mardi, 26 mars 2019
 

Mali : Femme à suivre : Mme Mariko Korotoumou Théra, coordonnatrice du PADESC

"Je pense que les femmes doivent travailler à avoir une assise professionnelle dans leurs différents domaines d’activités"

Première fille secrétaire général de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM), secrétaire à l’organisation du parti SADI, porte-parole des femmes politiques du Mali à travers le Cadre de concertation des femmes politiques, c’est déjà beaucoup, mais pas trop pour Mme Mariko Korotoumou Théra, épouse du Dr Oumar Mariko. Analyste économique titulaire d’un Master en études de développement de l’Institut des hautes études internationales et en développement de genève (Suisse), Mme Mariko, auparavant chargée de mission au ministère de la Culture où elle était le point focal du Projet d’appui au développement économique, social et culturel (PADESC), a fini par être nommée Régisseur coordonnatrice dudit projet qu’elle est train de sortir de sa torpeur.

Mme Mariko Korotoumou Théra, beaucoup de Maliens, surtout ceux qui ont vécu les événements qui ont provoqué la chute du général Moussa Traoré, retiennent l’image de celle qui était au-devant de la scène lors des événements de mars 1991, en tant que responsable du mouvement syndical scolaire et estudiantin du Mali. En effet, elle est la première fille à occuper le prestigieux poste de secrétaire général de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) dans une école d’enseignement supérieure mixte où il n’y avait que 500 femmes contre un effectif de plus de 2000 pour la gent masculine. Dans ces conditions, ce n’était pas évident de voir une jeune femme présider aux destinées de l’AEEM. 

Les jeunes Maliens qui n’ont pas suivi l’actualité du 26 mars 1991, quant à eux, retiennent de Mme Mariko Korotoumou Théra son engagement politique, notamment comme un des membres fondateurs du mouvement Solidarité Africaine pour le Développement et l’Intégration (SADI) devenu par la suite un parti politique, dont elle défend en permanence les couleurs et les idéaux. Depuis la création de SADI (en tant que mouvement politique) jusqu’à sa transformation en parti politique, elle occupait le poste de secrétaire chargé de la promotion féminine. C’est à partir du dernier congrès du parti qu’elle est devenue secrétaire chargée de l’Organisation. C’est dire qu’elle bénéficie de la confiance des membres et responsables de SADI qui l’avaient d’ailleurs présentée sur leur liste comme candidate à la députation, lors des dernières élections législatives, en 2007, en Commune I du district de Bamako.

Entre temps, elle a été porte-parole des femmes politiques du Mali. Ce qui a d’ailleurs amené beaucoup de Maliens à penser que c’est elle qui a mis en place le Cadre de concertation des femmes des partis politiques. Alors que, en réalité, ledit cadre a été créé depuis 2003. C’était presque inexistant à cause de sa léthargie. Mme Mariko n’a fait que la dynamiser après avoir été portée à sa tête. En imprimant ses méthodes et sa vivacité audit Cadre de concertation, elle avait fini par en faire un cadre réel d’échanges et de concertation entre les femmes politiques qui parlaient beaucoup plus de cette structure que de leur propre parti politique.

Finalement donc, ce Cadre était devenu très attrayant pour les femmes politiques dont certaines ont failli avoir des problèmes avec leur parti dont les dirigeants redoutaient, avec cet élan, la formation d’un nouveau parti politique pour les femmes. " J’étais obligée d’expliquer que je n’étais pas en train de créer un nouveau parti politique, mais c’est tout simplement un cadre qui était là, bien avant, et que nous avons cherché à animer pour le rendre fonctionnel " s’exclame t-elle.

Chemin faisant, elle était en train de se forger, sans le chercher, une image de femme politique qui venait ainsi s’adjoindre à celle de la jeune fille syndicaliste battante du mouvement scolaire et universitaire.

Mais attention, Mme Mariko Korotoumou Théra, ce n’est pas seulement le syndicalisme et la politique. "J’ambitionne d’avoir une expérience professionnelle avérée dans mon domaine de compétence, à savoir le développement. Un domaine que j’aime bien" précise-t-elle. En effet, diplômée en Analyse économique (la première promotion du genre) à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) de l’Université de Bamako, elle a cherché à approfondir ses connaissances et performances dans le domaine du développement, en obtenant un Master en études de développement de l’Institut des Hautes études internationales et de développement de Genève (en Suisse) où elle a laissé un grand souvenir à ses formateurs.

"En quittant le Mali, je suis partie dans l’intention d’être major de promotion et je l’ai été. Ce que j’ai pu réaliser après d’âpres études parce que j’ai vraiment bossé. Je me disais que si les femmes ont des difficultés d’accès à certaines fonctions, c’est aussi dû à la formation. Il y en a qui ont privilègié la politique au détriment de la formation, mais très souvent ça ne va pas loin. Il me fallait donc mettre l’accent sur ma formation. Je pense que nous devons travailler, particulièrement les femmes, à avoir une assise professionnelle, c’est-à-dire la technicité requise dans nos domaines d’activités " explique Mme Mariko Korotoumou Théra.

Faire décoller le programme PADESC

Rappelons au passage que beaucoup de chefs d’Etat de l’Afrique francophone sont passés par cet Institut de Genève, en bref ou long séjour. Dans le cadre de la formation à l’Institut, les étudiants bénéficient de l’échange d’expériences à travers le brassage entre Asiatiques, Africains et Européens. "Mon passage dans cet Institut a renforcé mes convictions car non seulement cela m’a fait comprendre que j’étais dans la bonne logique parce que je défendais là-bas les idées que j’avais l’habitude de soutenir dans mon parti politique, mais j’ai impressionné mes professeurs qui m’ont affirmé que je fais partie des étudiants en qui ils ont gardé un très bon souvenir".

Actuellement, elle passe son temps entre ses activités politiques et ses responsabilités professionnelles au niveau du Projet d’appui au développement économique, social et culturel (PADESC) qui bénéficie d’un financement de l’Union européenne à travers le Fonds européen de développement (FED). Par son esprit d’initiative et sa connaissance du terrain issue d’une longue expérience de management de l’ONG "Femmes et Développement" elle est en train de faire décoller le programme PADESC car son prédécesseur n’avait pas pu démarrer les activités.

Notons que l’éducation reçue de son père, Amadou Bani Théra, qu’elle ne cesse de citer tout au long de notre entretien, a beaucoup joué sur son itinéraire car, à la question de savoir pourquoi elle a très tôt aimé la vie syndicale et politique elle répond : " J’ai reçu une éducation qui m’aide beaucoup d’aller dans le sens de la mesure, de la justice et de l’équité. Je suis issue d’une très grande famille et les grandes familles ne se gèrent pas comme ça. Toutes les grandes familles ont une histoire. Mon père, qui était un instituteur, donc éducateur, et ma mère ramatou N’Diaye dont le père, un ancien officier de l’Armée issu d’une des grandes familles de Saint-louis du Sénégal, ont donné à tous les membres de ma famille une éducation rigoureuse, fondée sur des valeurs et des principes qui guident nos actions" a martelé Mme Mariko qui a du mal aller plus loin dans la conversation, à l’évocation de son père, son meilleur ami et confident, qu’elle a malheureusement perdu il y a quelques années.

Amadou Bamba NIANG

Source : http://www.maliweb.net

 
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