dimanche, 20 janvier 2019
 

Communication sur la crise malienne

Évidemment, qu’à l’état actuel nous sommes en guerre. Pour gagner la sécurité il faut nécessairement gagner la guerre. Mais cela ne suffit point d’autant plus que la paix doit se gagner également non pas par des armes mais aussi par le dialogue. Toute guerre finit toujours autour d’une table de négociation.

Effectivement, une Commission Dialogue Réconciliation (CDR) a été créé mais elle doit aller loin en y ajoutant le mot « justice » car sans justice la réconciliation est impossible. Cela est valable non seulement pour les leaders du MNLA mais aussi pour nos gouvernants coupables de haute trahison et de détournements de fonds, cause de l’état de dénuement de notre armée qui était une référence dans la sous région juste après les indépendances.

I- SECURITE :

Pour avoir une réelle sécurité, il faut une armée forte. L’armée malienne doit pouvoir assumer sa mission fondamentale en étant une armée républicaine au service de la nation. Pour ce faire, elle doit abandonner la sphère politique au profit des civils. A mon avis, une partie d’elle s’est rebellée face au drame de leurs camarades morts de façon cruelle à Aguelhoc. Tellement les fondements de l’État malien n’étaient pas solides que la mutinerie s’est transformée en coup d’État à partir du moment ou il n’y avait pas résistance et d’opposition populaire.

A sein de l’armée la récompense du mérite doit être son crédo ; de même que les recrutements dorénavant doivent centrés sur les aptitudes physiques, morales et intellectuelles des candidats. Le paiement de sommes d’argent, le népotisme ou le copinage pour se faire recruter doivent être bannis. Avec un territoire 2 fois et demi plus vaste que la France, le Mali doit avoir une armée mieux équipée tant en nombre de soldats qu’en matériels. Les nouvelles autorités du Mali doivent avoir le courage politique d’investir dans la sécurité de notre territoire tant aux frontières qu’à leur intérieur quitte à claquer la porte aux institutions financières internationales ( Fond Monétaire International et la Banque Mondiale).

L’erreur de l’intégration des anciens rebelles dans l’armée ne doit plus se reproduire. Ceux qui sont restés fidèles à la république doivent être repartis entre les différents camps militaires du pays de telle sorte qu’ils ne puissent constituer une unité capable d’agir.

II- GOUVERNANCE

1- Problématique des élections :

« Aller aux élections en juillet prochain sera un suicide pour le peuple malien », c’est un avis personnel. J’espère que le bon sens va guider les autorités de la transition. Ces élections nous sont imposées par la France et les États Unis, je ne sais pour quel seing ?

La décision d’organiser des élections en juillet prochain risque d’être lourde de conséquence. D’abord le pays n’est pas pacifié et que la guerre continue actuellement. Aussi l’administration est complètement absente des zones de guerre et ce n’est pas possible qu’elle s’y installe dans de meilleures conditions dans le délai de 3 mois. En outre, une grande partie des populations des régions nord du Mali est exilée soit en Algérie, au Burkina Faso, au Niger, en Mauritanie ou même au Mali dans d’autres régions. Donc, organiser des élections sans ces populations, c’est une atteinte à leur droit de vote.

Aussi, organiser des élections dans cette partie du pays ou des djihadistes n’ont pas dit leur dernier mot c’est mettre la vie de nos populations en danger d’autant plus que ces terroristes risquent de planifier des attentats pendant les scrutins.

On ne doit pas faire l’économie du danger que représente des élections bâclées et mal organisées car le risque de crise post – électorale est grand. Le Mali n’a pas besoin d’une crise dans une crise. Il convient aussi de préciser que le fait d’organiser des élections sans disqualifier les responsables politiques qui ont eu la gestion du Mali pendant des années et faire campagne avec des milliards détournés est une insulte à l’égard du peuple malien. Pour ma part, la solution la plus sage est de bien préparée nos élections avec le fichier Ravec qui a besoin de retouches. Que les politiques maliens arrêtent les calculs machiavéliques de reconnaître l’impossibilité de tenir les élections en juillet prochain.

2- Conférence Nationale Souveraine :

L’axe stratégique de sortie de crise reste une conférence nationale souveraine et réellement représentative des populations maliennes. Donc, pas de nécessite de faire un semblant de concertations.

Il faut nécessairement aborder les questions de fond, la crise de la gouvernance et la faillite de l’Etat et de la démocratie. Ainsi, faire un état des lieux sans complaisance et situer les responsabilités. Il faut que ceux qui ont eu à gérer ce pays rendent des comptes et soient au besoin sanctionnés. Je pense sincèrement qu’on ne peut pas faire autrement pour s’en sortir. Bien sur, il faut procéder à la relecture de tous les textes fondamentaux : constitution, charte des partis politiques, code électoral et même code pénal. Il faut également créer un code de déontologie des affaires publiques.

3- La restauration de l’Etat-nation :

N’a-t-on pas coutume de dire qu’il y a eu changement au Mali en mars 1991 ? Force est de reconnaître qu’il faut un nouveau changement en cette année 2013.

