dette destinés aux paysans. La CAD-Mali recommande la mise en place d’un Observatoire de la dette et des fonds publics. Cette structure pourra veiller sur la moralisation des crédits notamment destinés aux paysans et au développement de l’agriculture.

La CAD-Mali souhaite que les journalistes ayant bénéficié de cette formation puissent l’aider à mener un plaidoyer vibrant pour alléger la dette paysanne. Cette couche sociale vulnérable est pourtant le socle de la sécurité alimentaire du pays.

M. COULIBALY

SOURCE : L’Essor du 18 déc 2013.

 
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