lundi, 23 octobre 2017
 

Coup d’Etat au Mali : Déclaration du Parena

Le 21 mars 2012 une mutinerie partie du camp Soundiata Keita de Kati s’est terminée par le renversement du Président Amadou Toumani Touré. Une junte militaire dirigée par le Capitaine Amadou Sanogo a proclamé, aux premières heures du 22 mars, la suspension de la Constitution et la dissolution de toutes les institutions de la République. Plusieurs personnalités politiques dont des Chefs d’institutions et des ministres ont été placées en état d’arrestation.

Le 22 mars, journée historique des martyrs de la Révolution démocratique de 1991, a été marquée dans les quartiers de Bamako par de très nombreux coups de feu tirés par des membres des forces armées et de sécurité circulant à bord de véhicules dont certains ont été réquisitionnés de force, de taxis et sur des motos. Des actes de pillage de biens publics et privés ont été perpétrés tout au long de la journée, les bureaux du Secrétaire Général de l’UNTM incendiés à la Bourse du travail.

La dégradation de la situation militaire au Nord notamment les revers subis par l’armée nationale depuis le début des attaques rebelles, le 17 janvier 2012 sont les causes immédiates du coup d’Etat survenu.

Le PARENA comprend les raisons de la légitime colère et de la frustration des forces armées et de sécurité qui auraient dû et qui doivent être mises dans toutes les conditions matérielles et morales pour s’acquitter de leur mission sacrée de défense du territoire et de la sécurité de la Nation. Nous continuons de penser que toutes les dispositions doivent être prises pour doter les Forces armées et de sécurité de moyens et d’équipements leur permettant d’assumer leurs responsabilités.

L’opinion nationale et internationale est témoin que depuis des années le PARENA réclame une autre façon de gérer le pays en général, une autre façon de gérer le Nord en particulier, car cette partie du pays est devenue un cocktail explosif du fait des activités de groupes islamistes, le narcotrafic et l’arrivée à nos frontières et sur le territoire (sans réaction appropriée du Gouvernement) d’anciens combattants de l’armée libyenne avec des moyens matériels colossaux.

Conscient que le déclenchement de la rébellion, le 17 janvier 2012, allait avoir des conséquences désastreuses sur l’unité et la cohésion nationales, sur le processus électoral, sur la démocratie et la République, le PARENA s’est impliqué avec d’autres partis pour trouver une issue politique démocratique à la crise.

Dans cette dynamique, le Parti a pris contact avec des leaders de la rébellion et plusieurs gouvernements de la sous-région dans le but de restaurer un environnement de sécurité, préserver l’intégrité du territoire et sauver les élections.

C’est dans ce contexte qu’est survenu le Coup d’Etat du 21 mars 2012 qui est l’aboutissement d’une crise qui couve depuis de longs mois. Si le groupe du capitaine Sanogo n’avait pas agi, un autre l’aurait pu. Le Coup d’Etat du 21 mars est l’expression de l’exaspération d’une armée humiliée, d’un peuple humilié.

Toutefois, ce Coup d’Etat n’est pas justifiable, d’autant qu’il survient à la veille d’échéances électorales qui auraient permis l’élection d’un nouveau président de la République.

Il nous ramène à des décennies en arrière. Il constitue un grave recul de notre démocratie même si celle-ci est loin d’être parfaite.

En outre, dans les circonstances exceptionnelles graves que le Mali traverse avec les menaces qui pèsent sur l’intégrité du territoire, sur l’unité du pays, sur la cohésion de la Nation, sur l’indépendance nationale avec les activités des groupes armés islamistes étrangers sur la terre sacrée du Mali, le Coup d’Etat porte en lui les germes d’une guerre civile ethnique et de la partition du pays.

C’est pourquoi le PARENA n’accepte pas ce Coup d’Etat et le condamne.

Le PARENA appelle au rétablissement, sans délai de l’ordre Constitutionnel.

Il exige la libération des personnalités politiques détenues et le respect de leur intégrité physique et morale.

Il réclame le respect de l’Etat de droit et les libertés publiques, la fin de l’atmosphère de peur créée et entretenue par les mouvements de militaires dans les villes notamment à Bamako.

Le PARENA invite la junte à s’engager urgemment dans un processus de négociation autour des axes suivants :

- le retour à l’ordre républicain et constitutionnel

- le retour (avec des garanties et modalités à convenir) des forces armées et de sécurité dans leurs casernes, brigades et commissariats dans le but de s’acquitter de leurs missions républicaines de défense de la Patrie, de préservation de la loi et de l’ordre,

- la détermination de la durée de la transition et l’organisation d’élections,

- l’amélioration des conditions de vie et de travail des forces armées et de sécurité,

- l’instauration d’un cessez-le-feu et l’ouverture du dialogue avec la rébellion.

Une fois ces conditions remplies, le président de la République démissionnera aussitôt de son plein gré, pour la stabilité du pays, afin de permettre l’installation d’une équipe de transition mise sur pied en accord avec les forces vives de la Nation.

Le PARENA en appelle à la conscience patriotique des Forces armées et de sécurité, de la classe politique, des syndicats, des confessions religieuses, des organisations de la société civile afin que chacun réalise que notre cher pays traverse une des heures les plus critiques de son Histoire millénaire.

Il en appelle aux compatriotes entrés en rébellion afin qu’ils cessent le feu unilatéralement et immédiatement et restent dans leurs positions actuelles afin d’éviter une détérioration irréversible de la situation générale du pays.

Le PARENA lance un vibrant appel à tous les pays voisins du Mali, nos frères, afin qu’ils réalisent que notre pays est en danger et qu’il a besoin de leur concours fraternel.

L’effondrement du Mali aura des répercussions sur le reste de la sous-région et ouvrira une ère d’instabilité et d’insécurité et de graves incertitudes dans la région.

 
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