dimanche, 27 mai 2018
 

Mali : Excision, l’occultisme ou la face cachée de l’iceberg

Ouagadougou a accueilli un séminaire régional sur les violences faites aux femmes. Ce séminaire a été initié par le parlement burkinabé avec l’appui de l’Union internationale des parlements, s’est tenu du 30 mars au 1er avril 2011 dans la salle de conférence de Ouaga 2000. Il s’est agi au cours de cette rencontre de faire un bilan de la situation de la violence faite aux femmes et aux filles en Afrique centrale et occidentale et de faire des propositions en vue de remédier à cette tragédie des temps modernes.

La rencontre a regroupé des parlementaires de 13 pays à savoir le Burundi, le Cameroun, le Gabon, la Gambie, la Guinée Equatoriale, le Mali, la république Démocratique du Congo, le Rwanda, le Sénégal, la Sierra Leone, le Togo et le Burkina Faso ainsi que des représentants de la société civile.

Il ressort des travaux que les violences peuvent être regroupées en trois grands groupes qui sont :
- les violences au sein de la famille,
- les mutilations génitales féminines,
- les violences sexuelles dans des situations de conflits et d’après conflit.

Ces violences constituent, selon les participants aux travaux, l’une des pires formes de discrimination sexiste, ainsi qu’une grave violation des droits fondamentaux des femmes.

Afin de remédier à cette situation et apporter une réponse efficace contre les violences faites aux femmes et aux filles, les participants ont relevé la nécessité d’avoir une volonté politique forte pour :

- répertorier et relire les lois nationales discriminatoires à l’égard des femmes et des filles et les conformer aux normes internationales ;

- adopter un cadre juridique fort et complet axé sur la prévention, les poursuites judiciaires et les sanctions, la protection et l’aide aux victimes,

- assurer l’application effective des lois par des dispositifs adaptés (budget intégrant une perspective de genre, collecte des données, capacités de recherche, mécanisme de suivi, etc.)

- prévoir la formation des intervenants dans la mise en œuvre effective des lois (magistrats, forces des sécurités, avocats, agents des services sanitaires et sociaux, société civile, etc.)

- mettre en place des activités d’éducation et de sensibilisation,

- intégrer la thématique relative à l’égalité entre sexes dans les programmes scolaires,

- soutenir l’élaboration d’une loi cadre régionale sur les violences faites aux femmes et aux filles, en particulier, sur les MGF et sur les violences sexuelles dans les situations de conflit et d’après-conflit.

Ces actions, pour avoir tout le succès escompté, doivent être menées dans le cadre d’un partenariat entre le parlement, l’exécutif, la société civile, les medias et les chefs traditionnels et religieux.

En ce qui concerne les mutilations génitales féminines, il est ressorti, au cours des discussions, des révélations étranges et bouleversantes. Ce n’était pas la première fois que pareilles révélations sont faites, mais leur nature est choquante et il devient urgent qu’on en parle ou qu’on en tienne compte si l’on veut atteindre la tolérance zéro pour l’excision.

Ainsi donc, au Mali, des exciseuses auraient refusé de déposer leur couteaux en contrepartie de la somme de 150 000 F CFA pour l’unique raison qu’elles gagnent mieux en excisant (5000 F CFA par excision) et en vendant chaque clitoris coupe à 100 000 F CFA. Il ressort que la demande dépasse l’offre. Des lors, la question légitime que l’on pourrait ce poser serait de savoir à quoi pourrait servir ce bout de chair qu’on arrache à la femme ou à la jeune fille ?

Il apparait qu’au Mali, clitoris coupés seraient destinés à deux types d’usage.

Le premier usage serait le fait des femmes. Il ressort que celles-ci sont à la fois les premières victimes des MGF et les premières utilisatrices du clitoris qui aurait des vertus mystiques. Tout d’abord, il serait utilisé comme filtre d’amour sous la forme de pommade. Il est séché, pilé, mélangé à du beurre qu’elles s’appliqueraient sur le corps comme pommade. Ceci aurait pour conséquence de les doter d’un charme foudroyant, de les rendre attirante ou séduisante grâce au pouvoir mystique du mélange.

La deuxième clientèle serait masculine. Pour cette catégorie, le clitoris serait utilisé dans des procédés mystiques pour accroitre l’aura de leurs utilisateurs. A ce titre, il serait très prisé par les politiciens ou autres paranoïaques du pouvoir. Il ressort également que les hommes l’utiliseraient comme aphrodisiaque. En outre, il procurerait de la chance pour se faire élire ou pour avoir de l’argent.

Lors d’une réunion du comité inter africain de lutte contre les pratiques traditionnelles néfastes, une Béninoise a confessé que dans son pays les clitoris séchés valent de l’or, car ils sont utilisés par les commerçants dans des produits mystiques qui ont pour vertu d’attirer la clientèle.

Qu’en est-il au Burkina Faso, au Togo, en Guinée, au Sénégal et ou ailleurs en Afrique ?

Il est vrai qu’aucune enquête, ni aucune étude, n’est parvenue à cette conclusion hallucinante qu’il existe un commerce du clitoris, que les femmes sont les plus impliquées et que des hommes en quête de notoriété et ou de gloire sont une clientèle parmi tant d’autre. Mythe, mystère ou simple légende ? L’enjeu mérite qu’on en parle et qu’on vérifie ces informations.

Dès lors, il est permis de nourrir une inquiétude légitime quant aux succès de la lutte contre l’excision et à son éradication éventuelle. Point n’est besoin de savoir si les vertus mystiques ou diabolique qu’on prête au clitoris coupé sont vraies ou fausses. Ce qui nous intéresse est de savoir véritablement s’il ya un trafic de clitoris. Si cela s’avérait, il faut doubler de vigilance et redoubler d’effort. En plus d’être une atteinte aux droits humains (le droit à l’intégrité physique, le droit à la vie et le droit à la sante), l’excision est entrain de devenir un crime organisé dont les acteurs, dans ce cas, sont supposés être les protecteurs des victimes.

C’est à juste titre que la 65e Assemblée générale des nations unies en 2010 a pris une résolution visant à interdire les mutilations génitales féminines dont sont déjà victimes plus de 150 millions de femmes et 3 millions de jeunes filles.

A tous les combattants de la lutte contre les violences faites aux femmes, il est impératif de redoubler de vigilances, car il y a du chemin encore à faire pour libérer la gente féminine des pratiques traditionnelles néfastes, des marchands d’illusions et autres marabouts.

* Zombré L.W. Pascal est magistrat, membre de l’ONG voix de femme

Source : http://pambazuka.org

 
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