samedi, 23 septembre 2017
 

Mali : Et l’intervention française AREVA à point nommé

"L’intervention française est le résultat d’une urgence, mais une fois arrêtée l’offensive (des islamistes), nous devons mettre en œuvre la résolution 2085 dans toutes ses dispositions, dont le processus politique."(1) Force est de constater que nous sommes désormais bien loin de l’objectif initial qui était de stopper les deux colonnes de pick-up qui se dirigeaient vers la ville de Mopti. Certes, c’eut été plus difficile d’obtenir un quasi consensus national et international en déclarant : « la France intervient au Mali pour éradiquer les terroristes qui empêchent notre multinationale AREVA d’exploiter l’uranium au Niger voisin en toute quiétude, et naturellement, l’armée française restera le temps nécessaire et dépensera l’argent sans compter. »

Déjà, du temps du colonialisme, les puissances occidentales se sont toujours parées pour leur intervention de vertus de civilisation, d’éducation et de bien être des « indigènes » accompagnées en cela par une partie de la gauche. Sur la soixantaine d’interventions que la France a fait en Afrique, le refrain est toujours le même : la protection des ressortissants et des populations civiles, la défense des libertés, un refrain entonné à l’unisson par l’élite politique et médiatique à tel point qu’un syndicat de journalistes s’en est ému (2) . En effet, rares sont ceux qui pointent les responsabilités des dirigeants de la France dans la situation du Mali soit en évoquant la guerre en Libye qui a transformé cette révolution naissante en confrontation entre l’Otan et l’armée de Kadhafi avec une déstabilisation de la région, soit en soulignant le soutien à peine caché au MNLA (mouvement de libération nationale de l’Azawad) de la diplomatie française qui espérait qu’il garantisse la sécurité de la région contre les djihadistes. Rares, aussi, ceux qui mettent en exergue le lien entre cette guerre et les intérêts d’AREVA pourtant manifeste depuis que l’armée française vient de se déployer au Niger pour sécuriser ses mines d’uranium.

Cette guerre ne fait que conforter le pouvoir des dictatures africaines. Qui peut sérieusement imaginer que le Quai d’Orsay va exiger de Déby, qui fournit 2000 soldats tchadiens aguerris au Mali, une enquête internationale sur la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh dans laquelle il est directement impliqué ou qu’il cesse l’enrôlement d’enfant soldat. Quel ministre français va protester contre la terrible répression qui s’abat sur les dirigeants de l’opposition togolaise, emprisonnés et torturés par la clique de Faure Gnassimbé qui envoie 733 soldats pour défendre la….liberté du peuple malien.

Le gouvernement français parle de la nécessite de déployer plus de trois mille hommes sur le terrain et nous apprend que cette opération a déjà coûté 30 millions d’euros, soit plus de la moitié de l’aide annuelle au développement dédié au Mali. Des sommes qui étaient introuvables pour les besoins sociaux tant en Afrique qu’en France et qui d’un coup, peuvent être débloquées sans que le Medef pourtant si sourcilleux quand il s’agit des dépenses de l’Etat n’y trouve quoi que ce soit redire.

En trois semaines de guerre, de nombreuses exactions ont été enregistrées par les organisations de défense des droits humains. Les populations touarègues mais aussi arabes sont assimilées aux djihadistes, des exécutions sommaires ont lieu comme à Sevaré ou des dizaines de corps ont été jeté dans un puit. Les hiérarchies militaires française et malienne soutiennent qu’elles n’ont rien vu. Bref, une fois de plus, les crimes de guerre qui sont en train d’être commis sont relativisés ou ignorés. Pourtant, ils sont révélateurs du risque de confrontation violente entre les communautés. L’intervention de la France peut pousser les différentes communautés à tenter de rebattre les cartes dans la région dont les enjeux sont les différents trafics licites et illicites dans la région nord Mali.

Les populations maliennes sont coincées entre des bandes maffieuses et/ou djihadistes qui n’hésitent pas à commettre les pires atrocités, et une classe dirigeante faillie et corrompue adossée à un impérialisme français qui ne voit que son intérêt. Nous osons dire et soutenir qu’une troisième voie est souhaitable et possible. Elle passe par la mobilisation des populations et leur organisation pour la refondation politique du Mali où chacun et chacune aura sa place quelle que soit son origine ou sa région.

Paul Martial

1) http://www.lepoint.fr/monde/mali-pa...

2)http://www.afriquesenlutte.org/afri...

 
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