lundi, 23 octobre 2017
 

Le Mali, « signal d’alarme » sur le narcotrafic

ACCRA - Lors du lancement de la nouvelle Commission sur l’impact du trafic de drogue sur la gouvernance, la sécurité et le développement en Afrique de l’Ouest, basée au Ghana, son président, Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigéria, a dit que la situation au Mali devrait faire office de « signal d’alarme » sur les risques d’un développement incontrôlé du crime organisé.

M. Obasanjo a qualifié le nord du pays de « repaire de narcotrafiquants, d’extrémistes et de criminels ».

Plusieurs groupes de recherche ont révélé des liens entre les trafiquants et les mouvements extrémistes du Sahel, qui utilisent les profits réalisés pour acheter des armes et financer des activités de terrorisme. Selon un rapport publié en 2012 par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) finance depuis une dizaine d’années une partie de ses activités au Nord-Mali grâce au trafic de drogue et de cigarettes et à des prises d’otage pour rançon. [ http://fr.africacenter.org/acss-pub... ]

Les analystes estiment qu’environ 60 tonnes de cocaïne passent chaque année par l’Afrique de l’Ouest. Selon les chiffres de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), 400 kg d’héroïne auraient transité par la région en 2011. D’après l’agence, ce commerce rapporterait environ 900 millions de dollars par an aux réseaux criminels. [ http://fr.africacenter.org/acss-pub... ]

Toujours selon l’UNODC, environ 15 pour cent des cigarettes fumées dans la région sont achetées sur le marché noir et transitent par l’Afrique de l’Ouest. AQMI et, dans une certaine mesure, le groupe dissident Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) taxent les trafiquants en échange de protection lors de leur passage.

« Les réseaux de crime organisé sont profondément impliqués dans le trafic. L’expérience d’autres régions du monde tend à démontrer que ces groupes essayent généralement d’infiltrer les institutions politiques, sécuritaires et financières pour protéger leurs profits », a dit l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, lors de la cérémonie d’ouverture de la Commission dans la capitale ghanéenne la semaine dernière.

Au cours des dix dernières années, de nombreux États d’Afrique de l’Ouest ont fait des progrès en faveur de la paix et de la croissance économique. La région est prête à combler 25 pour cent des besoins en pétrole des États-Unis en 2015. Mais ces progrès sont menacés par le trafic de stupéfiants, a averti M. Annan.

La majeure partie de la cocaïne est transportée d’Afrique du Sud en Europe par voie aérienne ou maritime, tandis que les opiacés proviennent généralement du Pakistan ou d’Afghanistan.

Une quantité croissante de drogue est pourtant fabriquée dans la région. Selon l’UNODC, les services de police ont récemment découvert des laboratoires de méthamphétamine au Nigéria. [ http://www.unodc.org/documents/scie... ]

Toxicomanie en hausse

Le rapport de l’UNODC pour 2012 compte 2,3 millions de consommateurs de cocaïne en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale et signale une hausse de la consommation de méthamphétamine et d’héroïne. « Les faits démontrent un problème croissant de dépendance dans notre région qui nécessite une attention urgente », a dit M. Obasanjo.

« Auparavant, l’Afrique de l’Ouest était considérée comme un lieu de transit, mais aucun pays ne reste un lieu de transit bien longtemps. La population finit toujours par consommer », a signalé M. Annan.

Composée de dix membres, la Commission a pour objectif de mieux faire connaître les conséquences du trafic de drogue, de conseiller les dirigeants et de mettre au point des recommandations stratégiques afin d’aider les gouvernements à lutter contre ce commerce.

Avec ses frontières vastes et perméables, ses institutions faibles et facilement corruptibles et ses réseaux criminels déjà bien établis, l’Afrique de l’Ouest est un environnement idéal pour les narcotrafiquants. Il est facile, dans ces pays pauvres, de soudoyer des fonctionnaires et des agents de sécurité mal payés et désabusés. « Les policiers sont corrompus. Actuellement, dans un pays africain relativement pauvre, 100 dollars représentent beaucoup d’argent pour un agent de police. Tout ce qu’il a à faire, c’est détourner le regard », a dit M. Obasanjo.

Il a ajouté que les réseaux criminels pouvaient facilement faire passer des marchandises clandestinement dans la région en soudoyant les fonctionnaires et les agents de sécurité aux frontières lorsqu’ils traversent des régions reculées du Sahel et du Sahara.

Des réseaux insaisissables

Les réseaux de trafiquants sont internationaux et très mobiles, a expliqué l’UNODC, il est donc difficile de lutte contre eux. Selon un rapport conjoint publié en avril 2012 par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Centre pour la coopération internationale, la Fondation Kofi Annan et le Centre international Kofi Annan de formation au maintien de la paix, les réseaux criminels locaux et étrangers qui ont accès à d’importantes ressources collaborent pour transporter la drogue à travers la région et adaptent leurs opérations en fonction des mesures de répression. [ http://kofiannanfoundation.org/site... ]

« Les réseaux de crime organisé d’Afrique de l’Ouest ont des cellules partout dans le monde pour faciliter leur approvisionnement. Les communautés issues de la diaspora (la diaspora nigériane au Brésil, par exemple) jouent un rôle important. Comme les mouvements criminels partout ailleurs, ils infiltrent ou menacent les élites politiques et des fonctionnaires démotivés pour protéger et étendre leur trafic », est-il écrit dans le rapport.

Comme l’illustre la myriade de sites de construction abandonnés dans de nombreux États d’Afrique de l’Ouest, les trafiquants créent des sociétés-écrans dans le domaine de la construction, de l’extraction minière ou de la location de voitures pour blanchir les profits de leurs activités illicites.

Les réseaux de narcotrafiquants ont déjà pris le contrôle du gouvernement et des forces de sécurité de Guinée-Bissau, ce qui vaut à ce pays le nom de « narco-État ». [ http://www.irinnews.org/Report/8086... ]

Selon un rapport publié en 2010 par le groupe de recherche français Sahel Intelligence, des membres d’AQMI auraient rencontré des barons de la drogue colombiens en Guinée-Bissau. Selon M. Annan, le trafic continue à se développer dans le pays et les narcotrafiquants progressent de plus en plus le long de la côte et à l’intérieur des terres à travers le Sahel. « Nous n’avons pas agi assez rapidement lorsque le problème a commencé en Guinée-Bissau. C’était le point d’entrée et le trafic s’étend maintenant à toute la côte et à travers le Sahel jusqu’en Europe par bateau et par avion, » a dit M. Annan aux journalistes. D’autres initiatives sont en cours pour tenter de limiter les impacts du trafic de drogue dans la région. La CEDEAO a notamment mis sur pied un plan visant à trouver une solution à ce problème. » [ http://www.sahel-intelligence.com/2... ]

L’UNODC a récemment fait équipe avec l’Organisation mondiale des douanes afin d’améliorer la communication entre les services de police et les aéroports.

La Commission devrait publier un rapport et proposer des recommandations stratégiques aux dirigeants de la région avant fin 2013.

Source : http://www.irinnews.org

 
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