Avant même cette crise, l’État – nation du Mali est devenu un État néo-libéral, donc un État providence. Avec notre démocratie de façade, les frontières de l’État – nation se sont écroulées. Elle a fait du Mali un État gardien des intérêts privés.

Pour atteindre leur objectif, les autorités maliennes ont voté de lois essentielles sur la liquidation des établissements publics, industriels et commerciaux et des sociétés d’État : 1994, 2000 et 2001. Prenons par exemple la loi de 2001qui fixait les conditions des privatisations, le comble est que toutes les privatisations sont intervenues en dehors de cette même loi.

C’est l’adoption de ces textes qui a permis d’attirer les capitaux étrangers.Ils ont été les bases sur lesquelles la bourgeoisie moyenne intellectuelle sous Konaré et ATT a bâti sa fortune pour passer à la classe des milliardaires ( 21 milliardaires ADEMA, 48 milliardaires sous ATT : tous cadres de l’administration malienne).

Exemple de HUICOMA

L’État n’a pas respecté les dispositions de la loi n° 94-041 fixant les principes fondamentaux de la privatisation des entreprises publiques au Mali. En effet, aucun décret n’a été pris pour autoriser la cession des actions de l’État.

L’état a signé le protocole d’accord de cession avec le Groupe TOMOTA qui n’existait pas juridiquement au moment de la soumission des offres. Ce sont les documents et les pièces administratives de la société Graphique Industrie qui ont été produits par le soumissionnaire au soutien de ses offres techniques et financières, mais le contrat a été signé avec le Groupe TOMOTA. Ce Groupe n’a été créé que deux mois après l’ouverture des plis. Un rapport de la Banque Mondiale informe qu’entre 1992 et 1995, le Mali s’est fabriqué 21 milliardaires dont 18 fonctionnaires de l’État.

Depuis l’instauration du Vérificateur général de l’État en 2004, aucun de ses rapports annuels n’a fait l’objet de véritables poursuites alors que des milliards de F CFA sont détournés . A titre d’exemple, le rapport de 2009 a relevé un trou de 112 milliards 37 millions pour 22 structures contrôlées contre 98 milliards 24 millions pour celui de 2008. Comment peut-on comprendre dans un pays soi-disant pauvre que des fonctionnaires deviennent des milliardaires ?

Cas A.C.C.T ( Agence comptable centrale du Trésor) Manque à gagner en milliards de Francs CFA Fraude : 7,62 milliards Mauvaise gestion : 14,35 milliards Soit un total de 21,97 milliards dont seulement 8, 31 milliards ont été proposé au recouvrement pour quel résultat ?

En somme, pour sortir de cette crise, accaparons nous de l’idéologie selon laquelle la lutte des classes est loin d’être terminée comme nous l’ont fait croire le contraire les chantres du néo-libéralisme fossoyeur du plus grand nombre. Les notions de technocrate, de gestionnaire et culture managériale ont fini par affaiblir nos États. Il faut que nos autorités nouvelles arrêtent d’exécuter à la virgule près les décisions du G8 qui pense à notre place. Elle est ou notre souveraineté ?

Lorsque le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC deviennent les instruments de la marchandisation de notre vie, l’on doit se poser des questions. Les premières n’ont-elles pas soutenues la thèse selon laquelle des pays comme le Mali n’ont pas besoin d’avoir des budgets conséquents pour leurs armées ? Ce n’était – il pas une erreur de la part de nos autorités sachant que le Mali a connu plusieurs rebellions depuis l’indépendance ?

Dorénavant, nous devons avoir notre mot à dire et refuser les diktats de ces organisations qui ont encouragé nos autorités à privatiser même nos entreprises stratégiques synonymes de notre souveraineté. Par exemple, le socialisme d’Hugo Chavez n’est que la réactivation du droit international en appropriant les richesses nationales du Venezuela. Nous avons l’obligation de nous en inspirer, parce que le modèle qu’on nous impose est en faillite : Grèce, Espagne, Portugal et même la France..

4- Refondation de l’éducation :

Un autre élément fondamental à mon avis reste la question de l’éducation. La seule façon efficace et durable pour combattre les extrémistes religieux et autres passe par l’éducation en vue de la construction d’une nouvelle citoyenneté. Il faut investir dans la conscience des gens, c’est la clé de l’avenir. Il faut impérativement sortir le champ politique de la sphère du religieux. La religion doit rester dans les lieux de culte pas en dehors. Cela passe par la dissolution de multiples associations et la révision totale des lois sur les associations.

Il convient de préciser qu’avec l’avènement de la démocratie au Mali, l’école fut mise au marché surtout pendant les 2 derniers quinquennats. On a assisté à une prolifération d’établissements privés en violation de toutes les règles régissant le domaine très sensible de l’éducation. Toute logique de gratuité de l’école est mise en cause par les partisans du néo-libéralisme qui vont même jusqu’à dire que « la gratuité de l’école n’est pas synonyme de performance ». L’école malienne s’est éteinte à petit feu et le dernier président à même dit que le privé marche très bien au contraire du public. La solution réside au retour à une école publique débarrassée de tout syndicalisme politique de l’AEEM (Association des Élèves et Étudiants du Mali). La jeunesse doit être au cœur du nouveau dispositif de reconstruction du pays, pour y arriver tous les enfants du Mali en age d’aller à l’école doivent être scolarisés afin d’accroitre notre taux alphabétisation qui est hélas autour de 30%.Elle doit également prendre sa place dans toutes les instances politiques, administratives et économiques afin d’apporter sa fraicheur juvénile.

5- La terre aux paysans :

Ces 20 dernières années ont été un calvaire pour les paysans qui ont subi le phénomène des accaparements des terres agricoles partout au Mali et avec une certaine acuité dans la zone office du Niger. L’approche partenariat public / privé a permis la mise à disposition des biens publics au profit des bourgeoisies.

Exemples d’acquisitions :

De 2000 à 2010, l’État malien a concédé plus 800.000 ha de terres agricoles à des investisseurs privés dans la zone office du Niger.
- Grands Distributeurs Céréaliers du Mali de MODIBO KEITA 20.000 HA
- TOMOTA 100.000 HA pour l’agrocarburant
- MALIBYA (État Libyen)
- CEN -SAD 100.000 HA
- UEMOA 11.000 HA
- SENEGAL 25.000 HA

Le Syndicat des exploitants agricoles de la zone Office du Niger (SEXAGON), la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP), la C.A.D, SADI… sont les plus actifs dans la lutte contre le phénomène des accaparements des terres. La CNOP, en particulier, est devenue un acteur majeur au Mali. Elle regroupe l’ensemble des associations et fédérations paysannes. Elle a ainsi participé à l’élaboration de la loi d’orientation agricole malienne, en 2006, à travers un mémorandum paysan. Malgré son influence grandissante, et bien qu’elle soit devenue un interlocuteur crédible et écouté du ministère de l’Agriculture et des bailleurs de fonds, la portée concrète de son action demeure, à ce jour, limitée.

A l’avenir de telles organisations doivent se multiplier partout au Mali afin que la terre puisse revenir aux paysans qui nous font vivre et mieux sans OGM. Si le Mali veut devenir un État pionnier agricole, nos autorités doivent composer avec les paysans et non de spolier leurs terres au profit des multinationales en signant des contrats obscurs ( production de riz au départ et après quelques années, exploitation d’or ou uranium). Elles doivent également les aider afin de réaliser les transformations sur place qui pourraient accroitre leurs revenus. Cela nécessite, certes, des investissements que ne peuvent faire ni l’État ni les paysans eux-mêmes.

Donc s’il faut composer des fois avec les investisseurs privés, des préalables sont nécessaires : – le respect des lois et les règlementations en vigueur (E.I.E.S : étude, impact environnemental et social). – Lutter contre l’opacité. – une meilleure intégration des populations locales dans les processus d’étude et de réalisation des projets pour garantir de réelles retombées économiques afin d’éviter la constitution des rentes foncières et se prémunir des conséquences sociales et écologiques négatives. – La mise en œuvre systématique de compensations, d’indemnisations ou de projets « sociaux d’accompagnement » (écoles, hôpitaux, routes…) par les investisseurs eux-mêmes. – La reconnaissance des droits fonciers existants dits « coutumiers ou traditionnels ».

6- Place de la diaspora :

Parmi les acteurs du Mali, elle est l’un des rares à avoir jouer son rôle de façon remarquable dans l’édification de la nation malienne. Que dire ? Si ce n’est de continuer à œuvrer dans le cadre des actions solidaires telles que les coopérations décentralisées et les jumelages des villes françaises avec les villages et villes maliens est nécessaire . L’accent doit être mis sur l’usage des sommes d’argent envoyé aux familles qui sont aux pays. Une réorientation est indispensable afin que ces envois ne soient destinés à la pure consommation donc improductifs. En conséquence, de petits projets porteurs doivent être mis en œuvre afin que tout le monde y gagne.

III SOLUTIONS ET RECOMMENDATIONS

– Nécessité de mener un audit général de l’État et des institutions afin de situer les responsabilités. – L’émergence d’une véritable société civile. – Faire une enquête crédible et impartiale sur toutes les exactions commises pendant la guerre au nord. – Faire du désarmement des rebelles du MNLA sans condition une impérieuse nécessite. – Mettre fin aux anciennes pratiques qui consistaient à gagner la paix par la corruption des petits seigneurs de guerre le plus souvent touaregs. – L’éducation, la sensibilisation et le contrôle de l’État sur les religions. – Gagner la guerre par les armes ne suffit pas, il faut une défaite idéologique des djihadistes. – Prendre en charge la question du sous développement des régions du nord dans une stratégie globale sans favoriser une communauté par rapport à une autre. – S’inspirer du mouvement « trait d’union » qui face à l’endommagement du tissu social, la haine et la méfiance entre les communautés, a pour vocation de rassembler autour d’un projet partagé. Il veut contribuer à l’apaisement du climat social entre les communautés, à restaurer le vivre ensemble d’antan. – Organiser de très belles élections afin d’avoir des autorités légitimes.

Mohamed Diarra SG SADI – France

 
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